L'éditorial de Issa GORAIEB

Cadeaux de saison

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
15/12/2018

C’est un cadeau de fin d’année que l’on nous promet depuis peu, sous la forme d’un nouveau gouvernement : cadeau attendu, dû aux citoyens, et dont la mise en forme, puis l’emballage, auront déjà nécessité sept mois de querelles de chiffonniers. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, ce sont de magnifiques étrennes que promet à son tour une Inspection centrale qui a mis un tigre dans son moteur, et qui se propose de faire de 2019 l’année de l’efficacité, dans l’exercice de ses activités : lesquelles consistent à repérer et signaler les innombrables malversations, gaspillages et autres irrégularités qui gangrènent les services publics.

On ne peut certes qu’applaudir à ces bonnes résolutions, qu’annonçait jeudi le directeur de cet organisme de surveillance. Il y a loin cependant de la coupe aux lèvres. Et encore plus loin du crime au châtiment, dans un pays où l’impunité est la règle. Sans probablement le faire exprès, le directeur lui-même a paru le déplorer durant sa conférence de presse, quand il a fait état de fuites de deniers publics et de prolifération de l’absentéisme, en s’abstenant toutefois de citer les départements visés, ou même de s’étendre sur les sanctions qu’appellent de tels abus. Car on a beau s’engager à mieux surveiller, à instaurer à cette fin des stratégies inédites, à multiplier les raids surprise dans les officines publiques, et même à pointer du doigt les fonctionnaires indélicats, c’est en aval que se trouve le goulot d’étranglement. Juge en la matière demeure en effet le Conseil des ministres qui de manière assez paradoxale contrôle les organismes de contrôle, sans parler de sa coupable influence sur une bonne partie de l’appareil judiciaire …

Ce n’est un secret pour personne qu’il ne sert pas à grand-chose de sévir contre quelques boucs émissaires convaincus de vénalité, rien que du menu fretin, quand les gros requins jouissant de hautes protections restent libres de folâtrer dans l’eau sale. Quand surtout les protecteurs eux-mêmes, souvent confortablement installés au pouvoir, se disputent les bonnes affaires. Quand on s’obstine à vous faire croire qu’au lieu d’équiper à vie le pays de centrales électriques conventionnelles, il vaut mieux recourir à des générateurs flottants loués à prix d’or, à fonds perdu (mais pas perdu pour tout le monde). Quand c’est le directeur général des adjudications auprès de l’Inspection centrale en personne qui révèle – mais en vain – les magouilles permettant à la classe politique de contourner ou de violer la loi lors de l’attribution des marchés, comme il le faisait il y a 21 mois dans une accablante et courageuse tribune publiée dans ce journal (*). Quand an après an, le Liban figure dans le lot des pays les plus corrompus sur l’infamant palmarès de Transparency International. Quand enfin la communauté internationale, parfaitement au courant de nos mauvaises habitudes, ne consent à venir en aide au Liban que s’il s’astreint à un vaste programme de réformes : autrement dit, et pour notre grande honte, à une rééducation, une réhabilitation autant morale qu’institutionnelle.

Pour un peu on croirait que c’est, au fond, le spectre d’une aussi ruineuse échéance qui porte les faiseurs de gouvernement à traîner la patte…


(*) « Les rouages de la corruption au niveau des marchés publics », par le Dr Jean Ellieh.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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