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Qui est Hayat Tahrir al-Cham, dans le viseur du régime à Idleb ?

Syrie

L'organisation, qui constitue le principal groupe armé dans la province située à la frontière turque, a souvent changé de nom mais le noyau dur a toujours été formé par l'ex-branche syrienne d'El-Qaëda.

OLJ/AFP
02/09/2018

Le régime syrien et son allié russe brandissent la menace d'une attaque dans la province d'Idleb, ultime grand bastion insurgé du nord-ouest de la Syrie, où les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) sont particulièrement dans le collimateur.

Cette organisation, qui constitue le principal groupe armé dans la province, située à la frontière turque, a souvent changé de nom mais le noyau dur a toujours été formé par l'ex-branche syrienne d'El-Qaëda. Elle a toujours été exclue des trêves et cessez-le-feu parrainés par l'ONU ou la Russie.


Qui sont les combattants de HTS ?

HTS s'est d'abord fait connaître sous le nom de Front al-Nosra, apparu en janvier 2012. C'est par ce nom que le pouvoir de Bachar el-Assad et son allié russe continuent de le désigner. Classé groupe "terroriste" par Washington, l'Union européenne et l'ONU, il a été un prolongement de la branche irakienne d'El-Qaëda. Son chef, un Syrien qui a pris le nom de guerre d'Abou Mohammad al-Jolani, a fait ses premières armes en Irak. En 2013, le groupe a prêté allégeance à El-Qaëda, avant d'annoncer la rupture, en juillet 2016, et de se rebaptiser Front Fateh al-Cham. Début 2017, il s'auto-dissout pour devenir la principale composante de HTS.

Le groupe englobe essentiellement des jihadistes syriens. Il compterait quelque 30.000 hommes, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Des jihadistes "très bien organisés et rompus au combat", estime l'expert sur la Syrie, Fabrice Balanche. Selon Charles Lister, analyste au Middle East Institute, les combattants étrangers représentent "peut-être 20% de ses effectifs". Ces étrangers sont notamment originaires de Jordanie, d'Arabie saoudite, de Tunisie, d'Egypte ou encore d'Asie centrale.


Quel pouvoir ?

L'organisation contrôle aujourd'hui près de 60% de la province d'Idleb. Elle y a mis en place une administration civile qui collecte des droits de douane à la frontière avec la Turquie et récolte des impôts auprès des commerçants.

L'influence "de HTS est en grande partie due au fait qu'il contrôle les flux commerciaux qui entrent et sortent d'Idleb, ce qui aide à financer le groupe et lui confère un pouvoir plus grand que sa taille", estime Nicholas Heras, chercheur au Centre for a New American Security.

Par le passé, le groupe était présent notamment dans les environs de Damas ou dans le sud. Mais, au fur et à mesure que le régime reprenait le terrain perdu, ses combattants ont été évacués vers Idleb.

L'organisation a été la cible de raids aériens de Moscou ou de la coalition antijihadiste emmenée par Washington. Plusieurs hauts commandants ont été tués.


(Lire aussi :  Damas a le droit de chasser les "terroristes" d'Idleb, affirme Lavrov)


Quels rapports avec rebelles et EI ?

Autrefois allié à d'influents groupes rebelles islamistes, à l'instar de Ahrar al-Cham ou Nourredine al-Zinki, HTS s'était engagé en 2017 dans des luttes de pouvoir, menant des combats sanglants avec ses anciens partenaires.

Ahrar al-Cham et Noureddine al-Zinki ont annoncé début 2018 leur fusion parrainée par la Turquie, engageant des combats contre HTS. Ils ont rallié en août quatre autres factions rebelles pour former une nouvelle coalition, le Front national de libération (FNL).

HTS a par ailleurs multiplié ces dernières semaines les raids contre les "cellules dormantes" de son rival, le groupe Etat islamique (EI), qui a revendiqué assassinats et attentats à la bombe contre dirigeants et combattants de l'organisation. Les deux entités jihadistes se sont affrontées ailleurs en Syrie, notamment à Raqqa.

En juillet 2014, le chef d'al-Nosra avait affirmé son ambition de constituer un "émirat islamique", à l'instar du "califat" proclamé un mois plus tôt par l'EI.


Quel avenir pour HTS ?

Le 22 août dernier, M. Jolani a réitéré la détermination du groupe à résister face à une offensive de Damas.

La Russie réclame la dissolution de HTS. Mais la Turquie voisine, qui parraine des rebelles du nord syrien, tente de négocier une solution avec les jihadistes, pour éviter une offensive majeure qui déstabiliserait sa frontière et provoquerait l'afflux de nouveaux réfugiés vers son territoire, selon l'OSDH. Vendredi, Ankara a officiellement désigné HTS comme une organisation "terroriste".

"Une dissolution (de HTS) sur ordre de la Turquie le priverait d'une grande partie de son pouvoir, et remplacerait le contrôle de HTS par celui de la Turquie", estime M. Heras.



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