Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (suite)

La psychanalyse, ni ange ni démon
25/10/2018

Nous avons vu dans la dernière rubrique (L’OLJ, 18/10/2018) comment un homme qui devient père se trouve en manque total de désir pour sa femme. Il découvre la raison quand, voulant dire qu’elle « était à bout », il prononce « tabou » en faisant la liaison entre le (t) de « était », le (à) et le (b) de bout. Il réalise avec angoisse que les seins de sa femme ne sont plus l’objet de son désir, mais des seins qui allaitent le nourrisson. Les seins de sa femme deviennent les seins d’une mère, de sa mère, laquelle est en effet tabou. D’où la chute de son désir sexuel pour sa femme.

Que se passe-t-il du côté de sa femme dont le désir sexuel pour le mari tombe également après l’accouchement ?

La femme est soumise à un clivage, une séparation entre son identité sexuelle, son désir sexuel et sa fonction maternelle. Ce clivage est induit et entretenu par une idéologie judéo-chrétienne qui réduit la femme à sa fonction reproductrice. En témoigne, sur le plan social et familial, la lutte farouche contre l’avortement, encore présente dans beaucoup de pays; le retard à légaliser la vente de la pilule contraceptive qui n’a été possible en France qu’en 1967; l’opposition de l’Église à l’utilisation des préservatifs, même quand il s’agit de maladie endémique comme le sida en Afrique ; l’excision, pratique ancestrale de mutilation de la femme pour l’empêcher d’éprouver du plaisir (environ 3 millions de femmes excisées par an dans le monde) et, last but not least, la confusion entretenue dans l’esprit des femmes par cette même idéologie entre la ménopause et la sexualité qui les poussent à croire que la ménopause est aussi la fin de leur vie sexuelle.

C’est pour cette raison que chez la femme, il y a une opposition, voire une guerre interne, entre sa féminité et sa maternité. À cette influence socioculturelle s’ajoute celle de la psyché féminine. Soumise, dès sa petite enfance, à la pression de la différence entre les sexes et à la valorisation par la famille du sexe masculin, la petite fille éprouve cela comme une humiliation qu’elle va combattre. Comme en témoigne le fait que la petite fille cherche à faire comme les garçons : pisser debout contre un mur.

Adulte, l’enfant qu’elle met au monde la comble et efface les traces de l’humiliation subie dans son enfance. Elle est comblée, réconfortée et prend en quelque sorte sa revanche sur les hommes, à travers le mari qui en paye la note pour ainsi dire. Comblée, rien ne lui manque, elle n’a plus besoin de son mari. Lequel, comme on l’a vu la dernière fois, se sent inutile devant cette complétude du rapport mère/nourrisson. Il ne supporte pas la vue de cette complétude dont il est exclu. La complétude indique au mari une relation qui se suffit d’elle-même, qui n’a besoin de rien, dont il est exclu mais qu’il a vécue avec sa mère quand il était nourrisson et qu’il a complètement oubliée, refoulée.

Ce qui va réinjecter du désir dans le couple, c’est la séparation progressive de la mère et du nourrisson. Dans cette séparation, le père joue un rôle important, il est l’agent de cette séparation. Le sevrage met fin à cette complétude mais la relation mère/enfant comprendra encore une dimension fusionnelle jusqu’à l’âge de 3 ans. C’est à l’âge de la découverte de la différence des sexes (environ 3 ans) que l’enfant commence à se séparer de sa mère. Le garçon investit son pénis et la fille son clitoris, sources de plaisir. L’enfant de 3 ans commence par réaliser qu’il a pu compléter sa mère, compléter le corps de la mère en lui restant attaché. Au sens littéral du terme. Maintenant, il s’intéresse à son propre corps.

Dans cette période qui dure de 3 à 6 ans, du fait de l’angoisse provoquée par la fusion, l’enfant se détache de sa mère et se rapproche du père par un mécanisme d’identification. Pour la mère, c’est une perte qu’elle compensera en retrouvant sa féminité, permettant au mari de reprendre sa place d’homme et au désir sexuel de ré-émerger dans le couple.

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