L'impression de Fifi ABOU DIB

DITES NON !

Impression
15/11/2018

Ouvert sous un chapiteau éclairé d’une lumière glauque que ne parvenait pas à égayer un grand dais noir imitant un ciel étoilé, le Salon du livre nous a laissé, à sa clôture, un goût de cendre. Rarement, pourtant, on aura soulevé lors de cette grand-messe de la culture autant de sujets fondamentaux : de l’adaptation du système scolaire et des méthodes d’apprentissage au défi numérique (Farid Chehab), du « cyberdroit » à l’heure de la « cybercriminalité » (Christiane Féral-Shuhl), des régimes autoritaires dans le monde arabe, de la gestion des déchets plastiques (portée par la campagne #MaBaddaPlastic menée par L’Orient-Le Jour) ou des enjeux de l’eau (Fadi Comair). Ces débats offraient une belle opportunité de s’informer en direct et de poser les bonnes questions. Devant l’affluence d’un public prêt à écouter et faire avec les auteurs et intervenants le travail de réflexion que les thèmes imposent, on était gagné par une vague d’optimisme et, oui, de fierté. Le public libanais, du moins celui, considérable, du Salon du livre francophone, est éclairé, averti, engagé. Le reste de l’année, ces mêmes personnes fréquentent des cours pour adultes, initient des actions d’intérêt public ou s’y impliquent en bénévoles, apportent leur pierre, aussi modeste soit-elle, à l’édifice public.

Cependant, et à propos d’amertume, c’est dans les débats centrés sur le Liban que s’est glissé le désespoir. Le mot n’est pas trop grand. Tout à coup, la lumière grise des LED faisait bloc opératoire. Les pronostics tombaient, aussi sombres les uns que les autres. Les intervenants n’essayaient même plus, comme cela s’est souvent vu en pareilles circonstances, de terminer sur une note optimiste. Il y avait ce corps matriciel dont on constatait l’agonie en direct, et le sifflement intermittent des micros ressemblait à celui d’un moniteur cardiaque proche de la ligne plate. La mauvaise mine des présents n’était pas due aux seules ampoules fluorescentes. Lors de la table ronde organisée par la Fondation Michel Chiha, à l’occasion de la publication d’une anthologie des écrits de celui qui fut le concepteur du Liban moderne et indépendant et l’un des rédacteurs de sa Constitution, le politologue Karim Émile Bitar a invité à une réflexion sur « le positionnement économique et géopolitique du Liban dans un monde en mutation ». Quel positionnement ? Quel monde ? semblait se demander le public à l’heure où, une fois de plus, le système est incapable de produire ne serait-ce qu’un gouvernement. Quel que soit le débat, les mêmes constats revenaient. « Le système est verrouillé au bénéfice d’une oligarchie corrompue. L’exemple de la corruption institutionnelle est reporté sur la base de la pyramide, et les enfants, les jeunes eux-mêmes commencent à rejeter leur appartenance », a relevé, en substance, l’auteur et juriste Alexandre Najjar dans une autre rencontre. « Dites non! » a martelé l’ancien ministre Marwan Hamadé, appelant à un nouveau sursaut de la société civile. Bien que dotée d’un exceptionnel potentiel, ladite société civile n’a plus goût aux vaines manifestations. Ce non, pourtant, en chacun de nous, doit surgir. Se résigner reviendrait à débrancher le grand malade qui nous sert de pays et lui ôter tout espoir.

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Wlek Sanferlou

Excellent son de cloche à nous tous.
Citoyens qui doivent se faire entendre car si les soi-disant dirigeants et chefs de ci et de ça manquent de passion pour ce pays le citoyens, qui œuvrent tout les jours à sauvegarder et à nous ramener vers le normal, ont plus le droit d'être entendus et surtout d'agir.
Merci!

Tina Chamoun

Fifi, ôtez donc vos lunettes grises! Tout n'est pas rose non plus je l'admets mais vous avez le chic (style) de plomber la lumière d'ambiance. Tiens, vous pouvez facilement vous réincarner en dimmer!

Tina Chamoun

Hamadé demande un sursaut à la société civile? Mais c'est un triple salto que nous faisons tous les jours et nos (ir)responsables demeurent dans un coma cérébral affligeant! Wlek ste7o ba2a!!!

Agenor

J’ai été déçu par le salon du livre de cette année mais pour d’autres raisons que les vôtres. J’ai trouvé l’emplacement du salon avec difficulté.

La petite vidéo sous forme de dessin animé, qu’on pouvait visionner sur le site de l’OLJ ou celui du salon, montrant un véhicule se dirigeant au salon, est très jolie mais …peu efficace. Le stationnement est compliqué, même à l’intérieur du parking sale et boueux.

Tout cela sentait l’improvisation et un manque évident de préparation et d’organisation. On pouvait voir de temps à autre – mais pas assez – sur la route une pancarte indiquant la direction du salon.

Il fallait en mettre à chaque intersection, sinon le visiteur se perd! Espérons que le prochain salon sera mieux organisé.

Sous notre ciel, l’espoir est obligatoire et de mise.

ACE-AN-NAS

Alors moi je dis NON à cet article de Cassandre négativiste, avec arrière pensée.

Prendre marwan hamade pour référence sur une direction donnée à la société civile , nous donne le tempo de la fausse route .

gaby sioufi

" la Societe Civile" se trouve dans l'oeil du cyclone des bienfaiteurs passes de la republique-ceux la memes qui pour le moins n'avaient rien fait de bon-et toujours presents au sein de la classe politique.
Indirectement ils ironisent sur son efficacite .

mais tous savons que la Societe Civile a a peine 3 ans d'age,qu'au vu des dossiers plombes de tonnes de saletes auxquels elle s'attaque,heritages de ceux la memes qui ironisent a son propos,
il lui beaucoup plus de temps pour pouvoir peaufiner peu a peu sa strategie a venir.

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