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Liban - Droits de l’homme

Loi sur les disparus : les familles tiraillées entre joie et appréhension

Lors d’une exposition de Wissam Khoury sur les disparus dans le jardin Gibran Khalil Gibran. Photo archives Nasser Traboulsi

Les familles des disparus en Syrie et au Liban étaient hier dans un état de torpeur au lendemain du vote, lundi, par le Parlement de la loi sur les victimes de disparition forcée. L’émotion est palpable dans leur discours, ainsi qu’une appréhension. Elles craignent en fait que cette démarche cruciale, « qui sous-entend que l’État se porte enfin responsable de ce dossier », reste incomplète et que de nouveaux obstacles, comme ceux relatifs à la nomination des membres de la commission nationale à titre d’exemple, ne surgissent, entravant ainsi toute tentative de recherche de la vérité.

Quoi qu’il en soit, l’heure était à la joie… et à la nostalgie, les familles ne pouvant s’empêcher de penser à celui qui avait soutenu leur cause dès le premier jour, Ghazi Aad, décédé le 16 novembre 2016. « Je suis émue et contente, mais j’aurais aimé que Ghazi soit encore parmi nous », confie Nahil Chehwan, dont le mari, Kozhaya, a été enlevé en juillet 1980, à l’âge de 28 ans, sur les lieux de son travail à Selaata. Il l’a laissée avec quatre enfants âgés entre 4 ans et quatorze mois. « J’espère que ce sera le début d’une vraie recherche pour la vérité, et qu’on ne reste pas au simple vote de la loi, poursuit-elle. On ne peut être tranquille que lorsqu’on connaît la vérité. C’est alors seulement que je pourrais dormir. Cela fait trente-six ans que j’attends. Je sais que la route est encore longue, mais, au moins, on est sur le bon chemin. Si l’État libanais avait assumé ses responsabilités dans ce dossier dès le départ, beaucoup de choses auraient changé. »


(Lire aussi : Les disparus ont enfin leur loi, l’État libanais face à ses responsabilités)


Même son de cloche chez Rabiha Riachi, dont le mari, Toni, le frère de ce dernier, Georges, et leur cousin, Mansour, ont disparu le 31 août 1985. Ils étaient respectivement âgés de 27, 31 et 35 ans. « Hier (lundi), j’ai senti pour la première fois depuis trente-trois ans que les responsables pensaient à nous, avance-t-elle. Je pense très fort à Ghazi. Sans lui, notre cause n’existerait pas. C’est lui qui nous avait dirigés et qui nous a donné la force pour poursuivre le combat. J’aurais aimé qu’il partage cette première victoire avec nous. » Et Rabiha de reprendre : « L’important, c’est que cette démarche ne soit pas incomplète et qu’un travail sérieux soit mené pour faire la lumière sur le sort des disparus. »

Nathalie Eid, dont le frère, Jihad, est au nombre des militaires disparus le 13 octobre 1990 (il avait 20 ans), est moins optimiste. « Le vote de la loi est une excellente nouvelle pour les familles des disparus au Liban, note-t-elle. Elles vont enfin pouvoir se fixer sur le sort de leurs proches et faire leur deuil. En ce qui concerne les disparus en Syrie, la crainte est tout aussi pesante. Je ne sais pas à quel degré les autorités libanaises vont faire pression sur les autorités syriennes pour faire la lumière sur leur sort. Je sais qu’il y a des limites. Il n’en reste pas moins que j’appelle le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, qui est le seul responsable libanais à être aussi proche du régime syrien, à œuvrer en notre faveur. »


Relisez aussi notre dossier spécial : Disparus de la guerre civile : S'ils pouvaient témoigner...


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LES DISPARUS ONT MAINTENANT UNE LOI... MAIS ILS N,ONT MALHEUREUSEMENT PLUS LA VIE !

LA LIBRE EXPRESSION PARLE AU PEUPLE.

08 h 46, le 14 novembre 2018

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Commentaires (1)

  • LES DISPARUS ONT MAINTENANT UNE LOI... MAIS ILS N,ONT MALHEUREUSEMENT PLUS LA VIE !

    LA LIBRE EXPRESSION PARLE AU PEUPLE.

    08 h 46, le 14 novembre 2018

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