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Moyen Orient et Monde

L’ONU épingle coalition et houthis, qui continuent comme si de rien n’était...

Yémen

La directrice des recherches sur le Moyen-Orient à Amnesty International reconnaît « l’impact limité » de ces rapports, indispensables pourtant si la justice doit un jour prévaloir.

Julie KEBBI | OLJ
01/09/2018

À l’approche des pourparlers sur le Yémen prévus par les Nations unies le 6 septembre à Genève, le Groupe d’experts éminents (GEE) régionaux et internationaux sur le Yémen mandaté par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a présenté cette semaine son rapport, faisant l’état des lieux du conflit depuis septembre 2014 jusqu’à juin 2018. Le pays est le terrain de violents affrontements depuis quatre ans, opposant les rebelles houthis, appuyés par Téhéran, aux forces du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenues par une coalition menée par l’Arabie saoudite depuis mars 2015. Dans son communiqué publié mardi, le GEE explique que les informations récoltées « laissent fortement penser que des parties au conflit ont perpétré et continuent à perpétrer des violations du droit international ».

« Le groupe d’experts a des motifs raisonnables de croire que des membres du gouvernement du Yémen et de la coalition auraient mené des attaques en violation des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution, qui pourraient constituer des crimes de guerre », note le document. « Entre autres conclusions, les experts déclarent que des personnes dans le gouvernement du Yémen et de la coalition, y compris l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, et dans les autorités de fait accompli, auraient commis – sous réserve d’une qualification déterminante par un tribunal indépendant et compétent – des crimes internationaux », est-il souligné.

Riyad et ses alliés se sont empressés de publier un communiqué pour réfuter les conclusions du rapport mercredi, estimant qu’il « contient plusieurs erreurs méthodologiques et de mauvaises interprétations du conflit (...) ignorant le motif réel de ce conflit, à savoir le coup d’État des milices houthies soutenues par l’Iran contre le gouvernement légitime yéménite ». La coalition a également prévenu qu’elle transmettrait ensuite « une réponse juridique complète et détaillée » à ce sujet.

Le gouvernement américain, « partenaire stratégique » de Riyad et régulièrement interpellé par les ONG au sujet des fournitures d’armes au royaume wahhabite, a indiqué mercredi être « profondément inquiet » au sujet des « possibles violations du droit international mises en avant dans ce rapport ». « Nous pensons que rien ne peut justifier de tels crimes, s’ils ont effectivement eu lieu », a précisé la porte-parole du département d’État Heather Nauert. Jim Mattis, le ministre américain de la Défense, a affirmé la veille que l’appui américain n’était « pas inconditionnel » et que la coalition doit « faire tout ce qui est humainement possible pour éviter toute perte de vie innocente, et soutenir le processus de paix sous l’égide de l’ONU ».


(Lire aussi : Une mission d'enquête de l'ONU évoque des "crimes de guerre" au Yémen)


« Considérer la dignité humaine »

Cette version est contrebalancée dans le communiqué de l’ONU par Kamel Jendoubi, le président du GEE sur le Yémen, selon qui « il existe bien peu de preuves que des parties au conflit tentent de minimiser les pertes civiles ». « J’appelle désormais à considérer la dignité humaine dans ce conflit oublié comme priorité », a-t-il ajouté. Les houthis ont été accusés à maintes reprises d’utiliser les civils comme boucliers humains tandis que la coalition s’est récemment attiré les foudres de la communauté internationale suite à l’attaque d’un bus dans la ville de Saada (Nord), tuant 29 enfants.

Le comité a par ailleurs « reçu des informations substantielles » indiquant que l’ensemble des acteurs du conflit « ont enrôlé ou recruté des enfants dans les rangs des forces ou groupes armés et les ont utilisés pour participer activement à des hostilités ». « Dans la plupart des cas, les enfants avaient entre 11 et 17 ans, mais des rapports réguliers font état du recrutement ou de l’utilisation d’enfants aussi jeunes que 8 ans », poursuit le communiqué.

« Le GEE, dans son premier rapport, confirme ce que nous savons depuis trois ans, à savoir que toutes les parties au conflit au Yémen ont agi sans le moindre respect à l’égard de la vie des civils », a déclaré Lynn Maalouf, directrice des recherches sur le Moyen-Orient à Amnesty International.


(Repère : Plus de trois ans de guerre depuis l'intervention de la coalition arabe au Yémen


Même rigueur

La population civile est la première touchée par la crise humanitaire engendrée par le conflit. Au total, plus de 10 000 personnes ont perdu la vie depuis mars 2015, dont 6 600 civils selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. La situation sur le terrain est catastrophique alors que les ONG doivent faire face aux difficultés qui ne cessent de s’accumuler entre épidémie de choléra, famine ou encore manque d’infrastructures sanitaires fonctionnelles. Selon la Commission européenne, le nombre de personnes ayant besoin d’une aide ou d’une protection humanitaire est estimé à 22,2 millions, soit 80 % de la population yéménite au total. Cette année, « 11,3 millions de personnes sont considérées comme ayant besoin de cette aide de toute urgence – soit une hausse de plus d’un million de personnes comparativement aux chiffres de juin 2017 », rapporte la Protection civile et des opérations d’aides humanitaires européennes. Le porte-parole de l’ONU a en outre indiqué jeudi dernier qu’une troisième vague de choléra pourrait avoir lieu au vu de l’augmentation du nombre de personnes touchées ces dernières semaines.

« Le conflit armé se poursuit, et le mandat du GEE doit être renouvelé en amont de la 39e session du Conseil des droits de l’homme, qui aura lieu le mois prochain », a estimé Mme Maalouf dans le communiqué. Selon elle, « il est absolument nécessaire qu’il puisse enquêter sur les nouvelles violations des droits humains et atteintes à ces droits, et identifier les responsables, avec la même rigueur et de façon tout aussi approfondie ». Priée d’en dire plus par L’Orient-Le Jour, Mme Maalouf reconnaît que « l’on peut se demander quel impact ce genre de rapports peut avoir sur le cours du conflit », tout en précisant que le but est de « garder une documentation de ce qui se passe sur le terrain, pour qu’un jour, la justice puisse faire son travail ».

L’impact du rapport du GEE reste toutefois limité. S’il permet de surveiller et d’attirer l’attention sur les actions de l’ensemble des parties au conflit, il n’a pas de valeur contraignante à leur égard. Mme Maalouf précise toutefois que l’objectif est « de faire monter la pression » sur les fournisseurs d’armes tels que les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni à l’Arabie saoudite, et « d’avoir une mobilisation populaire » sur le dossier yéménite.


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