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Santé

L’immunothérapie, une avancée thérapeutique qui révolutionne la prise en charge du cancer

Oncologie

Depuis près d’une décennie, les avancées dans le domaine de l’immunothérapie s’accélèrent. Cette technique consiste à réactiver le système immunitaire du patient et à le tourner contre sa maladie.

Nada MERHI | OLJ
15/06/2018

Depuis que le cas d’une femme qui a été guérie d’un cancer du sein à un stade avancé grâce à l’immunothérapie a été annoncé il y a une dizaine de jours, cette technique de traitement est sur toutes les lèvres. Celle-ci a d’ailleurs constitué le thème phare du congrès annuel de la Société américaine d’oncologie médicale (ASCO) qui s’est tenu la semaine dernière à Chicago, aux États-Unis. Et pour cause, l’arrivée de cette thérapie sur le marché il y a près d’une décennie a marqué un tournant, voire une révolution, dans la prise en charge du cancer.

L’immunothérapie consiste à réactiver le système immunitaire du patient et à le tourner contre sa maladie. « Dans le cancer, le système immunitaire ne reconnaît pas la maladie », explique le Dr Wassim Mchayleh, oncologue-hématologue en charge du programme des cancers du poumon, de la tête et du cou au Northside Cancer Institute à Atlanta, aux États-Unis. « Les cellules cancéreuses envahissent ainsi l’organisme sans que le système immunitaire ne se défende », poursuit-il. L’idée est donc de le « réveiller ».

Les premières recherches menées dans ce cadre remontent aux années 1970, mais elles n’ont pas abouti. Il a fallu attendre les années 1990 pour commencer à effectuer les premiers tests sur des immunothérapies dirigées essentiellement contre le mélanome et le cancer du rein. Les résultats n’étaient pas non plus satisfaisants. Ce n’est qu’en 2011 que la première immunothérapie efficace contre le mélanome a été approuvée par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration – FDA). « Depuis, les avancées dans ce domaine se sont accélérées, à tel point qu’en l’espace d’un mois, j’ai dû changer mon intervention sur le traitement du cancer du poumon par immunothérapie à deux reprises », lance le Dr Mchayleh. Le spécialiste a pris part aux travaux de la cinquième édition des Printemps de la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph, tenus récemment à Beyrouth.

L’avancée majeure reste la découverte du « point de contrôle PD-1/PD-L1, qui joue un rôle dans la réponse immunitaire aux cellules cancéreuses », poursuit l’oncologue. La protéine PD-1 est retrouvée sur les lymphocytes T qui sont les cellules de l’immunité. Son ligand, PD-L1, inhibe l’action des lymphocytes T. Un ligand est une molécule capable de se lier spécifiquement à une protéine.

L’immunothérapie consiste ainsi à « bloquer l’activité de PD-1/PD-L1 pour empêcher leur interaction », précise le Dr Mchayleh. Cela permet de « désactiver les cellules T » et de « relancer l’activité du système immunitaire ». « Cette découverte est d’autant plus importante qu’il n’existe pas de traitement plus puissant que le système immunitaire de l’individu, insiste-t-il. En effet, lorsque le système immunitaire reconnaît les cellules cancéreuses et les attaque, la réponse est pérenne. Il est même possible de parler de guérison chez des patients qui, dans le passé, n’avaient aucun espoir de guérir. »


(Pour mémoire : Une combinaison de traitements pourrait arrêter la progression du mélanome)


Vaste champ d’intervention
Actuellement, l’immunothérapie est approuvée dans plus de dix types de cancers, sachant que la percée a été « enregistrée dans la prise en charge du mélanome ». « Les traitements de ce cancer agressif de la peau s’améliorent encore plus », ajoute le spécialiste, soulignant que cette thérapie a également « changé le pronostic du cancer du poumon, ravivant l’espoir des patients ».

« J’ai des patients qui sont sous traitement par immunothérapie depuis plus de trois ans, alors qu’ils n’avaient aucun espoir de survie, se félicite-t-il. Aujourd’hui, ils sont en rémission. » Et d’affirmer : « L’immunothérapie a permis d’améliorer la survie à cinq ans des patients souffrant d’un cancer du poumon de stade quatre, c’est-à-dire métastatique. Celle-ci est ainsi passée de 4 % à 20 % grâce à cette thérapie. Récemment, l’immunothérapie a été approuvée pour un traitement de maintenance pouvant aller jusqu’à un an dans le cancer du poumon de stade 3. Elle est administrée après la fin de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Nous espérons qu’elle sera utilisée à des stades moins avancés du cancer du poumon, comme le stade 1 ou 2, ce qui permettra de sauver encore plus de vies. Cela ne tardera pas à venir, nous sommes encore au tout début de l’ère de l’immunothérapie. »

Cette thérapie est également approuvée dans les cancers de la tête et du cou, des lymphomes, du rein et du côlon. « En fait, il peut bénéficier à tout cancer qui porte une signature élevée de l’instabilité microsatellitaire dite MSI high », souligne le Dr Mchayleh. Les microsatellites sont des séquences d’ADN présentes dans l’ADN de tout être humain. On parle d’instabilité microsatellitaire lorsque la longueur de ces séquences dans l’ADN de la cellule cancéreuse est différente de celle de la cellule normale.


(Pour mémoire : Cancer : les promesses de la médecine ciblée et de la génomique)


Thérapie hautement tolérée
L’immunothérapie est un traitement qui, au stade actuel, est administré sur une période minimale de deux ans. « Il n’y a pas encore de standard sur la durée du traitement, mais la majorité des études effectuées sur ces thérapies se sont étalées sur deux ans, souligne le Dr Mchayleh. Les études présentées l’an dernier à l’ASCO sur le mélanome ont montré une rémission de la maladie à cinq ans dans 90 % des cas. On pense donc qu’il n’est pas nécessaire d’administrer le traitement à vie. C’est une discussion que nous menons actuellement avec nos patients pour décider si, au bout de deux ans, on arrête, ou non, le traitement, sachant que de nombreuses recherches soulignent que celui-ci peut continuer à être administré au-delà de cette période. À noter que si la maladie réapparaît, il est toujours possible de recommencer l’immunothérapie. Et le traitement réussit. »

Le principal avantage de cette thérapie est qu’elle n’a pas les effets secondaires désagréables de la chimiothérapie, comme la nausée ou la perte des cheveux. Elle est administrée à l’hôpital, toutes les trois ou quatre semaines, par voie intraveineuse pour une période allant de trente à soixante minutes. « L’immunothérapie n’est pas un traitement très toxique contrairement à la chimiothérapie traditionnelle, indique le Dr Mchayleh. Ses effets secondaires sont minimes et peuvent aller d’une simple diarrhée à un petit rush cutané. Les problèmes de toxicité sérieuse ont été observés dans moins de 5 % des cas. »

Dans certains cas, « on peut avoir recours à une radiothérapie ciblée » sans toutefois interrompre l’immunothérapie. « Les découvertes récentes ont montré que l’immunothérapie peut être combinée à la chimiothérapie, accroissant son efficacité, indique l’oncologue. D’ailleurs, il s’agit du nouveau standard de la prise en charge de certains cas avancés du cancer du poumon. »

Défis à relever
De nombreux défis sont à encore relever pour permettre à un plus grand nombre de patients l’accès à cette avancée thérapeutique. D’abord, « au niveau des tests sur les marqueurs qui au Liban ne sont pas encore disponibles à grande échelle et restent coûteux et sophistiqués, constate le Dr Mchayleh. De plus, toutes les immunothérapies ne sont pas disponibles sur le marché libanais. Il reste enfin le problème du coût, d’autant que ces médicaments sont excessivement chers et le traitement est relativement long. Cela peut drainer le système financier d’un pays. Le problème se pose déjà aux États-Unis et il est majeur au Liban, notamment à l’ombre de la situation financière du pays ».

Quel est l’avenir du traitement du cancer ? « Au cours des quinze dernières années, la recherche oncologique a effectué d’énormes progrès, répond le spécialiste. On se dirige vers un remède. L’immunothérapie a constitué la plus grande découverte vers la guérison du cancer. Désormais, on est confiant que viendra le jour où le cancer sera régulé au même titre que n’importe quelle autre maladie chronique telle que le diabète ou l’hypertension. On n’a plus de doutes à ce sujet. »

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