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Moyen Orient et Monde

La France réaffirme ses engagements en Syrie

Éclairage

Paris fait savoir qu’il ripostera en cas d’attaque chimique du régime.

07/09/2018

La France n’en a pas encore terminé avec le conflit syrien. Hier, le chef d’état-major des armées françaises, le général François Lecointre, a multiplié les déclarations devant des journalistes concernant les futures missions de la présence militaire française en Syrie. Le plus haut gradé de l’armée française a notamment insisté sur deux points : la poursuite de la lutte contre le groupe État islamique et le rôle de Paris dans la désormais plus que probable offensive sur Idleb, dernier bastion rebelle dans le nord-ouest du pays, par le régime de Damas et ses alliés russes et iraniens.

Dans son allocution, le général Lecointre a fait savoir que la France mènerait des frappes en Syrie si le régime de Damas procédait à des attaques chimiques à Idleb. Il confirme ainsi les propos tenus par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, le 2 septembre dernier sur RTL. Le chef de la diplomatie française avait affirmé qu’« il y a un risque d’utilisation à nouveau de l’arme chimique » par le régime de Damas. « Il y a déjà eu un précédent et s’il y a utilisation de l’arme chimique avérée et à usage létal, la réponse sera la même que la fois précédente » de la part de Paris. « La France continuera à jouer ce jeu-là qui est le jeu de sa responsabilité », a-t-il ajouté.

M. Le Drian faisait ici référence aux frappes françaises menées le 14 avril dernier après l’attaque chimique du régime de Damas contre la ville de Douma, dans la région de la Ghouta orientale, le 7 du même mois. Elles avaient été coordonnées entre Paris, Londres et Washington mais aussi avec Moscou, allié indéfectible de Bachar el-Assad et désormais maître du jeu en Syrie. L’opération franco-anglo-américaine avait pour cible des sites de production d’armes chimiques situées à Homs et à Damas. En l’espace d’une demi-heure, 120 missiles (dont 12 français) avaient été tirés, détruisant, selon Jean-Yves Le Drian, « une bonne partie de l’arsenal chimique » du régime. Mais il s’est avéré que les entrepôts visés par la coalition étaient vides.

« Ces frappes n’ont été rendues possibles qu’avec l’accord de Moscou. La seule condition pour les mener était qu’il n’y ait aucune victime, et c’est ce qui s’est passé », dit à L’Orient-Le Jour Fabrice Balanche, géographe spécialiste de la Syrie. Il s’agissait donc plus d’une manœuvre symbolique de la part des Occidentaux pour dissuader le régime de mener à nouveau des attaques chimiques.

Reste la question de l’efficacité réelle d’éventuelles nouvelles frappes françaises en cas de nouvelle utilisation d’armes chimiques par Damas. « S’il y a d’autres frappes, elles seront symboliques comme les précédentes. Les Russes n’accepteront jamais que des frappes puissent être menées contre l’armée syrienne. La présence des bateaux russes en Méditerranée est un message adressé aux Occidentaux pour leur dire de faire attention », estime Fabrice Balanche. « Mais les Occidentaux ne peuvent pas ne pas réagir et sont obligés de parler pour donner l’impression qu’ils vont agir », ajoute-t-il. « Idleb est devenu un véritable enjeu entre les Occidentaux et les Russes. Moscou, via l’offensive d’Idleb, risque d’être complice d’une catastrophe humanitaire mais aussi de difficultés supplémentaires dans la réconciliation entre les acteurs de la scène politique syrienne (…) Par conséquent, les Français, les Américains et les Britanniques doivent se montrer fermes non seulement vis-à-vis de Bachar el-Assad mais aussi de la Russie pour les porter devant leurs responsabilités », estime quant à lui Michel Duclos, ex-ambassadeur de France en Syrie de 2006 à 2009.


« À la fin de l’automne »

Le chef d’état-major des armées françaises a également déclaré aux journalistes que la

présence militaire française en Syrie pourrait ne pas durer. « Dès que je pourrai, je diminuerai » les effectifs militaires français déployés au Levant, a souligné le général Lecointre. « Je saisirai chaque occasion de réduire l’empreinte en opérations, dès lors que celles-ci ne se justifient pas », a-t-il affirmé, précisant également que l’EI n’aura plus aucun territoire au Levant « avant la fin de l’année, sans doute à la fin de l’automne ».

Ce n’est pas la première fois que la France prédit la fin des opérations françaises en Syrie. Déjà le président Emmanuel Macron avait prévu, en décembre 2017, la fin des opérations contre l’EI en février 2018. Mais le changement de contexte en Syrie, notamment par l’intervention turque contre les Kurdes des PYD dès janvier et la reconquête du pays par les forces du régime et leurs alliés, aura sans doute perturbé l’agenda militaire français.

Officiellement, la France est présente en Syrie sous la bannière de la coalition internationale anti-EI menée par les États-Unis. Le nom de code de la participation française à cette coalition est « Opération Chammal ». Paris dispose sur le terrain d’un millier de soldats dont une partie est cantonnée dans la ville de Manbij, dans le nord-syrien. Des effectifs revus à la hausse au mois d’avril dernier avec l’envoi de renforts de la part de la France. Une information confirmée par le secrétaire américain à la Défense James Mattis. « Les Français nous ont renforcés en Syrie avec des forces spéciales au cours des deux dernières semaines », avait-il déclaré à l’époque devant le Congrès.Compte tenu du matériel et des effectifs présents sur place, les troupes françaises envisageront-elles un retour au pays une fois le califat « physique » rayé de la carte, ou pourraient-elles rester pour d’autres missions de maintien de la sécurité dans des régions reprises aux jihadistes avec leurs alliés occidentaux et des Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition arabo-kurde) ? Cela ne semble pas être au programme : « Entre l’envie de partir et la nécessité de rester, entre le souhaitable et le nécessaire, les Américains et les Français resteront en Syrie jusqu’à la fin de la mission », estime Michel Duclos. « Si la France veut rester jusqu’à l’extinction totale de Daech, cela prendra des années et je ne pense pas qu’Emmanuel Macron ou l’armée française le veuille », conclut quant à lui Fabrice Balanche.


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Chorzow Factory

Paroles, paroles, paroles - aurait dit Dalida

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU PIPEAU A LA SAUCE BOURGUIGNONNE !

aliosha

Le montage et le risque de l'utilisation de l'arme chimique est entre les mains des Français et cie. Jusqu'a present pas de preuves concretes à Douma et ailleurs sauf pour le bla bla mensonger de la France et cie .

Georges MELKI

La mouche du coche!

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