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Liban

Gouvernement libanais : Paris en deus ex machina ?

Éclairage
25/09/2018

Le processus de formation du gouvernement est momentanément en mode vacances, du fait de l’absence du président de la République, Michel Aoun, qui se trouve à New York où il doit prononcer l’allocution du Liban à l’Assemblée générale de l’ONU. Qu’à cela ne tienne, le dossier est resté présent sur la scène intérieure entre les forces politiques, en marge de la séance parlementaire d’hier. Des concertations ont été menées entre différentes forces pour trouver des issues au blocage actuel, quand bien même ces forces savent pertinemment que le problème ne se trouve pas à leur niveau et qu’il est donc nécessaire d’attendre le retour du chef de l’État, ainsi que celui du chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, qui se trouve aux États-Unis aux côtés de son beau-père.

Le dossier sera toutefois également présent dans les coulisses de l’ONU. De source française on a indiqué que le président Emmanuel Macron devrait soulever la question du gouvernement avec le président iranien Hassan Rohani, l’objectif étant d’aider à sanctuariser le Liban des crises de la région et de la politique des axes. Ce point, le dirigeant français l’évoquera aussi avec différents responsables arabes, notamment les dirigeants de l’Arabie saoudite.

Pour l’heure, il n’y a donc rien de nouveau concernant le processus de genèse du nouveau cabinet. Preuve en est, le Premier ministre désigné Saad Hariri, qui poursuit ses concertations, n’a rien proposé de nouveau aux parties politiques, contrairement aux rumeurs qui font état, dans les médias, de nouvelles options. Des sources proches des Forces libanaises (FL) affirment que ces dernières sont ouvertes à toute discussion et que Meerab a déjà fait suffisamment de concessions, mais qu’il n’est plus permis désormais de porter atteinte au poids et à l’influence des FL, compte tenu notamment du score qu’elles ont réalisé lors des dernières législatives, au cours desquelles elles ont été la seule force politique à doubler son nombre de députés. Le parti de Samir Geagea estime que toute proposition d’issue de crise ne reflétant pas la réalité de son poids et les résultats des législatives sera rejetée.


(Lire aussi : Tempête dans la région, crise gouvernementale au Liban, le décryptage de Scarlett HADDAD)


Des sources qui suivent de près le processus de formation du nouveau gouvernement estiment pour leur part que nous en sommes toujours à la case départ, du moment que Saad Hariri n’a pas rencontré Michel Aoun depuis qu’il lui avait remis une mouture début septembre. Selon ces sources, ce qui filtre à travers les médias n’est qu’un faisceau d’idées, pas des propositions. Partant, il faudra attendre le retour du chef de l’État de New York, dans la mesure où il pourrait prendre alors l’initiative de trouver des solutions. Il existe toutefois certains signaux positifs, reconnaissent des sources bien informées. Le président de la Chambre Nabih Berry, qui avait mis un terme à sa médiation, a repris ses efforts afin d’aplanir les obstacles qui entravent la formation du cabinet, compte tenu de l’urgence et par crainte d’un effondrement économique.

M. Berry aurait, de son côté, reçu une invitation à se rendre en France, mais il refuserait de s’y rendre sans propositions concrètes pour sortir de la crise dont il pourrait discuter avec les responsables français, qui ont exprimé pour leur part leur volonté d’offrir leur aide à cette fin. Paris n’a pas de formule de solution, d’initiative ou de proposition pour régler le problème, mais il est déterminé à faire usage de ses amitiés au plan local et international pour mûrir un éventuel compromis. La France refuse d’entrer dans des polémiques relatives au fait qu’Emmanuel Macron n’ait pas fixé de rendez-vous à Michel Aoun en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Cela serait dû au programme surchargé du chef de l’État français et M. Macron rencontrerait M. Aoun au sommet de la francophonie à Erevan le 17 octobre prochain. Si Paris refuse de s’ingérer dans les affaires intérieures libanaises, il est disposé en revanche à offrir son aide pour contribuer à débloquer la situation. Aussi les contacts s’intensifieront-ils avec l’Iran et l’Arabie saoudite pour assurer une couverture à tout accord interlibanais.


(Lire aussi : Aoun au Figaro : J'ai veillé à rétablir l'autorité de l'État)


Une rencontre aurait lieu bientôt entre Saad Hariri et Nabih Berry pour plancher sur une voie de sortie à la crise et la formation d’un cabinet rassembleur de trente, dans une logique de sauvetage du pays. Certains obstacles seraient ainsi surmontés tels que l’octroi aux FL de quatre ministères – la vice-présidence du Conseil, un ministère d’État et deux portefeuilles, les Affaires sociales et la Santé ou la Justice et l’Information. La lutte se poursuit par ailleurs de plus belle entre les Marada et le CPL autour du maroquin des Travaux publics ou de l’Énergie, tandis que le Premier ministre désigné tente de garder l’attribution des portefeuilles comme elle était au sein du gouvernement sortant pour couper court aux appétits.

Concernant le nœud druze, Walid Joumblatt placerait deux druzes à des ministères, et le troisième serait choisi conjointement par MM. Berry et Hariri. Ainsi ce troisième ministre druze ne serait-il pas anti-Joumblatt, et le chef du Parti démocrate Talal Arslane n’entrerait pas au gouvernement. En contrepartie, le CPL obtiendrait les Travaux publics.

Quant aux députés sunnites anti-Hariri, ils n’obtiendraient pas de représentant au gouvernement, le sixième ministre sunnite étant partie intégrante de la quote-part du président de la République, qui pourrait faire appel à un expert économique. Le Hezbollah, lui, occuperait le ministère d’État à la Planification ou garderait les mêmes portefeuilles.

La question des parts chrétiennes serait bientôt réglée en prélude à une solution globale et des sources politiques s’attendent à des signaux positifs dès le retour du président Aoun de New York, pour donner un coup de fouet déterminant à la formation du cabinet.


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