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Santé

La psycho-oncologie, une discipline qui gagne du terrain

Tendances

Les experts mettent l’accent sur la nécessité d’accompagner psychologiquement les personnes atteintes de cancer, ainsi que leurs familles.


08/09/2018

L’annonce d’un cancer tombe toujours comme un couperet sur le patient et sa famille, malgré les innovations thérapeutiques enregistrées au cours de la dernière décennie qui ont permis d’améliorer les chances de survie face à la maladie. Aussi, les médecins concentrent leurs efforts dans ce sens, leur but ultime étant de sauver le patient. Dans cette bataille acharnée contre le cancer, l’impact psychologique et social de la maladie sur le patient et sa famille est souvent occulté. Et pourtant celui-ci est pesant. C’est à ce niveau qu’intervient la psycho-oncologie, « une discipline qui s’est structurée dans les années 1980, en réponse à l’intérêt croissant porté aux aspects psychologiques, comportementaux et sociaux, liés à la survenue d’un cancer », explique à L’Orient-Le Jour le Dr Sarah Dauchy, présidente de la Société française de psycho-oncologie (SFPO).

Il n’existe pas « de temps idéal pour entamer l’accompagnement psychologique d’une personne atteinte d’un cancer », poursuit la spécialiste rencontrée en marge du congrès PACE 2018 (Patient Assistance and Care Excellence) organisé en mai dernier par l’unité de psychologie du Centre hospitalier universitaire Notre-Dame des Secours (CHU-NDS), en collaboration avec la SFPO et les départements de pédiatrie, de psychologie et d’oncologie du CHU-NDS. « Le suivi commence idéalement dès que le patient en ressent le besoin, note-t-elle. D’où la nécessité d’informer les patients qu’un tel suivi est possible. »

Celui-ci prend plusieurs formes. Il est ainsi possible d’envisager, à titre d’exemple, « un entretien individuel avec le patient et ses proches » ou encore « des séances de groupes de parole pour l’expression des émotions ou la gestion du stress, l’explication de la maladie aux enfants, ou encore la gestion de l’incertitude notamment pour les patients en phase métastatique », souligne le Dr Dauchy.


(Lire aussi : Ce qu’il faut faire pour guérir plus de 80 % des cancers de nos enfants)


La famille et les enfants

Psychanalyse, thérapies cognitives, comportementales ou psycho-corporelles comme la méditation et la relaxation : autant de techniques dont dispose le thérapeute pour venir en aide au patient. Néanmoins, « ce sont les symptômes identifiés chez ce dernier qui doivent conditionner la technique à adopter », insiste le Dr Dauchy. Elle note dans ce cadre que « les symptômes d’anxiété répondent mieux aux thérapies cognitives ou comportementales, alors que les troubles dépressifs répondent aux médicaments ». « Pour les patients présentant des difficultés en lien avec leur organisation de personnalité ou des difficultés relationnelles, on privilégiera plutôt l’approche d’inspiration psychanalytique, dite psychodynamique », poursuit-elle, précisant que « la souffrance psychique ne s’exprime pas que par des symptômes émotionnels, comme la tristesse ou l’anxiété, mais aussi parfois par des changements de comportements, notamment dans les relations familiales ». « Selon la littérature internationale, un patient sur deux ne va pas bien, avance le Dr Dauchy. Quinze pour cent d’entre eux sont déprimés, plus de 10 % ont des troubles d’anxiété et 75 % ont une difficulté à s’adapter à leur maladie. »

Le cancer reste une maladie qui ébranle toute la famille « qui est appelée à fournir un effort supplémentaire ». « On lui demande d’accompagner au mieux le patient mais, en même temps, elle est elle-même secouée au niveau affectif, existentiel et même matériel, observe de son côté Françoise Ellien, secrétaire générale de la SFPO. Or le soutien aux proches adultes est difficile puisqu’ils ne s’autorisent pas à bénéficier des soins eux-mêmes. Il leur est difficile de réaliser qu’ils ont tout aussi besoin de soutien et d’écoute. »

Quant aux enfants, il n’existe pas d’approche particulière qui permet de leur venir en aide. « Chez les plus jeunes, on a recours à des méthodes comme le dessin, le jeu ou les histoires, indique Mme Ellien. Ces techniques leur permettent d’exprimer des émotions aussi ambivalentes que la colère à l’égard du parent malade ou le sentiment d’être responsable de la maladie. » Si l’enfant est lui-même malade, « les mêmes techniques sont adoptées ».


(Lire aussi : Le cancer chez les enfants, entre mythes et vérité)


Moral et guérison

Un grand nombre de patients sont réticents à l’idée de demander une aide psychologique. Cela est dû, selon le Dr Dauchy, d’une part à « la peur de se livrer à ses émotions, ce qui pousse le patient à les taire surtout s’il ressent le besoin permanent de se comporter comme si tout allait bien ». D’autre part, cette réticence est due « aux préjugés entourant le lien entre le moral et la guérison ». « En France, on entend souvent des gens, et parfois même des médecins, déclarer que le moral est la moitié de la guérison, fait-elle remarquer. Ce n’est pas vrai et ce n’est pas prouvé. Les liens entre l’humeur du patient et sa survie sont extrêmement complexes. Nous ignorons encore si le fait d’aider un patient sur le plan psychologique améliore sa survie. Toutefois, l’entourage du patient avance ces propos en cherchant à le rassurer. Or si ce discours est adressé à un patient en état de déprime, il lui causera une double peine puisque cela signifie que non seulement il est malade, mais en plus il pourrait mourir plus vite et ce serait de sa faute ! »

Sur le plan international, la nécessité d’apporter des soins psychologiques aux patients souffrant de cancer est de plus en plus reconnue. Au Liban, toutefois, « cette discipline est encore récente et méconnue », déplore le Dr Tony Sawma, chef de l’unité de psychologie au CHU-NDS. « Un travail doit être entrepris pour sensibiliser à la nécessité de reconnaître les besoins psychiques des patients souffrant de cancer, mais aussi pour créer une unité de soutien psychosocial au sein des services d’oncologie, former le corps soignant (médecins et infirmières) à détecter et repérer les besoins des patients, et former des psychologues pour qu’ils assurent le suivi des patients et de leurs familles. De nombreuses ONG apportent ce soutien. Il n’en reste pas moins que ce travail doit être initié et dirigé par le ministère de la Santé, le syndicat des hôpitaux et l’ordre des médecins. »


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