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Moyen Orient et Monde

« Si Idleb tombe, nous finirons tous au cimetière »

Témoignages

Les ministres des Affaires étrangères russe et iranien ont réaffirmé chacun de son côté, hier, la nécessité d’une offensive des forces gouvernementales syriennes contre la province rebelle.


04/09/2018

« Nous défendrons Idleb jusqu’au bout. » Comme avant chaque grande bataille en Syrie, les forces rebelles promettent de résister jusqu’à la mort face au régime et à ses alliés russes et iraniens. À Alep, dans la Ghouta ou encore à Deraa, la promesse des insurgés n’a toutefois pas résisté aux intenses bombardements des forces loyalistes, qui les ont poussés à conclure des accords d’évacuation et de transfert vers Idleb. Mais dans leur dernier grand fief, les forces rebelles risquent de ne plus avoir d’échappatoire. C’est leur survie qui constitue aujourd’hui le principal enjeu de la bataille à venir.

« Nous n’avons nulle part où aller, donc c’est certain qu’on se défendra. C’est la bataille existentielle de la révolution », estime Abdelrahmane, contacté via WhatsApp. La province d’Idleb subit depuis trois ans les bombardements du régime et de son allié russe. La région est désormais le dernier objectif stratégique et militaire de ces derniers pour briser la rébellion. La grande offensive semble imminente. « Le quotidien est rythmé par la question : bataille ou pas bataille ? » décrit Abdelrahmane, depuis Idleb. Malgré les déclarations des alliés de Damas encourageant l’opération contre le fief rebelle, le sentiment général des habitants semble osciller entre angoisse et optimisme. « Je suis persuadé qu’il ne se passera rien », confie Mohammad, à Saraqeb. « Les groupes armés sont en train d’être renforcés. Et les Turcs (parrains de l’opposition) sont en train d’envoyer des renforts », poursuit le jeune homme. « Je dois me préparer à quoi? Une possible bataille ? Quand cela sera sérieux, j’y penserai, et alors nous ferons des provisions », confie Aya Fadel, à Khan Cheikhoun.

Le docteur Walid Awata, déplacé de la Ghouta, vit aujourd’hui à Afrine avec sa famille, mais travaille plusieurs jours par semaine à Idleb. « Tout indique que la bataille va commencer, estime-t-il. Nous sommes face à une tout autre situation que celle de la Ghouta orientale (reprise par Damas en mai dernier). Nous sommes confiants car la situation sur le terrain est très bonne et je suis certain que toutes les factions de l’opposition feront tout pour que la révolution ne s’éteigne pas. » « Idleb n’est pas comme toutes les autres régions. Elle est aujourd’hui l’âme de la révolution, car c’est le dernier bastion, la dernière pièce de l’échiquier. Si Idleb tombe, nous finirons tous au cimetière », témoigne Mohammad.


(Lire aussi : Qui est Hayat Tahrir al-Cham, dans le viseur du régime à Idleb ?)


Intervention turque ?

Les ministres des Affaires étrangères russe et iranien ont réaffirmé chacun de son côté, hier, la nécessité d’une offensive des forces gouvernementales syriennes contre la province d’Idleb. Sergueï Lavrov a estimé que le statu quo ne pouvait pas « durer indéfiniment », alors que son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, depuis Damas, a déclaré que la province devait être « nettoyée ». « Les gens d’Idleb espèrent la chute du dictateur. Et ceux qui pensent qu’Idleb est une ville de terroristes se trompent, car il y a une vraie gouvernance civile », estime le docteur Awata. L’ONU estime à 10 000 le nombre de jihadistes présents dans la province d’Idleb, principalement liés à l’ex-Front al-Nosra (branche syrienne d’el-Qaëda), une organisation classée comme terroriste par les pays occidentaux, au milieu d’environ trois millions de civils et de rebelles plus modérés, principalement soutenus par la Turquie. Près de la moitié d’entre eux sont des déplacés, des dizaines de milliers de combattants et de civils ayant été transférés vers Idleb depuis d’autres bastions reconquis par le régime.

Tous les regards se tournent désormais vers Ankara, dont les négociations avec Moscou avaient abouti par le passé à « des accords destinés à réduire la violence », dont l’instauration en Syrie de quatre zones de désescalade en 2017, dont fait partie Idleb. « On espère encore une intervention de la Turquie, mais rien de sérieux n’est jamais arrivé de ce côté », déplore Aya.

La France et les Nations unies ont mis en garde contre le risque d’une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, les combats pourraient faire jusqu’à 800 000 nouveaux déplacés. La perspective de la chute d’Idleb met ses habitants devant un ultime dilemme, car contrairement aux déplacés des régions reprises par le régime ces dernières années, ils n’auront plus d’endroit où aller.

« Si un corridor humanitaire s’ouvre vers les régions du régime, je ne pense pas que les gens d’Idleb s’y rendront. Et il nous est impossible d’aller en Turquie, puisqu’elle a fermé sa frontière, donc nous sommes pris au piège », constate Abdelrahmane. « Si le régime arrive à Idleb, nous ne pourrons pas échapper à la mort », conclut Aya, qui a survécu à l’attaque chimique des forces gouvernementales en avril 2017 à Khan Cheikhoun.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IDLEB SERA UN GRAND DRAME MAIS AUSSI LA MECHE DU SECOND ROUND DU MATCH SYRIEN ET LA CAUSE D,UNE GUERRE REGIONALO-INTERNATIONALE !

Mathivet Roger

Roger Mathivet
mathivet@canl.nc

"Mais où sont tous ceux (occidentaux en particulier) qui applaudissaient et encourageaient au 'Printemps arabe' ?"

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