Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (8)

La psychanalyse, ni ange ni démon
08/11/2018

Une femme de 35 ans me consulte, j’étais encore à Paris. Son problème est d’ordre sexuel. Elle souffre de « dyspareunie », une forte douleur à la pénétration et n’accepte pas cela de la part de son mari. Elle y arrive très rarement et si elle l’accepte, c’est pour faire plaisir à son mari très amoureux d’elle. Son mari actuel, le second, elle était mariée précédemment, est très tolérant. Il accepte volontiers d’en rester aux plaisirs du début, appelés « plaisirs préliminaires », terme qu’elle rejette avec violence. Parfois, il devient impatient et lui demande de la pénétrer. Très rarement elle accepte, malgré elle, mais la douleur qu’elle éprouve finit par arrêter l’acte et tout le plaisir ressenti auparavant se transforme en douleur. Cela crée une grande souffrance entre eux et, malgré leur entente de fond, ils finissent par s’en vouloir et par éprouver de l’hostilité l’un pour l’autre. Cette hostilité cesse la fois d’après, le plaisir ressenti de nouveau mettant fin à l’hostilité. Mais lorsque le mari demande à nouveau de la pénétrer, le malentendu reprend et l’animosité avec. Elle lui reproche de ne pas tenir compte de sa douleur quand lui l’accuse de ne pas l’aimer assez pour la surmonter. Ainsi de suite. Ce qui la pousse à demander une psychanalyse pour surmonter cela.

En séance, elle a du mal à associer librement et dès qu’elle réussit à le faire, elle revient immanquablement à la description des faits. Visiblement, une autocensure inconsciente la bloque à ce niveau-là et l’empêche d’aller plus loin. Jusqu’au jour où, pendant ses ébats amoureux avec son mari, elle fait un lapsus : elle appelle son mari actuel du prénom de son ex-mari. Ce qui dérange beaucoup le mari et l’amène à quitter le lit conjugal et à faire chambre à part. Il l’accuse de ne pas avoir oublié son ex, de continuer de l’aimer, ce qui est insupportable pour lui.

Or non seulement elle n’aime plus son ex, mais elle lui en veut encore beaucoup jusqu’à aujourd’hui. Lorsque je lui demande de me dire pourquoi, elle élude la question et parle d’autre chose. Impossible qu’elle dise quelque chose à propos de son ex qui pourrait nous expliquer pourquoi elle lui en voulait encore.

Un jour elle arrive en retard à sa séance, s’excuse beaucoup et raconte qu’il y a eu du retard à la gare, que ce n’était pas de sa faute. « Rouspétant contre cette attente à la gare, elle énonce en faisant la liaison : cet/attenta/la/gare ». Je relève : « attentat » ? Saisie, elle éclate en pleurs pendant un long moment, sanglotant et ne réussissant pas à s’arrêter. Un long silence s’ensuit. Tout en continuant à sangloter, elle raconte ce qui lui est arrivé avec son premier mari. La nuit de noces, après les attouchements habituels qu’ils avaient eus ensemble avant le mariage, et malgré ses protestations et ses supplications, il la pénétra de force. Sa douleur fut terrible et elle vécut cela comme un attentat, un viol. Ce traumatisme empoisonna leur relation et plus aucun contact sexuel n’eut lieu entre eux. Peu de temps après, ils divorcent. Un temps passe avant de dépasser ce traumatisme et elle eut du mal à se remarier. L’amour de son second compagnon permet de dépasser l’obstacle et elle se remarie une seconde fois. Le problème sexuel de la pénétration se repose avec le second mari, mais l’amour qu’il lui porte permet à la patiente de dépasser sa douleur ponctuellement.

Avec beaucoup de difficultés, la poursuite de l’analyse amène la patiente à retrouver un souvenir refoulé dans les oubliettes les plus profondes : un homme, proche de la famille, abusa d’elle au moment où elle entrait dans la puberté. Il l’avait pénétrée avec son doigt pendant qu’elle avait ses règles. La vue du sang l’amène à une interprétation qui reste vivace jusqu’à aujourd’hui : toute pénétration est sanguinolente, assimilée à un attentat, un viol. Sa douleur la protège de revivre cela, ce qui donne sens enfin à cette dyspareunie.


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