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Liban

Charles Malek, l’architecte de la primauté de l’individu et sa valeur humaine

Journée internationale des droits de l'Homme
Yara ABI AKL | OLJ
10/12/2018

Le monde célèbre aujourd’hui la Journée internationale des droits de l’homme afin de marquer la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), avalisée il y a 70 ans jour pour jour au siège des Nations unies en France.

Cet important événement n’est certainement pas sans rappeler la grande et éminente figure qu’était Charles Malek. D’autant que c’est grâce à ce géant de la politique, de la diplomatie et de la philosophie que « le rôle du Liban dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas une illusion ». « Il est inscrit dans les procès-verbaux des laborieuses négociations onusiennes », souligne Waël Kheir, président de la Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire.

Né à Bterram, dans le Koura, en 1906, Charles Malek suit des études à Tripoli, avant de décrocher des diplômes en mathématiques et en physique à l’Université américaine de Beyrouth. Il se rendra ensuite au Caire puis en Allemagne au début des années 30 du siècle dernier. Il suit des études de philosophie. Il est d’ailleurs un des premiers à avoir découvert le grand philosophe allemand Heidegger. Ce dernier deviendra plus tard son professeur, voire son mentor.


(Lire aussi : Liban : Entre liberté de la presse et défi des réseaux sociaux)


Farouche opposant au nazisme d’Adolf Hitler, Charles Malek prend l’avion pour les États-Unis et suit des études en philosophie à la prestigieuse université de Harvard. Mieux encore : le futur ambassadeur enseignant, député et chef de la diplomatie réussira à décrocher le tout premier doctorat en la matière de Harvard. Le philosophe rentrera par la suite à Beyrouth pour fonder et diriger le département de philosophie au sien de l’AUB, où il travaillera jusqu’en 1944.

C’est à ce moment que le premier président de la République après l’indépendance de 1943, Béchara el-Khoury, suscite un changement significatif dans la carrière de Charles Malek. Lors d’un dîner dans le courant de l’été 1944, le chef de l’État lui propose le poste de représentant du Liban aux Nations unies, organisation mondiale alors en gestation. C’est ainsi que Charles Malek participera un peu plus tard, en sa qualité de représentant du Liban, à la conférence de San Francisco qui débouche sur la mise sur pied des Nations unies en 1945.


Droit naturel
Il est vrai que l’écrasante majorité de l’opinion publique ne retient de Charles Malek que le fait qu’il était ambassadeur du Liban à l’ONU et à Washington. Il n’en reste pas moins qu’il était aussi président du Conseil économique et social, mais surtout rapporteur de la commission des Droits de l’homme entre 1947 et 1948. Un poste dont il profitera pour prendre part activement à la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme aux côtés de René Cassin, ambassadeur de France aux Nations unies. Il va sans dire que Malek a consacré le rôle primordial du Liban dans la mise sur pied du texte universel. Cependant, l’importance de sa contribution à la rédaction de la Déclaration est à examiner sous un angle philosophique, mais aussi et surtout humain.

Selon l’architecte et professeur universitaire Antoine Nasrallah, c’est à Charles Malek que l’humanité doit la consécration des droits de l’individu (en tant que valeur humaine) dans un cadre légal international. « Malek a défié le monde au nom des droits de l’individu », souligne-t-il à L’Orient-Le Jour, avant de poursuivre : « Malek estimait que l’individu et sa valeur humaine priment sur le groupe, la communauté religieuse et l’État, ses droits sont donc plus importants et ont la priorité aux dépens du groupe. »


(Lire aussi : Devoirs de l’homme, l'édito de Ziyad Makhoul)


« Charles Malek allait même jusqu’à soutenir que ce que l’on appelle communément les droits de l’homme relève du domaine du droit naturel, en ce sens que l’individu bénéficie de ceux-ci du simple fait de son existence. Perçue sous cet angle, la lutte de Charles Malek aux Nations unies, plus précisément lors de la rédaction de la Déclaration, n’est autre que sa bataille pour établir le cadre légal à même de consacrer ces droits », poursuit-il, notant que l’ex-ambassadeur, et seul Libanais à avoir présidé une session de l’Assemblée générale des Nations unies, a pu convaincre le monde de ses idées, reflétées si bien dans le préambule de la DUDH, dont il est l’un des auteurs. Des idées que les Constitutions de plusieurs pays ont également consacrées, comme l’avait prédit Charles Malek lui-même lors de sa toute première conférence donnée en langue arabe après l’adoption de la Déclaration, début 1949.


(Lire aussi : « Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les pires dans le monde en matière de droits de l’homme »)


Ce qu’il en reste en 2018
La célébration de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme ne fait que gagner en importance au fil des années. D’autant que les flagrantes et inacceptables violations aux droits les plus élémentaires n’en finissent pas de se multiplier pour diverses raisons liées, bien entendu, à la politique (politicienne) internationale, ainsi qu’à certaines démarches étatiques visant à étouffer les libertés individuelles, notamment la liberté d’expression. Cela est bien évidement à même de mettre l’accent sur l’importance de la pensée de Charles Malek, et ce qu’il en reste en 2018.

Interrogé à ce sujet par L’OLJ, Waël Kheir, président de la Fondation des droits de l’homme et du droit humanitaire, explique que le combat de Charles Malek a poussé les États à accorder aux droits de l’homme une place prépondérante. Mais M. Kheir ne manque pas de dénoncer une dangereuse politisation de cette noble question mondiale, stigmatisant également une grave démoralisation qui va à l’encontre de l’esprit de la lutte en faveur des droits de l’homme.

Pour ce qui est du Liban, Waël Kheir relève plusieurs irrégularités, dont notamment les flagrantes atteintes à la liberté de la presse et la liberté d’expression et les tentatives de museler les opposants. « À cela, il convient d’ajouter la situation des prisons et la paralysie du pouvoir politique, dans la mesure où cela porte atteinte à la capacité des citoyens à mener une vie normale, comme le veut la Déclaration universelle des droits de l’homme », conclut Waël Kheir.


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Excellent article. ça serait bien de citer les 30 articles de la charte. Cordialement,

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PLUS DE POLITICIENS DE CETTE TREMPE MALHEUREUSEMENT CHEZ NOUS !

Eleni Caridopoulou

Il faut une République laïque et respecter toutes les personnes

OMAIS Ziyad

Il est malheureux de constater qu'au pays de Charles Malek c'est la communauté religieuse qui prime encore sur l'individu et détermine ses droits ! Alors que les démocraties occidentales ont largement appliqué la primauté de l'Individu, base de tout progrès des droits humains !

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