Liban

Lazzarini à « L’OLJ » : Les Libanais doivent cesser de prendre goût à rester au bord du gouffre

Interview
17/10/2018

Le coordinateur spécial adjoint de l’ONU et coordonnateur résident de l’aide humanitaire au Liban, Philippe Lazzarini, a participé à la fin de la semaine dernière, à New York, à une conférence organisée par l’International Peace Institute (IPI), dans le cadre de sa série réunissant les coordonnateurs humanitaires des Nations unies. La conférence avait pour thème les derniers développements au Liban. Dans son intervention, le responsable onusien a brossé un tableau préoccupant de la dynamique régionale impactant la situation politique, économique, sociale et humanitaire du pays qui fait face à divers et nombreux défis. Une situation qui pousse au pessimisme.

« L’idée n’est pas de dresser un tableau pessimiste, mais d’essayer de mettre en exergue les nombreux défis politiques, économiques et sociaux liés à l’impact humanitaire auxquels le Liban est confronté, a-t-il notamment souligné dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour au siège de l’ONU. C’est aussi une manière de dire qu’il est important d’avoir un partenaire, à savoir le gouvernement, pour pouvoir justement adresser ces questions-là. » M. Lazzarini invite à renverser la tendance en mettant en garde les Libanais contre le fait « de prendre goût à rester au bord du gouffre sans s’y précipiter ». « Mais attention ! Évitons d’y être pour pouvoir commencer à consolider et à stabiliser le pays à un moment où il est particulièrement exposé à des dynamiques régionales, relève le responsable onusien. C’est certainement la seule manière de pouvoir par la suite prospérer. Il y a un véritable travail de fond à faire », affirme-t-il.


(Lire aussi : Le HCR veut davantage superviser le retour des réfugiés syriens)


« Un gouvernement qui fonctionne »
Philippe Lazzarini décrit un état économique alarmant du pays, avec une faible croissance, « presque peu d’emplois créés », le manque de débouchés pour les universitaires qui cherchent à émigrer, la fuite des cerveaux et le manque de confiance des consommateurs et des travailleurs. « Tous ces indicateurs économiques sont à l’orange virant au rouge. C’est la raison pour laquelle il est important qu’il y ait un véritable sens de l’urgence qui saisisse la classe politique libanaise pour pouvoir adresser ces nombreux défis », plaide-t-il. Face à cette situation économique désastreuse, les promesses de la communauté internationale, faites lors de la CEDRE (Conférence économique pour le développement par les réformes et les entreprises) de mobiliser 11 milliards de dollars de prêts et de dons en faveur du Liban, sont-elles compromises? « Il est vrai qu’un certain nombre de projets qui ont été identifiés avant la CEDRE ont été reconfirmés lors de cette conférence économique pour lesquels des financements avaient été aussi identifiés pour être traités et exécutés », assure M. Lazzarini. « Effectivement, certains projets peuvent démarrer. Mais l’esprit de la CEDRE est aussi un contrat entre le Liban et la communauté internationale. Le gouvernement libanais s’est engagé non seulement à mettre en place un certain nombre de réformes, mais aussi à réduire le déficit budgétaire. Pour ce faire, il faut un gouvernement qui fonctionne. Les gains enregistrés au début de l’année risquent de s’éroder de plus en plus en l’absence d’un gouvernement », prévient-il. À tous ces défis s’ajoute celui de la présence de près de 1,5 million de réfugiés syriens et 200 000 réfugiés palestiniens au Liban. « C’est certainement l’un des plus hauts ratios de réfugiés au monde. Plus des trois quarts vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Nous avons réussi à empêcher une augmentation supplémentaire des vulnérabilités des réfugiés. Cela ne signifie pas qu’ils vivent bien. Il faut faire plus. L’assistance humanitaire a permis de limiter une continuation de la dégradation de leur situation », observe-t-il.

Quel mécanisme l’ONU mettra-t-elle en place pour leur retour en Syrie afin d’éviter leur implantation au Liban ? « Le retour des réfugiés syriens chez eux se fera de manière non seulement digne, mais aussi en toute sécurité, c’est un élément important », estime le responsable onusien. « Il faut que les garanties de sécurité soient mises en place pour s’assurer qu’il n’y ait pas de mesures discriminatoires et de représailles à leur encontre », souligne-t-il. « Les Nations unies comprennent les inquiétudes exprimées par les Libanais », dit-il. Et d’assurer que l’ONU « ne poursuit pas un objectif d’intégration des réfugiés au Liban. Les Libanais ont été très clairs sur ce sujet. Nous respectons leur position. C’est la raison pour laquelle nous disons que la solution durable pour les réfugiés sera en dehors du Liban ».


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gaby sioufi

tient tient !
Lazarini qui fa sa propre doctrine a notre propos !
faut consulter dr. Azouri a ce propos.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS COMMENCENT A AVOIR LE VERTIGE DES PROFONDEURS...

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