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Liban

À Terbol, une banque de semences pour conserver des graines saines et résistantes

Biodiversité

Le centre de recherche de l’Icarda (Centre international de recherche agricole dans les zones arides) rassemble dans la Békaa une petite équipe de chercheurs.

24/09/2018

Au milieu des champs et des dizaines de milliers de tentes de réfugiés qui essaiment la plaine de la Békaa se dressent les bureaux et les serres de l’Icarda (Centre international de recherche agricole dans les zones arides), où s’active presque sans répit une petite équipe de chercheurs. À l’instar de toute banque de semences, celle de Terbol (caza de Zahlé) a pour mission principale de conserver et de fournir des graines saines et résistantes. À cela s’ajoute aujourd’hui une tâche gigantesque : reconstituer un patrimoine génétique qui a bien failli disparaître.

Tout a commencé en Syrie, où les chercheurs, installés à Alep, avaient établi une collection de plus de 140 000 variétés de graines, capables de nourrir une région en première ligne du réchauffement climatique. Quand les combats ont éclaté en 2011, les agronomes ont lancé une opération désespérée pour sauver leur collection. Sur le site d’Alep, ravagé par les combats, travailler était devenu impossible. En dépit des bombes, presque l’intégralité des graines furent méticuleusement exfiltrées hors du territoire syrien, en direction du pôle Nord et de la réserve mondiale de semences de Svalbard. Cette arche de biodiversité unique au monde est un coffre-fort de glace qui conserve une copie de secours de toutes les semences indispensables à l’humanité.

Ali Chehadé travaillait à la banque de semences d’Alep. Ce scientifique syrien s’est exilé puis installé au Liban pour faire revivre sa collection, la plus grande du Proche-Orient, l’œuvre de toute une vie. Aujourd’hui, malgré les années de recherche et d’expérience perdues, il fait peu à peu revenir ses graines du pôle Nord, et œuvre à leur conservation. « Ce fut une grande leçon, soupire-t-il, toujours avoir des copies de nos graines conservées ailleurs ! » Cela fait donc maintenant trois ans que les semences ramenées de Svalbard sont méticuleusement replantées puis dupliquées dans les locaux du centre de Terbol. Après le contrôle de qualité et du taux de fertilité, la dernière étape est celle du stockage. Les graines sont divisées en trois copies : celles vouées à un stockage de longue durée (plusieurs siècles) sont conservées sur place, d’autres sont distribuées gratuitement aux scientifiques et agriculteurs ; le reste est envoyé à la banque de Svalbard.

La tâche est titanesque : « Nous faisons tout à la main, car il ne faut laisser passer aucune graine défectueuse, ce serait dramatique. On ne peut pas non plus se permettre d’en perdre une seule, on ramasse même celles qui tombent par terre », explique Ali Chehadé. Opération fastidieuse, à la hauteur de l’enjeu que représentent ces graines, vouées à être conservées pendant plus d’un demi-millénaire.


Sélection naturelle

« La plaine de la Békaa est située dans ce que l’on nomme le croissant fertile. C’est dans cette région du monde qu’est née l’agriculture, il y a plus de 10 000 ans », explique Mariana Yazbeck, la responsable du site. Ici, sur cette terre qui a donné les premières graines aux premiers agriculteurs, de très nombreuses variétés de céréales (blé et orge), de légumineuses (lentilles, pois chiches, fèves) et fourrages se côtoient.

Ces graines sont en première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Le changement climatique est au cœur de notre mission, assure Mariana Yazbeck. Nous travaillons sur des territoires arides, par définition fragiles et exposés. Avec les changements que nous subissons, il est impossible de prévoir les défis de demain. Mais pour pouvoir les affronter, il est primordial de préserver au maximum la diversité génétique. » Contrairement à certains géants de l’agronomie comme Monsanto, l’Icarda travaille sur une grande diversité de variétés, pour la plupart locales et donc mieux adaptées à leur environnement. « Notre travail est à l’exact opposé de celui des grandes firmes », affirme Ali Chehadé.

Entretenir un lien avec les communautés agricoles environnantes est également crucial. Pour préparer l’agriculture d’aujourd’hui et de demain, les chercheurs de l’Icarda exercent ce qu’ils appellent la « conservation in situ », dans un cadre naturel. Mariana Yazbeck explique : « Les graines que je conserve dans mon laboratoire n’ont aucune interaction avec l’extérieur, et, de ce fait, ne se modifient pas. Or, pour être efficaces, nos graines ont besoin d’un cadre dynamique, où elles peuvent s’adapter en fonction des changements. C’est la sélection naturelle qui décidera des plus robustes. » Le travail est encore long, et, bien que d’une extrême fragilité, les inestimables graines de l’Icarda offrent un véritable message d’espoir et de résilience dans cette région du globe.

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