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Gouvernement et rebelles yéménites tentent de renouer le dialogue en Suède

Yémen

"Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être ambitieux", déclare le médiateur de l'ONU. 

OLJ/AFP
06/12/2018

Des consultations sous haute tension se sont ouvertes jeudi en Suède entre le gouvernement et les rebelles du Yémen, sous l'égide du médiateur de l'ONU qui a salué une "opportunité unique" de ramener les belligérants sur le chemin de la paix, pavé d'embûches. Pays le plus pauvre de la péninsule arabique, le Yémen est dévasté par le conflit armé qui oppose depuis 2014 le gouvernement, soutenu par l'Arabie saoudite, aux rebelles appuyés par l'Iran. Les hostilités ont fait au moins 10.000 morts et poussé 14 millions de personnes au bord de la famine.

Pour le médiateur de l'ONU, le Britannique Martin Griffiths, les discussions engagées jeudi dans un centre de conférence à Rimbo, localité rurale située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Stockholm, constituent une "opportunité unique" face à l'urgence humanitaire. "Je ne veux pas me montrer trop optimiste mais je veux être très ambitieux", a-t-il déclaré devant des journalistes, en présence des délégations yéménites, réunies autour d'une même table pour la première fois depuis plus de deux ans. Selon M. Griffiths, des pourparlers de paix stricto sensu demeurent à ce stade hypothétiques. Les "consultations" en Suède sont d'abord destinées à "construire la confiance" et "réduire la violence" sur le terrain, a-t-il souligné.

Un responsable de l'ONU a indiqué jeudi soir sous couvert d'anonymat que les premiers contacts s'étaient tenus dans "un esprit positif" de part et d'autre. "Nous avons des raisons d'être optimistes" malgré les points de blocage potentiels et le spectre d'une escalade militaire sur le terrain qui ferait dérailler les pourparlers, a-t-il ajouté.

Les 12 membres de chaque délégation doivent échanger directement sur des sujets spécifiques. Plus prosaïquement, ils partagent une même salle de restauration censée favoriser, de façon moins formelle, leur rapprochement.

Partis en 2014 de leur bastion du nord du Yémen, les rebelles houthis ont pris le contrôle de vastes régions, dont la capitale et la ville portuaire de Hodeida (ouest) par où transite l'essentiel de l'aide humanitaire.



Tweets hostiles
Peu avant l'ouverture des discussions, gouvernement et rebelles ont exprimé séparément des exigences avant tout accord dans un échange de tweets peu diplomatiques. Le gouvernement a exigé "le retrait intégral" des rebelles de Hodeida, où des combats sporadiques se poursuivent malgré une trêve conclue en novembre.

De leur côté, les rebelles ont menacé d'empêcher les avions de l'ONU d'utiliser l'aéroport de la capitale Sanaa si les pourparlers n'aboutissent pas à la reprise du trafic aérien civil. Il ne s'agit toutefois pas de "préalables" aux consultations politiques, a souligné le responsable de l'ONU. Toutes les tentatives visant à mettre fin à la guerre qui dure depuis quatre ans ont échoué jusqu'ici, alors que la situation humanitaire est la pire du monde selon l'ONU.

En septembre, des pourparlers de paix ont achoppé sur le refus des négociateurs houthis de se rendre à Genève sans garantie sur leur voyage retour vers la capitale Sanaa et sur l'évacuation de rebelles blessés vers Oman.


(Lire aussi : Yémen : les enjeux des pourparlers de Stockholm)


Catastrophe humanitaire
Les pourparlers en Suède ont été favorisés par deux facteurs : la forte pression internationale exercée sur l'Arabie saoudite depuis l'assassinat le 2 octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans son consulat d'Istanbul, et l'évacuation lundi de 50 rebelles blessés vers Oman. Un accord en vue d'échanger des centaines de prisonniers a par ailleurs été conclu cette semaine.

Le chef de la délégation gouvernementale en Suède, le ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yamani, a déclaré à l'AFP que le gouvernement respecterait cet accord, tout en refusant tout compromis sur Hodeida. "Les milices houthis doivent se retirer de la ville de Hodeida et de son port, et le remettre au gouvernement légitime", a-t-il dit, déclenchant une réponse immédiate des rebelles. "Nous sommes venus ici avec l'intention de faire réussir ces consultations. Mais ça ne dépend pas de Khaled al-Yamani (...), ça dépend de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et des Etats-Unis", a déclaré à l'AFP un membre de la délégation houthie, Hamid Issam.

Martin Griffiths a indiqué que l'ONU était disposée à s'interposer à Hodeida, une option rejetée par Riyad tant que les rebelles ne quittent pas la ville.

Le conflit a précipité des millions de civils dans l'exil et la faim.Actuellement, le Programme alimentaire mondial (PAM) vient en aide à environ 8 millions de personnes (sur 30 millions d'habitants) mais il a annoncé jeudi vouloir en atteindre 12 millions d'ici fin janvier alors que l'approvisionnement du pays en produits alimentaires via le port de Hodeida est de plus en plus difficile, a indiqué à l'AFP un porte-parole du PAM.


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