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Liban

Les «riders » sortent leur Harley contre le cancer

Campagne

Dimanche dernier, 75 riders, dont 12 femmes, ont relié Saïda au Chouf, dans le cadre de l’opération « Pinkoctober ».

02/11/2018

Comme tous les dimanches matin, 75 Harley Davidson quittent Beyrouth dans un bruit pétaradant. Mais en ce 28 octobre, c’est une sortie particulière pour le Harley Owners Group (HOG) : le cortège file sur l’autoroute en direction de Saïda, entraînant dans son sillage des ballons de baudruche roses. Les curieux ont arrêté leurs activités dominicales pour filmer le passage du convoi et ils ne peuvent que le remarquer : le rose s’affiche partout – sur les blousons, foulards, lunettes de soleil et même sur des ailes qui volettent, accrochées dans le dos d’une rideuse. Rania Haddad veut croire que cet accoutrement visible de loin sensibilisera au dépistage : « Les gens vont nous voir circuler dans les régions et vraiment, ils vont se demander pourquoi on fait ça. Ça va marcher ! »

C’est le pari des douze Ladies of Harley qui font vrombir le moteur de leurs – très coûteuses – Harley Davidson en cette sixième édition du Pinkoctober. Il s’agit de « porter le message auprès des femmes qui vont nous voir », affirme Pamela Nabhan, la responsable des Ladies of Harley. « On est là pour conduire mais aussi, et surtout, pour l’émancipation des femmes, pour dire aux femmes que oui, on peut conduire (…) même si on a des motos lourdes, en même temps que pour sensibiliser et pour rider pour une cause. » La cause est partagée avec le coorganisateur de l’événement, l’association Pink Steps, qui vient en aide aux femmes touchées par le cancer après la fin de leur traitement, en proposant des activités sportives notamment. Cinq d’entre elles étaient assises à l’arrière des motos en ce dimanche. « C’est important de montrer la solidarité entre les bikers et les Pink Steps et de vivre librement en bonne santé (…) comme c’est important de détecter précocement le cancer et de sensibiliser au sport et à l’effort physique », assure Nathaly Nasr el-Deen, la fondatrice de Pink Steps âgée de 27ans, étudiante-chercheuse en biologie et passée par de grandes universités américaines.


(Lire aussi : Cancer du sein : toutes ces questions que l’on se pose...)


« Personne ne peut s’empêcher d’y penser »
À l’arrivée à Saïda, des badauds se sont amassés en attendant les motards. L’entrée dans la ville est une première réussite : il est normalement interdit aux motos de traverser la capitale du sud. Mais pour Pinkoctober, l’armée a fait exception. Plusieurs autres initiatives étaient organisées par la Development for People and Nature Association (DPNA) pour cette première étape des bikers, destinée à sensibiliser au cancer du sein : des cerfs-volants roses, une course le long de la corniche, des discours et des témoignages. Son casque de moto sous le bras, Suzanne Azam écoute attentivement et soupire : « Je connais tellement de gens qui sont concernés par ça, je travaille dans un hôpital (…) et ma mère a eu un cancer du sein, elle a survécu. » Une autre bikeuse, Vanessa Abou Habib, renchérit : « Cela me tient à cœur parce que, un : je suis une femme, deux : ça peut toucher une personne très proche, une maman, une amie ou peut être un jour moi même qui sait ? Personne ne peut s’empêcher d’y penser. »

Après un arrêt à la pompe et quelques selfies avec les passants, les bikers ont enfourché de nouveau leur monture. Direction le Chouf en suivant un itinéraire à couper le souffle, sur les routes serpentant entre Joun, Jezzine, Niha, Mresti, Moukhtara avant de reprendre des forces autour d’un déjeuner à Deir el-Qamar. Un itinéraire classé de niveau « intermédiaire » qui n’a pas effrayé Samia Ydlibi, loin de là. Cette survivante du cancer du sein et membre de Pink Steps grimpe à l’arrière d’une Harley avant de descendre sur Beyrouth : « C’était exceptionnel, j’ai eu un petit peu peur au début mais tout était incroyable, j’ai aimé chaque minute. » Pink Steps a aidé Samia à « aller de l’avant » après le cancer et cette chevauchée dans le Chouf est l’exemple même, pour elle, qu’il « y a une vie après le cancer. »

À l’arrivée à Beyrouth, 170 kilomètres plus tard, la fatigue n’empêche pas les sourires de s’étirer sur les visages et les remerciements de se répéter. Pamela Nabhan est ravie d’entendre que les survivantes du cancer veulent apprendre à conduire une Harley, le meilleur moyen selon elle de « croquer la vie à pleines dents. » Avant de se séparer, les riders et leurs passagers échangent leurs comptes Facebook et se promettent de partager les photos. Car le message de sensibilisation aura inévitablement plus d’écho sur les réseaux sociaux, que sur les routes du Chouf, un dimanche après-midi.


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