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Économie

Moody’s maintient la note du Liban, mais dégrade sa perspective

Dette

La décision de l’agence tient notamment compte de la capacité, même diminuée, de la BDL à maintenir un certain niveau de stabilité.

15/12/2018

Alors que le processus de formation du gouvernement stagne depuis les législatives de mai, Moody’s, l’une des trois principales agences de notation financière américaines avec Fitch et Standard & Poor’s, a annoncé qu’elle maintenait la note souveraine du Liban à « B3 », tout en dégradant la perspective du pays de « stable » à « négative ». La révision de la perspective reflète la hausse du « risque qui pèse sur la position de liquidité du gouvernement libanais », ainsi que sur la « stabilité financière du pays », et qui est « en grande partie » liée à la détérioration de la situation au niveau local et régional, a précisé Moody’s dans son communiqué.

Les notations souveraines évaluent la solvabilité des pays surveillés par les agences de notation. Un pays mal noté devra généralement emprunter sur les marchés à des taux d’intérêt plus élevés. Les pays les plus fiables sont notés « AAA » par Moody’s (« AAA » pour Fitch et Standard & Poor’s), tandis que la notation la plus basse, attribuée aux États défaillants est « C » (« D » chez les deux autres agences). Le « B3 » obtenu par le Liban est une des notations données par Moody’s aux pays dont la valeur des obligations est très spéculative, un cran au-dessus de la note CAA, qui est attribuée aux obligations de « mauvaise qualité ».

La perspective « négative » signifie enfin que l’agence considère qu’une amélioration de la situation du pays évalué est peu probable à court ou moyen terme. Le ministre des Finances Ali Hassan Khalil a réagi hier à la publication du communiqué de Moody’s dans un tweet dans lequel il a souligné que l’agence avait maintenu la notation du Liban, mais qu’elle pouvait la dégrader « d’ici à quelques mois » en cas de prolongement de la paralysie institutionnelle.


(Lire aussi : Le déficit libanais inquiète toujours Moody’s)


Plus mauvais élève

Parmi les facteurs qui pénalisent le Liban au niveau local, Moody’s pointe notamment du doigt l’échec de l’État à lancer les réformes budgétaires attendues par ses soutiens et ses créanciers, et qui auraient pu permettre de débloquer une partie des plus de 11 milliards de dollars d’aides en prêts et dons promis par plusieurs pays et organisations internationales lors de la conférence de Paris (CEDRE) en avril. Ce déblocage aurait pu, selon l’agence, « contribuer à inverser la hausse des primes de risques sur les titres de dette du pays constatée ces derniers mois », et qui sont passées « de 300 à 800 points de base entre avril et décembre », ajoute l’agence.

Sur le plan régional, Moody’s cite parmi les motifs d’incertitude les répercussions du retrait américain en mai du traité sur le nucléaire iranien de 2015 ou l’adoption récente d’une nouvelle salve de sanctions américaines contre le Hezbollah (Hezbollah International Financing Prevention Amendments Act of 2018, HIFPAA 2018), une loi signée le 25 octobre par le président américain Donald Trump. L’agence note que ces deux événements affectent le processus de formation du gouvernement libanais, qui doit intégrer le parti chiite. La hausse des taux d’intérêt américains qui ont été majorés plus de fois depuis 2015 pèse également dans la balance.

L’agence relève de plus le risque que les donateurs présents lors de la conférence de Paris annulent leurs engagements en l’absence d’avancées rapides et significatives au niveau institutionnel, un avertissement déjà lancé par le vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Ferid Belhaj, ou l’ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher, ces dernières semaines. La contribution de la France dans l’enveloppe s’élève à 550 millions d’euros en prêts et dons, tandis que la Banque mondiale prévoit de mobiliser 4 milliards de dollars sur cinq ans.

Pour obtenir le déblocage des aides, le Liban s’est engagé à lancer plusieurs réformes pour réduire son déficit, qui a atteint 3,3 milliards de dollars à fin juin (+234 % en un an), en un maximum de cinq ans, ou pour restructurer son économie, entre autres chantiers. Moody’s s’attend à ce que le déficit public atteigne 10,5 % du PIB cette année contre 8,9 %, selon ses précédentes estimations, et rappelle que le Liban est le plus mauvais élève de tous les pays que l’agence évalue en termes de performances fiscales. La dette publique du Liban, elle, devrait continuer d’augmenter (voir encadré) pour atteindre 150 % du PIB à la fin de l’année (la Banque mondiale table sur près de 155 %).


(Lire aussi : La dette libanaise continue de préoccuper Moody’s, qui reste optimiste)


Croissance à 1,5 %

Le maintien de la note du Liban à B3 ne tient pour sa part qu’à deux facteurs, poursuit l’agence. Moody’s mise sur le fait que le gouvernement peut encore être formé rapidement et qu’il lance une partie des réformes fiscales qui « débloqueraient » une partie des aides promises lors de la conférence de Paris pour financer le plan de réhabilitation des infrastructures du pays, préparé par le gouvernement sortant. Cela aurait alors pour effet de doper la croissance – attendue à 1 % par la Banque mondiale et à 2 % par la Banque du Liban (BDL) –

et de réduire temporairement le risque de liquidités.

Moody’s tient ensuite compte de la capacité de la BDL à « maintenir un certain niveau de stabilité financière » malgré les carences du pays au niveau macroéconomique et les fréquents épisodes de tensions politiques. L’agence craint toutefois que les opérations financières de la Banque centrale puissent être de moins en moins efficaces, un constat qui rejoint celui de plusieurs rapports publiés cette année.

Parmi les autres pronostics cités dans son communiqué, Moody’s estime que la croissance des dépôts bancaires sera de 3 % en 2018, soit une hausse de 5 milliards de dollars au lieu des 6,5 milliards de dollars attendus, et que la croissance devrait atteindre 1,5 % sur la même période (contre 2,5 % précédemment).


(Lire aussi : La hausse du dollar présente un risque pour la dette libanaise, alerte Moody’s)


Émission de bons du Trésor

La dernière révision de l’évaluation du Liban par Moody’s remonte au 25 août 2017. Depuis, les notations des trois principales agences étaient alignées (B- avec perspective stable pour Fitch et Standard & Poor’s qui n’avaient toujours pas modifié leurs évaluations respectives au moment d’aller sous presse). La révision de Moody’s survient deux jours après le Forum libano-britannique des affaires et de l’investissement, qui s’est tenu cette semaine à Londres et où le Royaume-Uni a, contre toute attente, revu à la hausse son engagement promis au Liban lors de la conférence de Paris. Pour une source financière anonyme, « il est possible que la décision de Moody’s de maintenir la note du Liban ait été influencée par des motifs plus politiques que financiers ».

La révision de la notation du Liban survient alors que le ministère des Finances est sur le point d’émettre de nouveaux bons du Trésor en livres pour répondre aux besoins de financement de l’État. Selon une source citée hier par le Daily Star, l’État proposerait des rendements de 10,30 %, contre 7,50 % lors de la précédente émission, pour des maturités allant de 10 à 15 ans. La valeur totale des bons sera de 2 000 milliards de livres (1,3 milliard de dollars) et pourrait être émise en deux temps. Cette émission a été décidée suite à un accord il y a quelques jours entre le ministre des Finances et le gouverneur de la BDL, Riad Salamé.


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AIGLEPERçANT

Moody's ce maudit, is on a good mood today.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON INHUME PRESQUE LE PAYS ET TOUS NOS ABRUTIS DANSENT SUR SA TOMBE ! ET LES SIX JUDAS SES ASSASSINS CHANTENT...

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