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Liban

Sur les traces des émirs à Salima et Mtein

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Entre le mont Sannine et la vallée de Hammana, les deux villages, autrefois sièges des Abillama, reflètent encore aujourd’hui la richesse architecturale des XVIe et XVIIe siècles.

May MAKAREM | OLJ
05/10/2018

Traditionnellement habité par deux communautés (druze et chrétienne), Salima a subi des destructions importantes, lors de la guerre dans la Montagne, dans les années 80. Situé à 600 mètres d’altitude, sur un magnifique promontoire montagneux, le village était autrefois le siège des émirs Abillama et conserve encore aujourd’hui un riche paysage architectural : la place d’armes dite al-Midane et le somptueux sérail (quoique délabré) datant du XVIe siècle, de vieilles demeures, six églises anciennes, notamment l’église as-Saydé (Notre-Dame) et Mar Youhanna (Saint-Jean), des sanctuaires druzes, des ruines de magnaneries construites au XIXe siècle, des fontaines publiques et autres vestiges qui se fondent dans une pinède luxuriante. Salima mérite d’être visité.

L’état de conservation des lieux et la qualité de son paysage architectural « assez exceptionnels » avaient suscité entre 2000 et 2003 l’intérêt de deux associations, Patrimoine sans frontières et l’Apsad (dirigée à cette époque par Assem Salam), et ont soulevé ceux de l’Institut français d’architecture (IFA) et de la faculté d’architecture de l’Université libanaise de Tripoli, qui ont collaboré sur une réflexion pour la protection du village. Ils ont dressé l’inventaire des richesses patrimoniales, dont 80 « bâtiments à caractère historique ». Les étudiants ont même réalisé des maquettes de ces monuments qui ont fait l’objet d’une exposition à l’Institut du monde arabe à Paris en septembre 2002. Les études ont révélé également un réseau de 17 fontaines, qui, selon les experts, méritent « réhabilitation et valorisation ». Autour de quatre d’entre elles, Habib Debs et Bernard Khoury, l’Atelier de recherches de l’ALBA et Table rase ont réinventé un espace public.

Les enfants d’Abou Lemma

Partie sur les traces de ces « mouqaddams druzes devenus émirs et qui, emboîtant le pas à l’émir Bachir, se sont convertis au maronitisme », l’historienne Ray Jabre Mouawad raconte dans son ouvrage Les Abillama, émirs du Metn, histoire et palais XIIIe-XIXe siècles que vers la moitié du XVIe siècle, l’un des mouqaddams appelé Abou Lemma s’installe à Kfarselouane. Ses deux fils Mourad et Kaidbey, « dont les descendants forment de nos jours deux branches de la famille », construisent le palais de Mtein et celui de Salima. En 1616, ils sont promus gouverneurs du Metn par le fils de Fakhreddine II. Leurs enfants installent leur fief à Qornayel, Falougha et Broummana, tandis qu’une troisième branche portant le nom de son ancêtre, Farès, s’établit à Baskinta. Progressivement au fil des siècles, le clan participe à l’écriture de l’histoire du Liban et devient « l’un des piliers d’une société féodale » qui atteint son apogée à l’époque ottomane sous la bannière des Maan puis celle des Chehab, avec lesquels ils tissent des liens matrimoniaux. Jusqu’à la première moitié du XIXe siècle, avant que les paysans ne donnent le signal de la révolte contre le pouvoir féodal au Mont-Liban, le Metn est sous la « domination totale » des émirs. Dans le même ouvrage, Lévon Nordiguian commente un magnifique dossier photographique consacré au sérail de Salima, truffé de dessins et peintures d’Antoine-Alphonse Montfort qui, lors d’un voyage au Liban en 1837, a fixé « avec précision » la grande variété de détails architecturaux, « conservant ainsi la mémoire d’une qualité esthétique et d’une magnificence qui « n’a rien à envier à celle du Chouf ».

Des palais Abillama au Metn, il ne reste souvent que la façade, comme à Falougha, Qornayel ou Ras el-Metn. À Broummana, le Couvent des sœurs de la Charité s’est posé sur les ruines du sérail Abillama.

Le patriarche à Mtein

Plus haut, à une demi-heure de Salima, il y a Mtein, siège du moqaddam Alamedine bin Billama, puis celui de son fils l’émir Mourad Abillama. La plus belle caractéristique de ce village est la grande place appelée « Midane al-oumara », autour de laquelle quatre palais furent construits dès le XVIe siècle. « Le midane était réservé aux émirs pour les grandes réunions, les parades militaires et les courses hippiques. Trois éléments le distinguaient : le « maqaad », ou les bancs de pierre réservés aux émirs, le kiosque, réservé aux princesses, et enfin la console du porche d’entrée du palais « Mir Mahmoud » où les criminels étaient pendus près du palais de justice », lit-on dans un guide touristique de la région.

Le village offre une palette de détails architecturaux : des maisons rectangulaires, ou à galerie, des palais en U ou L avec des patios. L’église Mar Gergès (Saint-Georges), bâtie au XVIIe siècle et consacrée en 1672 par le patriarche maronite Estéfane Doueyhi, qui consigne l’événement dans la marge d’un livre de prières syriaque. Selon l’historienne Ray Jabre Mouawad, « dans sa note, le patriarche remercie les Abillama, des seigneurs druzes, en des termes choisis : plutôt que Dieu ou une formule chrétienne usuelle, il invoque « la vérité », al-Haqq, pour qu’elle protège le mouqaddam Mourad et ses enfants. Ce terme est en usage chez les druzes qui, jusqu’à nos jours, écrivent sur leurs tombes « Al-mawt haqq ». À voir également, as--Saïdé (Notre-Dame) construite en 1700, les ruines byzantines et romaines de Msaïqa, avec de gros blocs taillés dans le roc, situées à la périphérie est du village ; les ruines d’une magnanerie du XIXe siècle et celles de pressoirs et d'installations vinicoles.



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Stes David

Merci pour cet article interessant ! Le livre dont on parle, serait :
Ray Jabre Mouawad et Lévon Nordiguian
Paru en 2013 chez Dar an-nahar, Beyrouth ISBN 9789953743639 ... Belles photos aussi.

George Khoury

svp svp que bernard khoury ne s'approche pas de nos vestiges, qu'il s'occupe de batir des edifices disgracieux a Beyrouth

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