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Lifestyle - Théâtre

Entre Malavoy et Novembre, une partition sans fausse note

Jusqu’à quand peut-on cacher son passé ? Et ne remonte-t-il pas un jour à la surface ? Peut-on par ailleurs survivre au déshonneur ? Autant de questions que pose « Fausse note »*, signée Didier Caron et interprétée avec intensité par deux grands acteurs, Christophe Malavoy et Tom Novembre.

Tom Novembre et Christophe Malavoy  : un duel de mots de haut niveau. Photo Michel Sayegh

C’est un grand maestro reconnu, Hans Peter Miller, qui est devant le grand orchestre du Philharmonique de Suisse romande, à Genève. La partition se joue et sous les applaudissements finaux, le grand maître retrouve sa loge. Il ne sait pas encore que c’est là que se jouera tout son avenir. Et que c’est peut-être là que la musique de sa vie dévoilera une fausse note. Car un visiteur du nom de Léon Dinkelbach, dit Dinkel, violoniste lui-même et soi-disant admirateur, va le repousser dans ses tranchées. La conversation est d’abord drôle, voire loufoque, pour devenir très vite amère et grave, car de grands thèmes y sont brassés comme la faute, la culpabilité, le pardon. Qui est ce Dinkel qui semble avoir des motifs cachés pour s’introduire dans la loge du maestro ? Le suspense qui va crescendo, telles les harmonies musicales, est intense dans ce thriller psychologique en huis clos. La scène de théâtre se transforme aussitôt en piste d’escrime où les duellistes se donnent la réplique à coups de fleuret. Très vite, toutes les bottes sont permises. Les masques tombent. Quant aux émotions, elles basculent de la beauté de la musique jusqu’aux souillures de l’âme et des profonds secrets que cache tout être humain.




Entre cinéma, théâtre et écriture, pour l’un, et musique, pour l’autre, quelle est votre aire de jeu préférée ?

Christophe Malavoy : J’ai fait mes débuts au théâtre et puis je suis passé au cinéma pour retourner à nouveau sur la scène théâtrale. Élevé au cinéma avec des films d’Ettore Scola, Fellini, Bunuel ou Truffaut, qui étaient des poètes, j’ai trouvé que le cinéma s’est un peu desséché. Le théâtre m’a alors fait des propositions où j’ai retrouvé des émotions fortes et une sincérité que j’aime. Au cinéma, on se cantonne dans un personnage à travers lequel il nous est demandé de montrer nos capacités, alors que la scène théâtrale nous fait évoluer en tant qu’acteur. Je dirai même plus que le cinéma, c’est la contrainte, alors que le théâtre est la liberté. Avec, en plus, l’écriture qui m’offre une solitude et une intimité dont j’ai besoin. On est vraiment soi-même face à l’écriture. On n’est pas dans le mensonge. J’avoue que la poésie a toujours été le fil conducteur de ma vie. Elle me relie avec le reste du monde.

Tom Novembre : J’aime tout expérimenter et m’essayer à tout, mais ce que j’apprécie le plus, c’est l’acte de jouer. Incarner un personnage m’a toujours stimulé. J’ai toujours entendu ce reproche qu’on faisait aux acteurs français, de ne pas savoir tout faire comme les Américains. Le fait d’être pluridisciplinaire est donc un complément. Que ce soit en musique ou sur scène, c’est au service du récit, de l’histoire, qu’on travaille. J’apporte ainsi ma contribution en écrivant pour moi ou pour les autres avec autant de plaisir partagé. Le théâtre est une course de fond alors que le cinéma est de l’ordre du sprint. Quant à moi, je préfère la course de fond.

Lorsque Didier Caron vous a proposé le personnage dans Fausse Note, cela vous a tout de suite satisfait ou vous auriez préféré incarner l’autre ?

C.M. : En lisant le texte, j’ai tout de suite été intéressé par l’ambiguïté de la pièce et des personnages. Dinkel m’a immédiatement convenu car il avançait masqué avec plusieurs facettes et il possède une palette très riche à exprimer. Je ne voulais pas passer à côté d’un texte qui va de la comédie à l’intensité dramatique, et de la gravité à la cocasserie. En fait, les deux personnages portent un masque et on aurait pu inverser les rôles.

T.N. : Je savais depuis le début que Christophe ferait Dinkel car c’était le désir de Didier Caron. J’ai donc lu le texte en imaginant Christophe me donnant la réplique. La palette de jeu est tellement large pour les deux qu’il suffit que les deux personnages soient forts et chargés d’émotions multicolores. Et je reprends Christophe au risque de nous répéter. Quelle que soit la nature du personnage, les deux protagonistes vont arriver au bout de la pièce, transformés…

Avez-vous une marge de liberté pour créer votre personnage ou restez-vous attaché à l’écriture ?

C.M. : Au cours de la vie de la pièce, nous avons ces moments d’écriture que nous partageons avec le réalisateur-auteur, qui est encore vivant (ce qui est un grand avantage). Nous avons supprimé certains mots, placé des silences en accord avec le metteur en scène. Nous nous sommes donc appropriés le texte. Ce qui est intéressant dans cette pièce, c’est d’incarner les personnages et non de jouer. Avec le temps, la pièce devient de plus en plus fluide, les silences se sont épaissis et on joue de moins en moins.

T.N. : Nous sommes à la 200e représentation et actuellement on ne voit plus sur scène deux acteurs qui jouent mais deux hommes traversés par des émotions conflictuelles. Quand on s’approprie le texte, on l’incarne et on le vit. En allant chercher au fond de nos tripes, on nourrit le texte en permanence et on se nourrit soi-même. Et au fil du temps, par petites touches, on l’affine, on le polit comme le silex, pour qu’il soit plus tranchant. Ainsi on se débarrasse de la mécanique du spectacle pour se concentrer uniquement sur « l’être ».

*Théâtre Monnot, 20h30. Jusqu’au 3 novembre

Carte d’identité

Tom Novembre

Jean-Thomas Couture, dit Tom Novembre, débute sur scène à 4 ans et demi en chantant. Il choisit d’embrasser tous les arts en s’inscrivant en 1978 aux Beaux-Arts de Nancy. Boulimique, il veut tout faire, tout jouer, et c’est à 23 ans, que déjà auteur-compositeur-interprète-comédien, il présente Les Taupes au théâtre Dejazet à Paris, un one-man-show écrit en collaboration avec son frère Charlélie. Mais il ne va pas s’arrêter là puisqu’il monte un groupe de rock, et très vite, affirme son goût pour la musique avec la sortie de plusieurs albums successifs parmi lesquels Version pour doublage, Toile cirée, La légende de saint Nicolas ou encore André. Le cinéma le séduit de nouveau et en 1985, il tourne beaucoup, une cinquantaine de films, pour des réalisateurs comme Jean-Pierre Mocky mais aussi pour Claude Lelouch. Parallèlement au cinéma, l’artiste participe à de nombreux téléfilms et monte régulièrement sur scène. La musique n’est jamais absente du tableau mais elle vient toujours au second plan, même s’il participe, en 1991, aux côtés d’autres nombreux artistes à la comédie musicale de Michel Berger et Luc Plamandon La Légende de Jimmy. Actuellement, Tom Novembre enchaîne les différentes activités entre théâtre, musique et cinéma. Seul lien entre ces trois disciplines ? La passion.

Christophe Malavoy

Il a fait ses premiers pas au Cours Raymond Girard avant d’entrer au Conservatoire de la rue Blanche. Avec d’autres copains, il forme une troupe dirigée par Stuart Seide et interprète des spectacles classiques. Ce n’est qu’en 1982 qu’il obtient son vrai rôle pour le cinéma dans Family Rock de José Pinheiro, qui lui vaut le César du meilleur espoir masculin. En 1985, il se fait connaître du grand public avec Péril en la demeure de Michel Deville. Il reçoit également à cette époque le prix Jean Gabin. Il enchaîne avec le premier film de Régis Wargnier, La Femme de ma vie, pour lequel il reçoit une nomination pour le César du meilleur acteur qui le consacre héros romantique. Il tournera par la suite auprès de grands réalisateurs, de la comédie au drame, comme Claude Zidi ou Robert Enrico mais aussi auprès de grands maîtres italiens. Mais pas que, car l’artiste est un touche-à-tout. La télévision l’appelle, l’écriture aussi (il publie plusieurs romans chez Flammarion dont un, particulièrement poignant, Mon père soldat de 14-18, pour lequel il reçoit le prix du livre de l’été à Metz, qu’il portera quelques années plus tard à l’écran). Mais également une BD qu’il signera en 2015 avec la complicité des frères Brizzi pour les dessins, La Cavale du docteur Destouches, aux éditions Futuropolis. Dernièrement, Christophe Malavoy se fait de plus en plus présent au théâtre et c’est comme si la France redécouvrait le nouveau visage de ce héros romantique qu’elle a depuis longtemps adoubé.


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commentaires (1)

Très belle pièce. Une fausse note si harmonieusement jouée nest-ce pas ?!

Sarkis Serge Tateossian

10 h 47, le 01 novembre 2018

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Commentaires (1)

  • Très belle pièce. Une fausse note si harmonieusement jouée nest-ce pas ?!

    Sarkis Serge Tateossian

    10 h 47, le 01 novembre 2018

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