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Au Yémen, Abdallah, 7 ans, victime des mines

Reportage

En juillet, le Washington Institute indiquait que si les mines antipersonnel sévissent au Yémen depuis des décennies en raison de conflits successifs, les houthis les utilisent aujourd'hui "à un rythme étonnamment élevé" dans leurs opérations.

OLJ/Khaled MOHAMMED/AFP
07/12/2018

Abdallah, 7 ans, est incapable d'actionner lui-même les roues de la chaise dans laquelle il est cloué depuis qu'il a été victime d'une mine, dans l'ouest du Yémen en guerre.

Dans son village d'Al-Hamili, entre les localités de Mokha et de Hays, le garçon se fait aider par un membre de sa famille pour se déplacer, étant handicapé par une triple fracture à une jambe et la perte d'une partie d'un doigt de la main.

Épuisés par la faim et terrorisés par les bombes, des milliers de civils de la côte occidentale du Yémen sont aussi exposés au danger des mines et autres engins explosifs dissimulés sur des routes, dans des champs et parfois même dans des maisons par des rebelles houthis battant en retraite.



"Nous nous sommes réfugiés (pendant les combats) à l'est de la localité de Bayt al-Faqih et nous sommes rentrés chez nous après le départ des combattants", se rappelle Abdel Fattah Ghaleb, le père d'Abdallah, en montrant une hutte faite de branchages secs et branches de palmiers.

"Deux ou trois jours plus tard, un engin a explosé à l'intérieur de notre habitation, blessant mon fils", dit-il, ajoutant l'avoir au plus vite transporté dans un centre médical soutenu par Médecins sans frontières (MSF).

Son oncle Abdel Latif dit que les siens, en rentrant, avaient cru échapper aux risques et retrouver un peu de tranquillité. Mais "la guerre ne veut pas nous lâcher", note-t-il.

En juillet, le Washington Institute indiquait que si les mines antipersonnel sévissent au Yémen depuis des décennies en raison de conflits successifs, les houthis les utilisent aujourd'hui "à un rythme étonnamment élevé" dans leurs opérations contre les forces progouvernementales, appuyées par l'Arabie saoudite.

A côté du village d'Al-Hamili, de nombreux enfants marchent pieds nus sur les terrains désertiques environnants, non loin d'un champ de mines signalé par une grosse pancarte. Des démineurs s'affairent sur place pour neutraliser des engins localisés sous le sable.


(Lire aussi : Gouvernement et rebelles yéménites tentent de renouer le dialogue en Suède)


Jambe arrachée

Hassan al-Jahwari, responsable local d'un projet de déminage saoudien, indique que 16 équipes de son organisation sont opérationnelles autour de la localité côtière de Mokha.

"La première équipe est arrivée en août et nous avons pu, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), éliminer 9.000 mines (...) en plus d'autres engins explosifs".

A Nouhaira, autre village de la côte ouest, Mohammed Ahmed Ibrahim a perdu une jambe et utilise depuis des béquilles en bois.

"En revenant de la pêche, je marchais aux côtés d'un ami, alors que mon frère suivait derrière. J'ai marché sur une mine qui a arraché ma jambe et m'a jeté par terre. Mon ami et mon frère sont sortis indemnes", raconte-t-il. "Mon ami est allé informer mon père qui est venu à mon secours mais, en s'approchant, il a sauté sur une mine et a perdu la vie". "On est resté lui et moi un bon moment à terre".

La côte ouest du Yémen, au sud de la ville portuaire de Hodeida, a connu ces derniers mois de violents combats entre les houthis, rebelles soutenus par l'Iran, et forces progouvernementales. Des localités et villages ont changé de mains au fil des affrontements et la population civile s'est déplacée en masse pour éviter les tirs et les bombes.

Les combats ont baissé d'intensité depuis la mi-novembre, ce qui a permis à l'ONU de négocier la relance du processus de paix. Des représentants du gouvernement et de la rébellion se trouvent en Suède pour des pourparlers, les premiers depuis 2016.


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