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"Gilets jaunes" : Macron s'exprime lundi soir pour tenter de sortir de la crise

France

Les forces de l'ordre ont procédé la veille à un nombre record de près de 2.000 interpellations sur l'ensemble du territoire français, dont une majorité à Paris, selon le ministère de l'Intérieur.


OLJ/AFP
09/12/2018

Le président Emmanuel Macron va s'adresser lundi soir aux Français dans une intervention très attendue pour sortir de la crise des "gilets jaunes", dont la mobilisation toujours forte a donné lieu à de nouvelles violences et suscite des inquiétudes pour l'économie du pays.

Le chef de l'Etat s'adressera aux Français lundi à 20h00 (19h00 GMT), a annoncé dimanche la présidence, sa première intervention publique depuis le 1er décembre. Il va présenter "des mesures concrètes et immédiates", selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud, qui a cependant écarté tout "coup de pouce" supplémentaire au salaire minimum, le SMIC, une des revendications fréquentes de "gilets jaunes".

Dans la matinée, Emmanuel Macron recevra syndicats et organisations patronales, aux côtés des présidents d'associations d'élus, du Sénat et de l'Assemblée nationale. "Le temps du dialogue est là" et "il faut désormais retisser l'unité nationale", avait déclaré dès samedi soir le Premier ministre Edouard Philippe.

Une semaine après les images sidérantes d'émeutes en plein Paris, et en dépit des nombreuses mises en garde des autorités, les manifestants de ce mouvement populaire inédit ont encore défilé samedi dans la capitale française et plusieurs villes de province, éprouvées pour certaines par des débordements et des dégradations importantes.

Au niveau national, la mobilisation de ces Français modestes, née sur les réseaux sociaux et qui se traduit par des manifestations, barrages filtrants et sit-in, entre dans sa quatrième semaine et ne faiblit pas. Elle a réuni 136.000 manifestants samedi, selon la police. Ronds-points occupés, opérations de filtrage et péage gratuit, base logistique bloquée : les "gilets jaunes", moins présents en nombre, ont maintenu dimanche des barrages notamment dans l'ouest et le sud-est du pays.

Pour tenter d'éviter les scènes de guérilla urbaine du 1er décembre en plein coeur de la capitale, les forces de l'ordre ont procédé la veille à un nombre record de près de 2.000 interpellations sur l'ensemble du territoire français, dont une majorité à Paris, selon le ministère de l'Intérieur.


(Lire aussi : Gilets jaunes : le récit d'un samedi sous tension en images)


Avocats critiques

Ce nombre était vivement critiqué dimanche par des avocats en France, dénonçent leur caractère parfois préventif, avant toute infraction.

"On a interpellé des gens qui voulaient simplement aller manifester. (...) Lorsqu'on interpelle des gens qui n'ont rien fait, simplement parce que l'on considère qu'ils ont des intentions dangereuses, on change de régime, on change de paradigme", a estimé sur Franceinfo Me Arié Alimi, avocat à Paris et membre de la Ligue des droits de l'homme.

Chez les forces de l'ordre, on faisait valoir que des boules de pétanque, des armes blanches ou des bâtons ont pu être saisis en amont lors de contrôles en gare, dans la rue ou aux péages des autoroutes menant à Paris.




Dans la capitale, barricadée de manière exceptionnelle dans plusieurs quartiers stratégiques, les violences ont été sans commune mesure avec les scènes du samedi précédent, mais elles sont malgré tout graves : voitures brûlées, vitrines brisées, heurts entre manifestants et forces de l'ordre, tirs de gaz lacrymogène en particulier sur la célèbre avenue des Champs-Elysées.

Ces rassemblements ont fait "beaucoup plus de dégâts" matériels à Paris que ceux du 1er décembre, a ainsi relevé dimanche Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire de Paris. Et en province, notamment à Bordeaux et Toulouse (sud-ouest), Saint-Etienne (est), Marseille (sud-est), Nantes (ouest), heurts et dégradations ont été importants. Dans plusieurs villes, des voitures et du mobilier urbain ont été incendiés, des vitrines saccagées et des magasins attaqués et/ou pillés.

"C'est une catastrophe pour le commerce, c'est une catastrophe pour notre économie", a déploré dimanche le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire.

Dans le commerce, le ministère de l'Economie a évoqué une baisse générale de l'activité, qui va d'au moins 15% pour la grande distribution jusqu'à 40% pour les petits commerces. Le manque à gagner pour les commerçants sera "supérieur à un milliard d'euros", a estimé dimanche sur Franceinfo Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

Du côté du tourisme, les réservations de fin d'années dans les chaînes d'hôtels ont reculé d'au moins 10%, selon le Groupement national des chaînes hôtelières.


(Lire aussi : De Paris à Nice ou Marseille, paroles de "gilets jaunes" en colère)


"Ressaisissement par le dialogue"

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s'est dit "inquiet": "Je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j'appelle au ressaisissement, par le dialogue". Les "gilets jaunes", issus majoritairement des classes populaires et moyennes, se disent excédés par la politique fiscale et sociale d'Emmanuel Macron qu'ils jugent injuste.

L'exécutif, désormais très impopulaire et sous la pression de ce mouvement soutenu par une majorité de Français, n'arrive pas jusqu'ici à réduire cette fracture sociale.

Le recul du gouvernement sur la hausse des taxes sur le carburant, revendication première des "gilets jaunes", n'a pas permis d'apaiser un mouvement défiant à l'égard des élites politiques et des partis traditionnels.


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Saliba Nouhad

Incroyable, mais en général, le français est un éternel râleur, chialeur comme disent les québécois et surtout le parisien: rien ne lui plait et il ne fait que pester, ronchonner et bougonner toute la journée...
Pas étonnant que, pour un rien, il est dans la rue, les revendications vont crescendo, et on va casser du bourgeois et du bien nanti...
On a beau être le pays des droits de l’homme, de la « liberté, égalité, fraternité », mais il y’a toujours des limites à ce que peut apporter l’état providence: ce sont toujours les mêmes des classes moyennes basses et démunies qui se défoulent ainsi dans les rues: la majorité des assistés sociaux, ceux qui profitent de toutes les subventions, du chômage et qui ne paient pas de taxes ou très peu....
Ces gens-là existent partout et nous montrent les limites de la démocratie: ces sociétés occidentales pomponnées et gâtées ne sont plus capables de la moindre concession sociale pour redresser leur économie....
Macron n’a plus d’autre choix que de jouer d’un autoritarisme musclé doublé de discours ferme, clair mais conciliateur pour sauver sa présidence!

Avangarde

Je pense que le parlement français, majoritairement d'"En Marche" n'est pas représentatif du peuple. La dissolution est la meilleure sortie de crise.

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