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Au Yémen, les Sudistes veulent faire entendre leur voix

Yémen

Alors que doivent s’ouvrir, demain vendredi, les pourparlers de Genève dont il est exclu, le Conseil de transition appelle à des manifestations dans l’ensemble des villes du Sud.


Acil TABBARA | OLJ
06/09/2018

Ce sont les grands oubliés des pourparlers interyéménites de Genève : les indépendantistes sudistes, qui ont renforcé leur présence sur le terrain à la faveur de la guerre, ont décidé de faire entendre leur voix en appelant à des manifestations jeudi, à la veille les réunions sur les bords du lac Léman.

Le STC (Conseil sudiste de transition) a appelé à « une intifada populaire et des manifestations pour dénoncer l’exclusion des Sudistes des négociations de Genève, et pour protester contre la détérioration des conditions économiques » dans ce qui fut, jusqu’en 1990, un État indépendant dans le sud du Yémen. Dans un communiqué, il a accusé le pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite, mais également ses adversaires, les rebelles houthis d’Ansarullah, d’avoir tous deux refusé qu’une délégation sudiste participe aux pourparlers de Genève.

Une délégation du STC conduite par son président, Aïdarous Zoubeidi, avait pourtant espéré, lors d’un entretien le 29 août à Amman avec l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen Martin Griffiths, être associée à ce troisième round de pourparlers organisés par l’ONU en Suisse. Le diplomate britannique avait alors affirmé avoir évoqué avec la délégation « le rôle que les Sudistes peuvent jouer dans le processus politique », soulignant le « rôle positif du STC dans la recherche de solutions politiques ».

Les séparatistes étaient précédemment alliés au président Hadi dans la lutte contre les rebelles houthis qui étaient parvenus en mars 2015 jusqu’aux portes d’Aden, et leurs forces ont joué un rôle important sur le terrain pour repousser les combattants d’Ansarullah. Mais la relation avec le chef de l’État – lui-même originaire du Sud – s’est tendue après le limogeage en 2017 de M. Zoubaïdi, qui était gouverneur d’Aden, et qui a alors formé le Conseil de transition du Sud, une autorité parallèle dominée par des séparatistes et soutenue par les Émirats arabes unis, membre de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite.

« Le STC a assuré à l’envoyé spécial de l’ONU lors de cet entretien sa disposition à participer à tous les pourparlers tant qu’il est représenté par une délégation indépendante », a expliqué à L’OLJ Bashraheel Hicham Bashraheel, rédacteur en chef adjoint d’al-Ayyam, principal journal d’Aden, qui soutient la cause sudiste. Mais « l’ONU voulait les inviter à Genève comme observateurs et non comme négociateurs, ce qu’ils refusent », a-t-il ajouté.

Par la suite, le STC a accusé dans un communiqué le gouvernement et les houthis – qui comptent chacun dans sa délégation des personnalités affirmant représenter le Sud – s’opposer à sa participation aux pourparlers.

Une information que tend à confirmer un nouveau communiqué de M. Griffiths publié le 4 septembre, dans lequel il assure que, depuis qu’il a été nommé envoyé spécial au Yémen en mars, il a « toujours affirmé qu’il n’y aurait pas de paix au Yémen si nous n’écoutons pas un large éventail de voix yéménites, dont les groupes sudistes, et nous assurons qu’ils sont inclus dans les efforts pour parvenir à un règlement politique viable ».

L’émissaire s’est engagé à inclure ces groupes dans le processus politique et annoncé qu’il poursuivrait ses discussions avec les groupes sudistes « dans les prochaines semaines ».


(Lire aussi : Peu d’espoir pour la nouvelle réunion sur le Yémen)


Espoirs sudistes

« Ce nouveau communiqué a été considéré comme très positif par les Sudistes. C’est la première fois que l’ONU admet la participation des Sudistes », ajoute M. Bashraheel selon lequel, même si le STC ne sera pas représenté cette fois à Genève, « cela ouvre la voie à la participation des Sudistes » dans de futures négociations.

En attendant, les manifestations auxquelles a appelé le STC jeudi pour « faire entendre sa voix au monde entier », comme l’affirme M. Bashraheel, viennent se greffer des protestations à caractère social qui secouent le sud en raison de la détérioration des conditions de vie dans ce pays au bord de la famine.

Huit manifestants ont été blessés hier par des tirs de la police lors de la dispersion d’une marche contre la hausse du coût de la vie à Moukalla, capitale de la province du Hadramaout dans le Sud-Est. Les manifestations ont commencé dimanche à Aden, dans le Sud, puis se sont étendues ensuite à d’autres régions proches.

Depuis plus d’un an, le gouvernement est incapable de payer des salaires et le rial a perdu plus des deux tiers de sa valeur par rapport au dollar depuis 2015, date à laquelle l’Arabie saoudite et ses alliés sont intervenus contre les rebelles houthis, soutenus par l’Iran.


(Lire aussi : L’ONU épingle coalition et houthis, qui continuent comme si de rien n’était...)


Les protestations se sont poursuivies en dépit de l’annonce lundi d’une augmentation des salaires pour les fonctionnaires et des pensions pour les retraités.

Le STC contrôle le terrain à Aden, où des combats meurtriers l’avaient opposé fin janvier aux forces gouvernementales, et une grande partie du sud du Yémen. Mais l’appui des Émirats arabes unis à ce mouvement ne signifie pas qu’ils soutiennent une sécession du Sud, souligne un observateur.

Seul État marxiste du monde arabe de 1967 à 1990, l’ex-République du Sud-Yémen avait fusionné avec le Nord en 1990. Le sentiment séparatiste a été nourri par les frustrations des Sudistes, qui estiment avoir été longtemps discriminés et marginalisés par les Nordistes. Ils ont mené une éphémère tentative de sécession en 1994, matée dans le sang par les troupes nordistes.


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