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Bombardements intensifs contre Idleb, après l'échec du sommet de Téhéran

Syrie

La Russie affirme avoir des "preuves irréfutables" que les rebelles préparaient une "provocation" imminente à Idleb, sans pour autant dire en quoi elle consistait.

OLJ/AFP
08/09/2018

La province d'Idleb, ultime bastion insurgé dans la Syrie en guerre, a été frappée samedi par les raids aériens russes les plus "intenses" depuis un mois, au lendemain de l'échec d'un sommet tripartite sur le sort de cette province.
Ces bombardements constituent une escalade alors que le régime de Bachar el-Assad et son allié russe menacent depuis des mois de lancer une opération d'envergure contre cette province du nord-ouest du pays, limitrophe de la Turquie, pays qui soutient les rebelles. 
Ces raids interviennent alors que les Nations unies ont maintes fois mis en garde contre une "catastrophe humanitaire" qu'entraînerait une telle offensive, avec l'éventuel déplacement de 800.000 personnes.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des dizaines de raids russes ont été lancés samedi sur plusieurs localités du sud et du sud-est de la province d'Idleb. 
En parallèle, l'aviation syrienne a largué une cinquantaine de barils d'explosifs sur le secteur, en plus de bombardements intensifs à l'artillerie lourde, d'après la même source qui a fait état de la mort d'au moins neuf civils, dont deux enfants.
Le directeur de l'ONG, Rami Abdel Rahmane, a indiqué à l'AFP qu'il s'agissait des raids "les plus intenses" dans le nord syrien depuis l'attaque menée le 10 août contre à Orum al-Koubra, ayant fait 53 morts, dont 41 civils.
Selon le correspondant de l'AFP, les raids aériens et frappes d'artillerie ont visé plusieurs localités, dont Khan Cheikhoun, Latamné et al-Tamania. 
Un hôpital sous-terrain situé aux abords de la localité de Hass a, en outre, été visé par une frappe ayant endommagé le bâtiment et du matériel. 


(Lire aussi : Les 101 vies de Hay’at tahrir al-Cham)


Peur "immense"
Près du village d'Al Mountar, la panique s'est emparée des habitants. Des femmes portant des enfants ainsi que des vieux se sont réfugiés dans un champ agricole à proximité par crainte d'une frappe, avant qu'un baril d'explosifs ne s'abatte sur le quartier résidentiel. 
Les bombardements ont provoqué des destructions et de nombreux dégâts dans plusieurs habitations. 
"Nous subissons depuis ce matin des raids incessants", a déclaré à l'AFP Abou Hussein, un déplacé de la province de Hama, plus au sud, qui a trouvé refuge près du village d'Al-Abdine, dans la province d'Idleb. 
"Des barils d'explosifs lancés par des hélicoptères ont atterri près de nous (...) Les avions continuent de survoler" le secteur, a-t-il ajouté.
Depuis jeudi, des centaines de familles ont fui leurs localités dans le secteur sud d'Idleb.
La peur est "immense" parmi les habitants et le personnel médical, a affirmé à l'AFP à Genève le chef des services de santé de la province, Munzer Al-Khalil, disant craindre "la crise la plus catastrophique de notre guerre".
La Russie a de son côté affirmé samedi avoir des "preuves irréfutables" que les rebelles préparaient une "provocation" imminente à Idleb, sans pour autant dire en quoi elle consistait.

Selon Moscou, des responsables du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham --formée de membres de l'ex-branche syrienne d'el-Qaëda qui contrôle 60% d'Idleb--, du Parti islamique du Turkestan et des Casques blancs syriens --les secouristes en zone rebelle-- se sont réunis vendredi à Idleb pour "se mettre d'accord sur le scénario de la mise en scène".

"Provocation"
"Ceux qui doivent prendre part à la mise en scène de la provocation doivent être totalement prêts d'ici au soir du 8 septembre (samedi)", a averti dans un communiqué le porte-parole de l'armée russe, Igor Konachenkov.
Vendredi lors d'un sommet à Téhéran avec ses homologues iranien et turc, le président russe Vladimir Poutine a défendu le fait que le gouvernement syrien avait "le droit" de reprendre le contrôle de la totalité du territoire syrien.
Il a rejeté la proposition d'Ankara d'un cessez-le-feu à Idleb, arguant qu'il n'y avait "pas de représentants des groupes armés autour de cette table" habilités à négocier un arrêt des hostilités.
La Russie et l'Iran, tous deux alliés du régime de Bachar el-Assad, et la Turquie ont ainsi échoué à surmonter leurs divergences, en convenant toutefois de continuer à "coopérer" en vue d'une solution pour éviter les pertes civiles.

Quelque trois millions de personnes, dont la moitié sont des déplacés, vivent dans la province d'Idleb et les poches insurgées des provinces voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l'ONU.
Huit ONG, dont Save The Children, ont mis en garde vendredi contre "la pire catastrophe humanitaire en sept ans de guerre en Syrie", en cas d'offensive.
Le conflit en Syrie, qui s'est complexifié au fil des ans, a déjà fait plus de 350.000 morts et jeté à la rue plusieurs millions de personnes.


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