incident de Jahiliyé

Wahhab demande à la justice de dessaisir Hammoud de l’affaire qui l'oppose à Hariri

Le président de la République, Michel Aoun, ne semble pas vouloir exprimer son opinion sur l’incident avant que la justice détermine les responsabilités.

L’ancien ministre Wi’am Wahhab. Ali Hashisho/Reuters

L’avocat de Wi’am Wahhab, Maan el-Assaad, a demandé le dessaisissement du procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, de l’affaire qui oppose M. Wahhab au Premier ministre désigné, Saad Hariri, ainsi que le transfert du dossier auprès du tribunal des imprimés. Me el-Assaad a en outre réclamé que le juge Hammoud soit déféré devant l’Inspection judiciaire, estimant qu’il a commis des infractions à la loi.

« J’ai présenté trois requêtes en justice, en l’occurrence le dessaisissement du procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, le transfert du procès auprès du tribunal compétent, c’est-à-dire le tribunal des imprimés, et enfin une plainte contre M. Hammoud en vue d’obtenir des mesures opportunes à son encontre », a affirmé l’avocat devant des journalistes, à l’entrée du Palais de justice.

Rappelons que sur instruction de M. Hammoud, des éléments des services de renseignements des Forces de sécurité intérieure s’étaient rendus en grand nombre samedi au domicile de M. Wahhab, à Jahiliyé (Chouf), en vue de faire amener ce dernier à une séance d’audition dans le cadre de la procédure judiciaire engagée contre lui après ses attaques verbales contre le Premier ministre désigné. Cette intervention avait provoqué des heurts avec les partisans de l’ancien ministre, heurts au cours desquels son garde du corps, Mohammad Abou Diab, avait été touché avant de décéder des suites de ses blessures. À ce sujet, l’avocat a affirmé dans sa déclaration aux médias que « sans vouloir devancer les enquêtes en cours, toutes les preuves montrent que Mohammad Abou Diab a été tué par les FSI ». En matinée, le médecin légiste en charge d’examiner le corps du défunt avait présenté un rapport selon lequel « le décès est dû à une balle de feu qui est entrée du côté gauche de la poitrine et a pénétré dans le côté droit de l’abdomen », mais le spécialiste n’avait évoqué « aucune indication sur le type d’arme utilisée ou sur le calibre de la balle ».


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« Haïfa et l’après-Haïfa »

À la question de savoir si M. Wahhab va comparaître, l’avocat a répondu que son mandant « reçoit actuellement les condoléances », soulignant toutefois qu’« il obéit à la justice, contrairement aux rumeurs qui tentent de faire croire à l’existence d’un conflit entre la justice et lui ». Et Me el-Assaad de poursuivre : « Dans les jours qui viennent, nous intenterons de nombreux procès, mais nous attendons de rassembler les données qui nous parviennent au quotidien. » C’est probablement dans ce cadre que, raccompagnant le député Abdel-Rahim Mrad (Békaa-Ouest) venu lui présenter ses condoléances, Wi’am Wahhab a précisé qu’« il y aura trois surprises », affirmant qu’« aujourd’hui il y a Haïfa, et demain ce sera l’après-Haïfa », en référence au célèbre discours du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah pendant la guerre de 2006 contre Israël.

En réponse à une question, l’ancien ministre a souhaité que « la politique reste à l’écart de la justice », estimant qu’« il ne s’agit pas de la première erreur du juge Hammoud ». M. Mrad a pour sa part reproché au service des renseignements des FSI d’avoir « exagéré » lors de son déploiement dans la localité de Jahiliyé. Le patron des FSI, Imad Osman, avait été d’ailleurs vivement fustigé par le chef d’al-Tawhid, qui a exprimé son intention d’intenter un recours contre lui. En réponse à ces propos, M. Osman a évoqué, dans un entretien avec le directeur des informations de la chaîne Future TV, Hussein el-Wajeh, la fable du renard qui a trouvé sur un arbre un gros tambour qui battait fort à chaque fois que le vent faisait bouger les branches. L’animal a estimé que les objets les plus ratés sont ceux qui font le plus grand bruit, affirmant que ceux qui ont une voix élevée n’ont pas de capacités. L’histoire ne dit pas à qui faisait allusion M. Osman.

Entre-temps, M. Wahhab a ironisé sur son compte Twitter, postant une photo de véhicules militaires, avec pour légende : « Ils viennent me notifier d’une infraction pour dépassement de la limite de vitesse. »


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Efforts d’apaisement

Ces sarcasmes ne font pas oublier le climat de tension qui a prévalu ces derniers jours dans la Montagne et plus généralement dans le pays. Un climat que plusieurs courants et personnalités politiques ont tenté hier de désamorcer. Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a ainsi chargé une délégation menée par le ministre de l’Environnement, Tarek el-Khatib, de se rendre à Jahiliyé pour présenter ses condoléances, mais surtout pour exprimer le désir du parti que « soit dépassé tout ce qui est de nature à perturber la situation ». Dans le cadre de ses efforts d’apaisement, la délégation devrait également se réunir tour à tour avec le député Teymour Joumblatt, le secrétaire général du courant du Futur, Saad Hariri, et le ministre des Déplacés, Talal Arslane.

« Un tel incident, a affirmé à l’agence al-Markaziya Mario Aoun, député du CPL, est supposé secouer les esprits dans le sens de l’accélération de la formation du gouvernement, quand bien même il n’existe aucun lien direct entre les deux questions. » Le député du Chouf n’a pas manqué de revenir sur les détails de l’incident, estimant que « mobiliser une force des FSI pour notifier un ordre judiciaire a été une erreur fondamentale en ce qu’elle a exposé la paix civile au danger ». À la question de savoir pourquoi les pôles du pouvoir gardent le silence vis-à-vis de l’incident, le député aouniste a affirmé que « le président de la République, Michel Aoun, ne donnera pas de déclarations et n’exprimera pas ses positions tant que la justice n’aura pas déterminé les responsabilités ».

Une délégation du Hezbollah menée par le vice-président du conseil politique du parti chiite, Mahmoud Comaty, s’est rendue de son côté à Jahiliyé pour présenter ses condoléances. À cette occasion, Wi’am Wahhab a réitéré son attitude hostile au Premier ministre désigné, soulignant que celle-ci « n’embarrasse pas le Hezbollah ». « Où est le problème si j’ai une position contre M. Hariri ? » s’est-il demandé.

M. Comaty a affirmé dans le même sens que son parti « ne s’ingère pas dans les positions de ses alliés, qu’il les appuie ou non ». Il a en outre traduit la pensée du Hezbollah selon laquelle « la stabilité sécuritaire, politique, sociale et économique est un objectif essentiel ». « Il nous importe que la Montagne préserve son calme, sa sécurité, et son vivre-ensemble », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous n’encourageons et n’appuyons aucune discorde, ni dans la Montagne ni dans le pays. » Critiquant néanmoins la procédure utilisée pour la notification de M. Wahhab, le responsable chiite a affirmé que « les services de sécurité doivent rester loin des vexations politiques, lesquelles relèvent des divisions politiques ».

Pour sa part, Bilal Abdallah, député joumblattiste, a exprimé sur son compte Twitter son amertume face au spectacle affiché hier à Jahiliyé. « S’agit-il de condoléances ou plutôt de célébration de la victoire contre le prestige de l’État et le pouvoir de la loi ? » s’est-il demandé, dans une allusion à l’opposition armée menée à Jahiliyé par les partisans de M. Wahhab contre les forces de l’ordre.




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commentaires (5)

Magnifique et hilarant, ce "wi'am et non'am..." Fallait l'inventer, B R A V O !!! Nous avons besoin de gens qui nous font rire en ces temps difficiles. Irène Saïd

Irene Said

14 h 16, le 04 décembre 2018

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Commentaires (5)

  • Magnifique et hilarant, ce "wi'am et non'am..." Fallait l'inventer, B R A V O !!! Nous avons besoin de gens qui nous font rire en ces temps difficiles. Irène Saïd

    Irene Said

    14 h 16, le 04 décembre 2018

  • M. Wahhab maintient une milice privée armée jusqu'aux dents. C'est inadmissible, tout comme l'armement illégal des combattants du Hezbollah. Nul n'est au-dessus des lois,à commencer par M. Wahhab !

    Tony BASSILA

    14 h 05, le 04 décembre 2018

  • C'est pas grave et rien de trop compliqué pour être résolu par ... Tatata... Bassil l'homme a tout faire. Donnons lui une semaine et il se mettra sur le dossier des wi'am et des non'am et les solutions se cristalliseront devant nos yeux suite aux efforts magiques de notre ministre des affaires... m'enfin elles toutes quoi!

    Wlek Sanferlou

    13 h 31, le 04 décembre 2018

  • Pour du ""liban nouveau"" , C'EN EST VRAIMENT PAS UN. meme saloperie qui perdure depuis 1967. les memes politiciens d'aujourd'hui repetent les memes depuis lors . ils releguent la PRÉPONDÉRANCE de l'ETAT et mettent en avant celle de voyous divers, bandes armees,

    gaby sioufi

    11 h 23, le 04 décembre 2018

  • ET IL OSE METTRE DES CONDITIONS ! L,ABERRATION DE L,ABERRANT...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 10, le 04 décembre 2018