Nos Lecteurs ont la Parole

À quoi sert un moukhtar ?

par Nicolas SBEIH
OLJ
05/09/2018

Le moukhtar est un être sympathique, affable… mais inutile. C’est d’ailleurs à ce titre que les autorités lui ont confié des tâches également inutiles. En voici un exemple courant. Si vous voulez obtenir une nouvelle carte d’identité ou un nouveau passeport, il vous faut, parmi les papiers exigés, un extrait d’état civil. Un ancien extrait d’état civil n’est pas valable. Il vous faut un récent au cas où vous auriez changé de père ou de mère. Pour ce vous devez aller chez le moukhtar qui, souvent, vous connaît à peine ou pas du tout. Il remplira un formulaire qui comporte l’essentiel de votre état civil (nom, filiation, registre…), basé sur une pièce d’identité que vous lui fournirez. Vous vous présentez alors au bureau de l’état civil qui jette à peine un coup d’œil sur ledit formulaire car le préposé va se référer uniquement à ce cahier de trois mètres de long, égratigné par les souris et la jaunisse des années, où sont consignés les noms des citoyens.

Une fois muni de cet extrait d’état civil, vous devez retourner chez le moukhtar pour qu’il remplisse une demande de carte d’identité ou de passeport. Ce nouveau formulaire contient les mêmes informations que le premier. Forcément. On y ajoute l’étape des photos. Mais attention : des photos sur fond gris pour les passeports et sur fond blanc pour les cartes d’identité. Le moukhtar vous regarde avec son œil expert, scrute la photo et conclut qu’il y a une parfaite similitude. Il écrit alors pertinemment sur le verso « Ceci est la photo de M. Tartempion, registre n° 123. » Étape suivante : les témoins, qui doivent témoigner que tout ceci est vrai. Ils sont généralement recrutés sur place parmi les clients inconnus qui attendent leur tour. Muni de toute cette liasse, vous vous présentez à l’administration concernée pour finaliser votre demande. C’est aussi là que vous découvrez que les photos n’auront servi à rien puisqu’on va vous photographier sur place par un appareil numérique relié à un ordinateur. Vous calculez que vous avez perdu 100 000 LL et toute une matinée pour rien.

Récapitulation : la nouvelle pièce d’identité est basée sur un formulaire du moukhtar, qui est basé sur un extrait d’état civil, qui est basé sur un premier formulaire du moukhtar, qui est basé sur une ancienne pièce d’identité, qui était basée sur un extrait d’état civil, qui était basé sur un ancien formulaire du moukhtar, qui était basé… – le tout basé sur ce même cahier de trois mètres de long.

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Le pont

Héritage de l’administration ottomane. A l'époque l'idée derrière cette organisation était de confier à l'instance suivante le contrôle de l'instance précédente et ainsi de suite, par manque de confiance. Un fonctionnaire en plus est un opposant potentiel en moins.

Est-ce les choses ont changé depuis?

Irene Said

Mais non !!! pas du tout !!! vous avez tout faux !!!

Le LIBAN NOUVEAU ET FORT (dixit le CPL) est à la pointe du progrès en tout...

Vous avez du vous perdre dans un autre Liban...l'ancien...du temps où l'on inscrivait les registres de l'état-civil dans des cahiers de trois mètres de long...

Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A QUOI SERVENT PRESIDENTS ET ELUS DE TOUS GENRES DANS CE PAUVRE PAYS EN SOINS INTENSIFS ET AGONISANT ?

Wlek Sanferlou

Superbe!
C'est l'essence même du Liban!
Des besognes nobles et inutiles qui occupent une grande partie de notre réalité de citoyen libanais.
Un peu comme bchara wakim qui, dans les films égyptiens, avait toujours ses bagages et se déplaçait continuellement, nous courons d'une administration à l'autre, d'un mokhtar à un rayés alam avec l'espoir secret que les meemaléts se feront le jour même...
Allah yirham maroun aaboud!

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