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Moyen Orient et Monde

Peu d’espoir pour la nouvelle réunion sur le Yémen

Diplomatie

Les parties au conflit seront à Genève aujourd'hui, jeudi, pour des consultations sous l’égide de l’envoyé spécial des Nations unies.

Julie KEBBI | OLJ
06/09/2018

Alors que les précédentes sessions de pourparlers sur le Yémen n’ont pas abouti, les parties au conflit sont invitées à participer aujourd'hui, jeudi, à une nouvelle réunion organisée sous l’égide de l’ONU. Le gouvernement yéménite du président Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyé par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis depuis 2015, et les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, doivent se retrouver à Genève pour des « consultations » menées par l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths. « Ces consultations offriront aux parties, entre autres, l’occasion de discuter du cadre des négociations, de convenir de mesures de confiance pertinentes et de plans spécifiques pour faire avancer le processus », a-t-il déclaré le 2 août devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Les représentants des parties concernées ne s’engageront toutefois pas dans des échanges « face à face » mais de manière indirecte avec M. Griffiths. Un signe supplémentaire de la délicatesse de la situation pour l’envoyé spécial de l’ONU alors que le bureau de ce dernier « a déjà rétrogradé ces discussions du statut de négociations à celui de consultations », souligne à L’Orient-Le Jour Randa Slim, directrice du programme sur la résolution des conflits et des dialogues sur Track II au Middle East Institute et membre de la précédente équipe de négociation de l’ONU sur le Yémen. Selon elle, M. Griffiths « entreprendra probablement des navettes diplomatiques entre les salles des délégués ».

« Nos attentes se limitent à la possibilité de progresser sur la question des prisonniers », a confié dimanche à l’AFP le ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled el-Yemani. « Je crois possible d’obtenir la libération de détenus et je crois que l’autre partie y est également disposée », a-t-il ajouté. Les représentants du gouvernement yéménite demanderaient la libération de 5 000 prisonniers tandis que les houthis exigeraient celle de 3 000 de leurs combattants, a indiqué une source gouvernementale à l’AFP.

Les chances d’obtenir un résultat concret lors de ce premier round de consultations sont cependant bien minces alors que sa configuration n’envoie pas l’image que « les parties yéménites sont sur le point de se mettre d’accord sur quelque chose, et encore moins sur un cessez-le-feu », observe Mme Slim. Chaque camp « pense respectivement que le temps est de son côté », estime-t-elle avant d’ajouter que les parties « pensent que si elles attendent plus longtemps, l’autre se relâchera et qu’elles pourront obtenir un meilleur accord ».


(Lire aussi : Au Yémen, les Sudistes veulent faire entendre leur voix)


Intérêts individuels

« Le simple fait que des pourparlers aient lieu est significatif », nuance Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’université d’Oxford, interrogée par L’OLJ. « Il semble y avoir une nouvelle lassitude de la guerre, non seulement de la part des personnes directement concernées, mais aussi de la part des pays occidentaux qui soutiennent la coalition », note-t-elle. Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni se sont retrouvés sous le feu des critiques plus tôt cette année pour leur fourniture d’armes à Riyad.

Si le rapport de force est plus équilibré qu’en 2016, lors de la dernière médiation de l’ONU entre les deux parties réunies au Koweït et qui a échoué, « les parties yéménites, en particulier du côté du gouvernement, sont plus fragmentées et divisées qu’avant », souligne Mme Slim. « Depuis la mort de Ali Abdallah Saleh (ex-président du Yémen et allié des houthis tué en décembre 2017 par les rebelles), le Congrès général du peuple (son parti) a au moins quatre ailes. Les Sudistes ne sont pas représentés par Hadi et sont divisés en interne », poursuit-elle. Du côté de la coalition, « les Saoudiens et les Émiratis n’ont pas de programmes totalement convergents au Yémen. Leurs mandataires yéménites se battent plus souvent entre eux que contre les houthis », observe-t-elle.

Au-delà des divisions internes, les intérêts des leaders de chaque partie sont également à prendre en considération dans le cadre de leur volonté à faire avancer le processus de paix. Pour Mme Slim, « les chefs militaires houthis tirent des millions de dollars de l’économie de guerre et des routes commerciales par voie de terre » tandis que « le gouvernement Hadi et ses fonctionnaires reçoivent d’énormes salaires des Saoudiens ». « Avec la paix et aucun rôle pour eux au Yémen, ils perdront tous ces avantages », indique-t-elle.


(Lire aussi : L’ONU épingle coalition et houthis, qui continuent comme si de rien n’était...)


Calcul stratégique

La rencontre entre les deux délégations à Genève intervient au moment où tous les regards sont portés sur Hodeida où se joue une bataille stratégique et qui fait craindre un désastre humanitaire alors que la ville est un point-clé pour l’approvisionnement en aide humanitaire pour des centaines de milliers de Yéménites. Située sur la mer Rouge, la ville portuaire fait l’objet de combats féroces depuis juin alors que les forces de la coalition arabe cherchent à la reprendre des mains des houthis. La coalition a mené de nouveaux raids lundi à la périphérie de la ville, faisant 38 morts parmi les rebelles selon des responsables des forces progouvernementales, a rapporté l’AFP.

« L’offensive sur Hodeida était censée changer l’équation de façon à forcer les houthis à modifier leur calcul stratégique concernant les coûts de la poursuite de la lutte », décrypte Mme Slim. Mais l’opération fait du surplace, ce qui a fini par faire perdre aux Saoudiens et aux Émiratis un important moyen de pression sur les rebelles alors que « la dynamique du conflit sur le terrain a dépassé les exigences d’une solution énoncée dans la résolution 2216 du Conseil de sécurité (selon laquelle les houthis doivent déposer les armes), le Dialogue national et l’initiative du Golfe », estime-t-elle. « La résolution doit être mise à jour ou les deux parties belligérantes devront s’entendre sur une interprétation plus souple de celle-ci », confirme pour sa part Mme Kendall.


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