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Moyen Orient et Monde

Yémen : les enjeux des pourparlers de Stockholm

Diplomatie

L’objectif principal de l’ONU et des Occidentaux est de calmer le jeu autour de Hodeida.

Julie KEBBI | OLJ
06/12/2018

Le début des choses sérieuses ? Les rebelles houthis et le gouvernement du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi ont finalement accepté de se rendre à Stockholm pour des consultations sous l’égide de l’ONU qui doivent débuter aujourd’hui. L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, « souhaite annoncer le redémarrage du processus politique interyéménite en Suède le 6 décembre 2018 », ont publié les services de l’émissaire de l’ONU hier sur Twitter. La réunion des deux parties dans un même lieu est une première depuis 2016, bien que les discussions doivent être menées de manière indirecte, les représentants onusiens faisant la navette diplomatique entre les délégations. Les représentants de la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, alliée des forces loyalistes, ne devraient toutefois pas être présents, bien qu’ils pourraient influencer en coulisses les décisions prises par les représentants du président Hadi.

Les Occidentaux ont accentué la pression sur les parties au conflit pour y mettre un terme, notamment sur les forces du gouvernement et de la coalition, après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre. « Nous n’avons aucune illusion et savons que ce processus (de paix) ne sera pas facile, mais nous saluons ce premier pas vital et nécessaire », a déclaré mardi le département d’État américain. La mise en place de ces discussions à également été permise en partie grâce à un accord passé entre le gouvernement yéménite et les houthis pour un échange de prisonniers. Selon l’AFP, « cet accord concernerait entre 1 500 et 2 000 partisans du gouvernement et entre 1 000 et 1500 rebelles. Il sera mis en œuvre après les négociations en Suède », a indiqué Hadi Haig, chargé de la question des détenus du gouvernement.


(Lire aussi : La résilience inattendue des houthis au Yémen)


L’objectif principal de l’ONU et des Occidentaux est de calmer le jeu autour de Hodeida. Au cœur de toutes les convoitises, la ville portuaire aux mains des houthis depuis 2015 offre un accès privilégié à la mer Rouge et près de 70 % de l’aide humanitaire y transite. Les forces loyalistes et la coalition ont lancé une offensive pour reprendre le contrôle de la ville en mai. Un cessez-le-feu a été conclu le 14 novembre alors qu’elles se sont rapprochées des alentours de la ville. « Les houthis ont indiqué à l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen qu’ils étaient disposés à envisager d’autoriser l’ONU à contrôler Hodeida », remarque Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’Université d’Oxford, interrogée par L’Orient-Le Jour. Mais « ce qu’ils entendent par “contrôle” n’est pas clair. Il est peu probable qu’ils souhaitent concéder des revenus importants sur les marchandises transitant par le port de Hodeida », poursuit-elle. « On peut espérer qu’ils accepteront d’épargner le port de Hodeida de la violence et d’élaborer un plan durable pour le maintenir ouvert et éviter les combats dans la ville. Mais il s’agit d’une question très controversée et donc les chances de les voir parvenir à un accord sont minces », note pour sa part Nadwa Dawsari, analyste du conflit yéménite et directrice du Center for Civilians in Conflict in Yemen.


(Lire aussi : Le Yémen en guerre au bord d'une "catastrophe majeure", prévient l'ONU)


Attentes peu élevées
Selon un tweet de Abdallah Alimi, le chef de cabinet du président Hadi, ces consultations sont « porteuses des espoirs du peuple yéménite ». Les représentants de l’équipe gouvernementale s’investiront « pour la réussite des consultations que nous considérons comme une occasion réelle pour rétablir la paix », a-t-il ajouté. Même son de cloche du côté des houthis, alors que Mohammad Abdelsalam, à la tête de leur délégation, a déclaré qu’ils « n’épargneront aucun effort pour faire réussir les pourparlers ».

Les attentes sont cependant peu élevées quant à l’issue de cette réunion alors qu’elle ne devrait être qu’un prélude à des négociations de paix, insistent les observateurs. « Nous ne devons pas nous attendre à des progrès énormes », souligne Peter Salisbury, consultant à l’International Crisis Group, contacté par L’OLJ. « Aucune des parties n’arrive (en Suède) dans l’idée de renoncer à beaucoup de choses », ajoute-t-il. Si l’agenda précis reste flou, la liste des sujets qui devraient être abordés devrait être limitée, à savoir « les mesures pour rétablir la confiance entre les parties qui se concentrent sur les échanges de prisonniers, la réouverture de l’aéroport de (la capitale yéménite) Sanaa ou encore le paiement des salaires des fonctionnaires et des pensions », précise-t-il. Les discussions entre les représentants de chaque partie « va aussi se concentrer sur un mécanisme pour gérer le port de Hodeida et assurer le flux des marchandises et de l’assistance humanitaire à travers le port », indique Mme Dawsari.

Toutefois, si les discussions devraient permettre de faire avancer quelque peu les parties vers une issue au conflit enlisé depuis 2015, certains points restent délicats à aborder pour l’avenir du pays. « Il ne devrait pas y avoir de sujet interdit, mais les deux parties ont été réticentes à parler de sujets plus vastes, comme un cessez-le-feu à l’échelle nationale et la suspension des frappes aériennes », note Mme Dawsari.


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ACE-AN-NAS

Les alliés coalisés occidentaux-bensaouds cherchent un moyen d'atténuer la défaite MILITAIRE SUR LE TERRAIN en convoquant ce meeting " diplomatique" .

De qui se moque t on ? 4 ans plus tard !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OU ETAIT LA BILE SURCHAUFFEE DE CERTAINS POUR LES CARNAGES EN CENTAINES DE MILLIERS ET EN REFUGIES EN MILLIONS ET EN FAMINE ET MORT D,ENFANTS, DE FEMMES ET DE VIEILLARDS EN SYRIE ?

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