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Moyen Orient et Monde - Reportage

Les espoirs d’Oslo enfouis sous les ruines de l’aéroport de Gaza

Ce qui reste du terminal de l'aéroport international de Gaza. AFP/Said Khatib

Quand le premier aéroport palestinien a été inauguré en 1998 dans la bande de Gaza, en présence du président américain Bill Clinton, ce « symbole de souveraineté » symbolisait les espoirs d’indépendance et de paix créés par les accords d’Oslo. Vingt-cinq ans après ces accords historiques, il n’est plus que ruines, à l’image des rêves palestiniens d’alors.

« L’aéroport international Yasser Arafat », ou aéroport de Dahaniya, est même le rappel permanent de l’enfermement d’un territoire coincé entre Israël, Égypte et Méditerranée, et soumis au douloureux blocus de ses voisins.

Seule la structure du hall des arrivées est encore debout, ses arches ouvertes à tous les vents au milieu d’un terrain vague. Alentour, des piles de gravats de ferrailles, résultat d’années de guerre et d’abandon. Sur la piste de décollage large d’une soixantaine de mètres et jonchée de détritus, des ânes tirent des charrettes venues des camps de réfugiés voisins.

Daifallah al-Akhras, ingénieur en chef de l’aéroport, admet avoir versé quelques larmes lors d’une récente visite. « Nous avons construit cet aéroport comme le premier symbole de notre souveraineté. Il ne reste plus rien que des ruines. » Quand l’aéroport a ouvert fin 1998, il constituait l’une des matérialisations les plus éloquentes des accords d’Oslo.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, l’un des signataires d’Oslo, avait été assassiné en 1995 par un juif extrémiste. La période intérimaire de cinq ans ouverte par les accords expirait sans règlement du conflit. Mais le président Clinton et le leader palestinien Yasser Arafat étaient là.

En 2000, l’intifada

Les vols d’une nouvelle compagnie, la « Palestinian Airlines », dotée de trois appareils, reliaient la bande de Gaza à Amman et au Caire. Des avions décollaient aussi pour l’Arabie saoudite au moment du grand pèlerinage de La Mecque.

L’aéroport était construit pour accueillir des centaines de milliers de passagers par an. Pour dissiper les inquiétudes d’Israël, ses services de sécurité étaient autorisés à une présence limitée contrôlant les passeports et les bagages.

Simultanément, on devait agrandir le port de Gaza, un projet qui ne s’est jamais concrétisé. « L’aéroport et le port ne symbolisaient pas seulement la souveraineté, ils représentaient la liberté », rappelle Nabil Chaath, responsable palestinien qui accompagnait le couple Clinton lors de son voyage. « Ils nous auraient libérés du contrôle total qu’exerce Israël sur tout ce qui entre et sort de Palestine. C’est pourquoi ils étaient très, très importants pour nous », dit-il.

Deux ans après l’inauguration éclate la seconde intifada, pour cinq années meurtrières. En 2001, les forces israéliennes frappent la tour de contrôle, mettant l’aéroport hors service. D’autres frappes réduisent les bâtiments restants à l’état de ruines. En 2006, la zone est le théâtre d’intenses combats après l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit.

Israël impose un strict blocus terrestre, maritime et aérien depuis la prise du pouvoir à Gaza par l’un de ses grands ennemis, le mouvement islamiste Hamas, en 2007.

Un aéroport devenu décharge

Depuis près de deux décennies, aucun avion n’a atterri ou décollé du tarmac déserté. Tous les équipements de quelque valeur, dont les radars, ont disparu depuis longtemps. Ces derniers mois, les violences se sont à nouveau rapprochées de l’aéroport, situé à quelques centaines de mètres de la barrière de sécurité israélienne, théâtre de manifestations et de heurts sanglants depuis le 30 mars. Le site, vide la plupart du temps, est parfois pris d’assaut par des jeunes ou des enfants fouillant les vestiges à la recherche de matériau ou de ferraille à revendre. Au loin, des Bédouines font paître leurs moutons sur le terrain vague.

« On a accueilli ici des présidents et des dirigeants étrangers. Là, il y avait le salon VIP », raconte Zouheir Zamelat, le coordinateur de l’Autorité de l’aviation civile à Gaza. « Là-bas, des milliers de passagers attendaient dans la salle d’embarquement ». « Cet aéroport qui symbolisait notre souveraineté nationale est devenu une décharge », déplore-t-il.

Quand le premier aéroport palestinien a été inauguré en 1998 dans la bande de Gaza, en présence du président américain Bill Clinton, ce « symbole de souveraineté » symbolisait les espoirs d’indépendance et de paix créés par les accords d’Oslo. Vingt-cinq ans après ces accords historiques, il n’est plus que ruines, à l’image des rêves palestiniens...
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