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Économie

Pour le FMI, le Liban est tombé dans « le piège des remises » des expatriés

Analyse

Les remises finissent par créer un cercle vicieux pour l’économie du pays en encourageant toujours davantage de jeunes diplômés à émigrer, affaiblissant ainsi les industries productives du Liban face à la concurrence internationale.

08/09/2018

Les problèmes structurels de l’économie libanaise sont-ils principalement dus à sa dépendance vis-à-vis des remises des expatriés ? C’est en tout cas le constat auquel parviennent les auteurs d’un article de recherche publié cette semaine par le Fonds monétaire international. L’institution financière parle du « piège des remises », qu’elle compare à la maladie hollandaise, en démontrant que ces transfert de devises réguliers à destination des familles des expatriés, qui ont certes un impact positif à court terme sur la consommation et la croissance, finissent par créer un cercle vicieux pour l’économie du pays en encourageant toujours davantage de jeunes diplômés à émigrer, affaiblissant ainsi les industries productives du Liban face à la concurrence internationale. Car cette source de revenus sert à préparer les jeunes à émigrer plutôt qu’à investir dans de nouveaux projets dans le pays. En d’autres termes, le pays exporte des travailleurs qualifiés au lieu des marchandises produites par ces travailleurs.

En effet, et depuis plusieurs années, le Liban est l’un des principaux pays récipiendaires des remises des expatriés, en valeur absolue comme relative. Lors de la dernière décennie, les flux vers le Liban ont dépassé les six milliards de dollars par an, soit 16 % du PIB. En 2016, le Liban a reçu l’équivalent de 1 500 dollars par habitant, bien plus que tous les autres pays du monde, selon les données du FMI. Il n’est donc pas surprenant que ces remises jouent un rôle central, si ce n’est majeur, dans l’économie du Liban, puisqu’elles représentent en moyenne plus de 40 % du budget des ménages qui les reçoivent, toujours selon le FMI. « Elles ont incontestablement joué un rôle stabilisateur dans un pays qui a connu une guerre civile, des invasions, et des crises de réfugiés au cours des dernières décennies. Les remises sont également une source principale d’entrée de devises étrangères, 50 % plus importante que les exportations de marchandises. Cela a permis au Liban de maintenir un taux de change stable (de la livre par rapport au dollar) malgré une dette publique élevée », écrivent les auteurs de l’étude.

Mais si les remises ont aidé l’économie libanaise à absorber certains chocs, rien ne permet de démontrer qu’elles ont constitué un moteur pour la croissance. De 1995 à 2015, le PIB par habitant du Liban n’a augmenté que de 0,32 % en moyenne par an, et même entre 2005 et 2015, il n’a augmenté que de 0,79 % en moyenne par an. « Même si le pays a d’autres problèmes qui impactent sa croissance, les remises apparaissent davantage comme un facteur minant la croissance plutôt qu’une simple conséquence de sa faiblesse. Les remises pourraient même jouer un rôle d’amplificateur d’autres problèmes qui entravent la croissance », affirme le FMI.


(Pour mémoire : Les remises des expatriés libanais en baisse de 7 % en 2017)


Cercle vicieux
Dans le cas du Liban, les remises sont principalement dépensées dans la consommation des ménages, ce qui fait augmenter la demande sur ces produits, créant ainsi une pression sur les prix. « L’entrée de devises et la hausse des prix rendent les exportations moins compétitives, ce qui fait baisser la production locale », souligne le FMI. Les ménages libanais dépensent également une importante partie de leurs revenus (et donc des remises) dans l’éducation des plus jeunes, qui sont nettement plus instruits et qualifiés que leurs voisins de la région.

Or, les remises ont aussi un impact sur l’incitation au travail. Plus les remises sont importantes, plus les travailleurs sont enclins à demander des salaires plus importants pour accepter un emploi, ce qui accentue la pression sur le niveau des prix et réduit la compétitivité des exportations. Les industries productives soumises à la concurrence internationale se retrouvent affaiblies vis-à-vis de celles qui n’opèrent que sur le marché local. Résultat, le nombre d’opportunités d’emploi hautement qualifiées et bien payées, qui sont surtout offertes par les industries productives visant le marché extérieur, baisse, tandis que le nombre d’opportunités d’emploi peu qualifiées et sous-payées, offertes par les secteurs reposant sur le marché local, augmente. « Cette transformation du marché du travail encourage par conséquent les travailleurs qualifiés à la recherche d’opportunités de travail mieux rémunérées à émigrer, au moment où la hausse des prix et la perte de compétitivité des industries locales nécessitent davantage d’importations, ce qui affecte la croissance. Une situation qui encourage davantage de membres de la famille à émigrer pour aider leurs proches à supporter un coût de la vie plus élevé », déplorent les auteurs de l’étude qui dénoncent un cercle vicieux.

Pire, les auteurs pointent du doigt la responsabilité des gouvernants dans la perpétuation de ce cercle vicieux. « Les remises des expatriés permettent aux gouvernants d’être moins réactifs aux besoins de la société. Les familles qui reçoivent des remises sont mieux protégées face aux chocs et sont moins motivées à demander un changement à leurs gouvernants. Ces derniers encouragent même activement l’émigration des citoyens afin qu’ils envoient de l’argent à leurs familles », regrette le FMI. L’institution financière estime que seule une volonté politique pourrait permettre de casser ce cercle vicieux, avant de préconiser l’amélioration de l’éducation, la modernisation des infrastructures, le soutien aux industries locales et aux jeunes start-up, et le renforcement de la gouvernance.


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NAUFAL SORAYA

Ce n'est pas la faute des expatriés si les jeunes s'en vont, mais bien celle des gouvernements successifs qui n'ont rien fait/ne font rien pour leur donner envie de rester...

Sam

Beaucoup de vérités dans cet article , notamment la non réactivité des politiques pour régler les pb structurels du pays, tout tient grace à l’amortisseur fourni par les virements de l'étranger.

Le pont

L'Etude trouve son sens pour certains pays africains par exemple, où l'immigration massive de l'élite ne laisse pas suffisamment de diplômés dans le pays, pour contribuer à l’essor de économie. Au Liban, la situation est différente puisque beaucoup de diplômés partent mais beaucoup restent sans travail dans le pays. LE FMI prouve, encore une fois, par cette étude fallacieuse, son incapacité à comprendre depuis ses bureaux aux USA les attentes et les besoins des populations dans le monde.

yves kerlidou

il n'est pas besoin de faire une étude pour arriver à cette conclusion, chaque famille le sait bien, sur trois enfants si les moyens familiaux le permettent deux des enfants s'en vont faire des études supérieures à l'étranger et généralement y restent pas par choix mais pour des raisons économiques(niveau d'emplois et salaires) plusieurs raisons à cela le manque d'entreprise de pointe ou même de production au Liban et évidemment aucune politique de développement de l'état

Marionet

En d'autres termes, le FMI voudrait que les jeunes crèvent la dalle sur place au lieu de partir s'épanouir dans un travail rémunérateur qui améliore leur estime de soi: ce n'est pas la cherté de vie qui pousse les jeunes à émigrer mais l'incurie de l'Etat et le niveau scandaleux des salaires. L'un de mes proches qui avait fait des études d'ingénieur aux États-Unis s'est vu proposé un salaire de...2000 USD/mois à son retour (il y a 20 ans) par l'un des bureaux d'études les plus prestigieux et qui fait un blé pas possible dans les pays arabes. Moralité de l'histoire: là où ça m., ce n'est pas là où le FMI regarde.

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