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Liban

Manara et Aïtanit, un Eldorado écologique ?

Déchets

Reportage dans deux villages de la Békaa-Ouest qui ont décidé de mettre en place un plan viable de gestion des ordures, avec l’aide d’une ONG néerlandaise.

16/11/2018

Face à l’ampleur de la crise des déchets dans les grandes villes libanaises, les villages de Manara et Aïtanit dans la Békaa-Ouest se sont engagés, dès mai 2016, à agir indépendamment des autorités nationales. Ce sont les autorités locales, en collaboration avec l’ONG néerlandaise VNG International, qui impulsent un projet écologique, celui de parvenir à l’objectif de « zéro déchet », en d’autres termes le traitement d’un maximum d’ordures.

« Aidez-moi à accomplir mon rêve, celui de faire de mon village un village modèle. » Il n’en fallait pas plus pour que le maire de Manara, Hassan Ayoub, soit entendu par VNG International. Réputé pour le haut niveau d’instruction de ses habitants, le village de Manara se soucie d’améliorer la qualité de vie de ses 5 000 citoyens sur tous les plans. C’est grâce au soutien financier et logistique de VNG International et à la collaboration d’experts des villes d’Almere et de La Haye, aux Pays-Bas, qu’un programme écologique voit le jour en mai 2016. À la même date, le même programme écologique émerge 30 kilomètres plus loin, dans le village de Aïtanit, 700 habitants.


(Lire aussi : Et si on créait un mur végétal, un vrai, grâce à des sacs en plastique ?)


Technique et communication
C’est à la suite de longues campagnes de sensibilisation, particulièrement via le porte-à-porte, que le tri sélectif des déchets devient une tradition au sein des foyers. Dans les écoles, des ateliers écologiques sont pratiqués en vue d’inculquer les bonnes pratiques aux enfants. « Au début, les habitants avaient un peu de mal avec cette pratique, mais tout était une question d’habitude », nous livre Rami Assaf, le coordinateur de projet de VNG International au Liban. Aujourd’hui, la quasi-totalité des habitants semblent avoir pris cette habitude de recycler, à tel point que « c’est devenu un réflexe de presser une bouteille en plastique et de la refermer avant de la jeter dans la poubelle pour qu’elle prenne le moins de place possible ». Il ne fallait pas plus de deux ans pour inculquer l’esprit écologique aux habitants.

Dans les coins de rue des deux villages, on peut voir quatre types de containers car le tri s’opère en quatre catégories. Un container rouge pour le plastique, un container bleu pour le papier et le carton, un container vert pour les déchets organiques puis un container gris pour ce qui est du « reste ». Une fois les poubelles pleines, les déchets sont collectés suivant un programme précis afin d’optimiser la charge de travail.

Par la suite, ces derniers sont traités dans les usines de tri respectives à chaque village. Une fois triés et compressés, les cartons et les plastiques sont destinés à être revendus à des usines de production. En ce qui concerne les déchets organiques, ils restent exposés au soleil trois à six semaines en vue d’être convertis en compost. À ce propos, le compost a été analysé par les laboratoires de l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et s’avère être de très bonne qualité pour les cultures (B+). Celui-ci est donc raffiné pour être vendu au marché. Quant au reste des déchets, ils subissent une étape au cours de laquelle sont extraits les impuretés et les résidus d’autres matières susceptibles d’être recyclées. Les déchets « définitivement inertes » collectés à Manara sont envoyés à une société de production d’électricité dont l’ONG n’a pas voulu fournir le nom. « C’est ainsi que nous arrivons à zéro déchet » à Manara, selon Rami Assaf.


(Lire aussi : Recycle Lebanon : « C’est notre rôle de faire connaître au public le bon chemin vers le zéro plastique au Liban »)


Entre engagement interne et soutien externe
Si le projet est une émanation de la volonté des autorités locales, les municipalités ne manquent pas d’être reconnaissantes à l’égard de l’ONG. « VNG International a pris en charge l’installation du projet, à savoir les infrastructures de recyclage, l’installation des containers, les campagnes de sensibilisation de volontaires, etc. Désormais, ce sont les municipalités qui continuent d’assurer le financement du projet. L’ONG n’est là que pour fournir des aides occasionnelles », confie Rami Assaf. La clé de la réussite d’un tel projet ne se résume à rien d’autre « qu’une administration engagée et soudée, un soutien comme celui de VNG International ainsi qu’une campagne de sensibilisation solide », selon Cynthia Kayem, membre de la municipalité de Aïtanit.

Au-delà du projet de recyclage, les municipalités de Manara et de Aïtanit font part de leurs ambitions environnementales. Toutes deux ont des ambitions d’extension du projet écologique. Une reforestation des plaines et des objectifs d’écotourisme sont en cours d’élaboration. À Manara, le « Jardin des 64 » est le symbole d’un village engagé tant sur le plan éducatif que sur le plan environnemental. En effet, il s’agit d’un jardin où, à chaque départ à la retraite d’un enseignant, un pin est planté en sa mémoire. À Aïtanit, des normes de construction et de droits d’activité visent à restreindre les activités susceptibles de nuire à l’environnement.


(Lire aussi : Éliminer le sac en plastique au Liban... par de bonnes idées)


Un triomphe à nuancer…
Néanmoins, la réussite de ce projet reste relative. Selon Cynthia Kayem, l’objectif zéro déchets ne peut objectivement être atteint au Liban. Le village de Aïtanit ne parvient toujours pas à atteindre cet objectif, stockant de facto le « reste » des déchets en « attendant de trouver une solution ». « Cela n’empêche pas qu’on donne notre maximum pour que le taux de ces déchets ultimes reste restreint. Plus petite est la proportion, plus on se rapproche de l’objectif », dit-elle.

En outre, l’engagement de tous les citoyens n’est pas systématique. À Manara, une partie des citoyens qui ne sont pas originaires du village ne suit pas la tendance écologique. Il s’agit particulièrement de ceux qui habitent dans les extrémités du village et qui échappent au contrôle des autorités locales. Malgré tout, non moins de 70 % des citoyens effectuent le tri sélectif, alors que cette proportion avoisine les 100 % à Aïtanit.

En pleine campagne contre le plastique, L’OLJ n’a pu omettre de poser cette question dans les deux villages. Ceux-ci ne se sont pas du tout familiarisés à la pratique de boycottage des sacs-plastique. Les commerçants continuent à distribuer ces sacs, sans les remplacer par des sacs en papier. « Mais ça c’est une question plus large, argue Cynthia Kayem. C’est une question de distribution. Dans la région, il s’agit de petits commerces qui s’approvisionnent eux-mêmes, donc ils vont à proximité et prennent ce qu’ils trouvent. »

Si le programme instauré par VNG International est toujours d’actualité, qu’en sera-t-il du suivi qui en découlera ? Le projet se perpétuera-t-il ? « Quoi qu’il arrive, on n’arrêtera pas nos efforts, même s’il faut s’endetter, on s’endettera. Le projet a vu le jour et ne sera jamais abandonné car nous sommes prêts à faire des investissements pour le maintenir en vie », déclare Hassan Ayoub. Ce projet semble être devenu une pratique définitivement ancrée dans les consciences des habitants du village.


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Ziad Gabriel Habib

Bravo et félicitations à nos deux villages de la Bekaa. Petit à petit l'oiseau fait son nid. Bien sûr il y aura toujours une fraction ultime à gérer mais l'essentiel est de tirer le maximum de valeur des nos ordures . Quel bel exemple qui indique qu'un citoyen informé et une municipalité motivée sont les meilleurs alliés pour réussir. Continuons!

Irene Said

Envoyez notre ministre "sortant" de l'environnement Tarek el-Khatib en stage dans ces deux villages, ainsi que tous les responsables de la gestion des déchets !

Et félicitations chaleureuses aux maires de Aïtanit et Manara !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CA DEVRAIT EVEILLER CETTE LECON ECOLO TOUS NOS ABRUTIS RIGOLOS...

Tina Chamoun

Est-il normal que des citoyens trouvent une solution au problème des déchets et pas nos (ir) responsables? Ah oui, c'est vrai cette solution ne nourrit pas assez leurs poches. Au fait M. Hamadé, que pensez-vous de ce sursaut de la société civile? Ne sursautez surtout pas!!

NAUFAL SORAYA

Ca fait vraiment plaisir de voir que certains y arrivent! Bravo... La preuve, une fois de plus, que quand on veut, on peut...

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