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Moyen Orient et Monde

Idleb : pourquoi l’issue de la bataille se joue avant tout en coulisses

Décryptage

Moscou et Téhéran vont essayer vendredi de trouver un terrain d’entente avec Ankara pour préparer l’offensive.


06/09/2018

Moscou connaît désormais parfaitement la chanson. Pour engranger de nouvelles victoires sur le terrain syrien, il lui faut d’abord s’activer en coulisses pour s’assurer qu’aucun acteur ne sera susceptible d’entraver ses plans. Avant la bataille d’Alep en 2016, l’ours russe avait passé un accord avec la Turquie, considérée comme le principal parrain des rebelles, pour qu’elle abandonne les insurgés, en contrepartie de quoi la Russie avait donné son feu vert à une intervention turque contre les Kurdes du PYD (Parti de l’union démocratique, branche syrienne du PKK) dans le Nord syrien. Dans une même logique, la reprise de la province de Deraa par les forces du régime a été précédée par des négociations entre Moscou, Tel-Aviv et Washington. Face aux préoccupations américano-israéliennes, la Russie a offert un retrait iranien du Sud syrien contre un retour de la région dans le giron du régime. Lâchés par leurs alliés et sous le feu des bombes russes, les rebelles ont à chaque fois perdu la bataille avant même que celle-ci ne débute.

Idleb ne devrait pas faire exception à la règle. Le lancement de la grande offensive est tributaire d’une entente russo-turque sur le sort de la région. Ce sera le principal enjeu de la réunion de demain à Téhéran entre Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdogan. Les deux premiers vont chercher à trouver un compromis avec le troisième, le seul acteur actuellement en situation de compliquer la bataille.

Pour Téhéran et Moscou, la bataille d’Idleb est l’occasion rêvée de porter un coup fatal à la rébellion en récupérant son dernier grand fief, qui se situe aux portes de la Turquie et en plein dans l’axe Damas-Alep. Mais avec presque 3 millions d’habitants parmi lesquels des dizaines de milliers de combattants affiliés à différents groupes armés, reprendre Idleb est loin d’être une mince affaire. D’autant que les rebelles, qui n’ont pas un « autre Idleb » vers lequel se retrancher en cas d’accord d’évacuation, devraient cette fois-ci essayer de résister jusqu’au bout.


(Lire aussi : La province d'Idleb, objectif du régime syrien depuis plusieurs mois)


Lignes rouges

Ankara est en première ligne face à cette offensive. La Turquie craint un nouvel afflux de réfugiés, alors que l’ONU estime que jusqu’à 800 000 personnes pourraient être déplacées par une possible bataille. Présente dans la région, l’armée turque cherche également à endiguer l’expansion du groupe jihadiste Hay’at tahrir al-Cham (HTC), autrefois nommé Front al-Nosra, qui a toutefois rompu ses relations avec la maison mère el-Qaëda. Ankara cherche à coaliser les autres formations rebelles contre HTC et à limiter l’offensive du régime à la lutte contre le groupe jihadiste, qui serait ainsi acculé des deux côtés. Mais cette distinction théorique se heurte à une réalité plus complexe où les groupes rebelles ne veulent pas apparaître comme les fantassins du régime, notamment auprès des populations locales.

Idleb est la principale carte de la Turquie pour jouer un rôle important autour de la table des négociations sur la Syrie. Mais Ankara se retrouve confronté à l’ambiguïté de sa position dans le conflit : son partenariat avec Moscou et Téhéran, d’une part, et son statut de parrain de la rébellion, de l’autre. Isolée, en raison de ses relations tendues avec les États-Unis et avec l’Union européenne, la Turquie a une marge de manœuvre limitée et se voit naturellement attirée dans les bras de Moscou.


(Lire aussi : Idleb : les Occidentaux ne sont pas au cœur du jeu)


La Russie veut préserver son allié turc, qu’elle considère comme indispensable au processus de réhabilitation du régime syrien, et l’éloigner du giron occidental.

Les Occidentaux, justement, devraient une nouvelle fois se contenter de condamnations orales, sans pouvoir influer sur le sort de la bataille. La forte composante jihadiste au sein des forces de la rébellion, notamment des jihadistes occidentaux, rend leur position plus facile à défendre devant leurs opinions publiques. Ils pourraient toutefois intervenir si leurs lignes rouges, en particulier l’utilisation d’armes chimiques, étaient franchies. Le couple américano-israélien devrait en outre être particulièrement attentif au degré de participation des forces iraniennes à la bataille. En résumé, l’issue de la bataille se trouve une nouvelle fois entre les mains des puissances extérieures.


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Houri Ziad

Ce qui est etonnant dans cette histoire..c que 3 ordures de la pire espece sont entrain de negocier les quelques benefices que chacun peut tirer d'une bataille...sans aucune consideration pour les TROIS MILLIONS d'hommes femmes enfants.....il y a de quoi etre degouter et vomir l'humain...

Chammas frederico

Je disais colonise, il faudrait dire "multi colonise"
Les acteurs sur le terrain, ceux dont on parle parce que leurs armes sont prêtes a tirer, vont ils se désister des "places acquises" par un jeu alternatif de menaces, actions militaires, négociations diverses?

Et le sort de ceux qui refoules à Idlib, sont irrécupérables pour le Bacharitan?
Et ils sont divers, avec des "résidus de projets"
Si le sort des djihadistes étrangers se réglera par leur disparition dans les geôles de leurs pays respectifs , ou à defaut d'une installation à Guantanamo,
Celui des syriens, que l'on ne peut plus refouler queque part, en "stand By" un casse tête , pour les vainqueurs potentiels...il n'y aura plus la "prison Idlib"

Messieurs les "Vainquers Annonces" mobilisez vos méninges, a defaut de votre conscience

Chammas frederico

Pauvre Syrie
Soumise, comme une balle de ping pong a la "qualité des joueurs dans leurs revers"
Et le peuple, ce qui en reste , acceptera t il docilement, sur le moyen et long terme "d'être colonise?

Stes David

"Les Occidentaux, justement, devraient une nouvelle fois se contenter de condamnations orales, sans pouvoir influer sur le sort de la bataille." Si je peux dire, la guerre en Syrie c'est d'abord et surtout un probleme pour les 'Orientaux' et nous occidentaux nous avons deja fait assez d'erreurs par exemple en Irak, desastre de la politique occidentalle avec le triste bombardement de Moussol pour liberer cette ville de 'terroristes' comme exemple. Aussi n'importe comment les 'Orientaux' vont dire que c'est la faute de les 'Occidentaux' meme si aussi partiellement les Orientaux sont coupables, comme partiellement les Occidentaux. En terminologie on peut aussi se demander si les russes comptent comme Occidentaux.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA SOLUTION POLITIQUE DEVRAIT ETRE INITIEE SANS RETARD. UNE FOIS LES REFORMES AGREEES ET LA DEMOCRATIE ETABLIE A GENEVE LE NOUVEAU GOUVERNEMENT ISSU D,ELECTIONS LIBRES ET DEMOCRATIQUES SOUS L,EGIDE DES NATIONS UNIES S,OCCUPERAIT DES ORGANISATIONS TERRORISTES RESTANTES AVEC L,AVAL INTERNATIONAL...

HABIBI FRANCAIS

Vraiment scandaleux russie iran et turquie pays ruines s immiscent dans le conflit de la syrie au lieu de s occuper de leurs propres affaires internes....que le peuple de ces 3 pays se revoltent et renversent leurs dictatures!

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