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La Dernière

Cristian Mungiu et son cinéma réalité

Festival International du Film de Marrakech

La Palme d’or en 2007 pour son film « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », a placé le réalisateur roumain sous les feux des projecteurs. À Marrakech, il évoque en toute modestie ce moment où tout a « bien » basculé pour lui.


07/12/2018

« Je n’ai pas été invité par le festival pour présenter un film qui n’est pas encore né, mais pour faire une conversation avec le public. J’aime beaucoup cette idée de conversation, car qui suis-je pour donner des masterclass ? Je n’aime pas dicter aux autres ce qu’il faut faire en matière de cinéma, mais raconter mon expérience à qui veut bien l’entendre et s’en inspirer. » Voilà. Le ton est donné avec ce réalisateur, scénariste et producteur qui aime converser avec les autres et « échanger » des points de vue différents.

Quand on lui parle de la difficulté pour un cinéaste roumain d’accéder à la reconnaissance internationale, il répond sans hésiter : « C’était une chance. Mais il est plus difficile de rester à ce niveau que d’y accéder. » Et de reprendre : « La chance, il faut aussi la préparer. Je ne pouvais pas faire du cinéma pendant la période du communisme. Mais après la chute du mur, j’ai entrepris des études dans ce domaine et je me suis aussitôt mis en tête d’aller à Cannes. C’était mon seul objectif. »


(Lire aussi :  « Tous les acteurs rêvent de rôles de méchants »)

La réalité

Il foule donc le tapis rouge avec un premier film dans la section de la « Quinzaine des réalisateurs », et ne s’arrête pas là. Il veut aller plus loin et décrocher les étoiles. La chance est au rendez-vous pour Cristian Mungiu qui voit son film déplacé de la section « Un certain regard » à la « Compétition officielle », car, à l’occasion du 60e anniversaire du festival, les organisateurs avaient décidé cette année-là de choisir deux ou trois noms encore inconnus et leur permettre de rejoindre la cour des grands. Hasard ou chance ? Peu importe, le réalisateur roumain convainc, plaît et séduit avec son 4 mois, 3 semaines et 2 jours. Une histoire banale d’avortement au temps du communisme, mais surtout une histoire simple, chargée d’émotions et d’images. « Je crois que j’ai raconté une histoire simple d’une manière très honnête. »

Cependant, dans l’univers cruel et exigeant du septième art, la difficulté est de rester toujours au top. « En effet, c’est très difficile, car c’est toujours le film suivant qui donne la direction à votre cinéma. Pour ma part, j’ai eu besoin d’attendre de réfléchir et de comprendre. » S’ensuit donc Au-delà des collines qui obtient au Festival de Cannes 2012 le Prix du scénario et le Prix d’interprétation féminine pour les deux actrices Cosmina Stratan et Cristina Flutur. Et Baccalauréat, son cinquième long-métrage pour lequel il reçoit le Prix de la mise en scène à Cannes en 2016. « Au lieu d’aller m’exporter aux États-Unis, j’ai décidé de rester chez moi, travailler et continuer à faire ce que je sais faire : raconter de petites histoires personnelles. Alfred Hitchcock disait à ce propos qu’être universel c’est rester personnel. »

Mais le cinéma n’est pas toujours vérité. Comment ne pas tomber dans le piège de la manipulation ? « J’essaye de la réduire au maximum. Comme le montage et la musique d’un film sont les outils appropriés pour la manipulation, j’utilise souvent des plans séquence dans mon travail. C’est plus difficile, mais à mes yeux plus juste. J’avoue que mon métier de journaliste m’a appris la curiosité et, croyez-moi, c’est le temps qui témoignera de la justesse de ces petits détails et de cette précision. De ce cinéma vérité auquel j’accorde toute l’importance. Mon grand maître à penser ? C’est sans conteste la réalité. »


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