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L’hiver slave de Azzi & Osta

La Mode

Les créateurs Azzi & Osta livrent pour l’automne hiver 2018-2019 une collection couture qui ressuscite la cour de Nicolas II au cœur du XXIe siècle.

05/09/2018

Tolstoï, Tchaïkovski, Fabergé, l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, la cathédrale Basile-le-Bienheureux… mais surtout la grande culture de la cour de Nicolas II, les derniers feux du romantisme slave avant la chute. Ressusciter tout cela à travers la haute couture. C’est le défi que s’est donné le binôme Azzi & Osta pour sa nouvelle collection hivernale baptisée « Nicolaï ».

Nés tous deux en 1986, George Azzi et Assaad Osta ont toujours fait figure de surdoués dans l’univers libanais de la haute couture, développant leurs talents respectifs dès leur plus jeune âge. Tous deux ont grandi à l’ombre de femmes créatives et passionnées par la confection du vêtement. Enfant, George Azzi ramassait les chutes de tissus éparpillées sous la table de travail de sa grand-mère couturière. Il les recousait ensemble comme d’autres font du coloriage, créant des patchworks inédits, associant couleurs et textures, faisant surgir dans la trame des formes inattendues. À l’adolescence, sans surprise, il se passionne pour le surréalisme et l’art qui en découle, et s’en sert pour réconcilier le rêve et la réalité, la logique et l’absurde.

À la même époque, de son côté, Assaad Osta observe le manège étourdissant de sa mère, jamais satisfaite des vêtements qu’elle trouve dans le prêt-à-porter, toujours en train de faire ou de défaire, d’ajuster ou de personnaliser une robe inconnue des vitrines, absente de tout portant. Ces dissections rythment sa vie d’enfant, au même titre que la musique classique dans laquelle baignent les expériences maternelles et l’univers du film noir dont il aime – dit-il – le côté élusif et inaccessible.

Deux parcours qui convergent, en 2004 et bac en poche, à Esmod Beyrouth. Les deux futurs créateurs terminent leur formation sous les lauriers, George Azzi recevant le prix du Président du jury Élie Saab, et

Assaad Osta le prix du Jury. Tous deux sont enrôlés dans les ateliers d’Élie Saab en tant qu’assistants créateurs. 18 mois plus tard, leur complicité n’ayant fait que se renforcer et leur période de stage touchant à sa fin, ils décident de se lancer ensemble dans la fondation d’une marque sous leurs deux noms. La maison Azzi & Osta voit le jour en 2010 dans un Beyrouth dont la scène artistique est en ébullition. Le style audacieux du duo, leurs constructions risquées, leurs volumes tourbillonnants, tenant dans l’espace comme par magie, ainsi que leur esprit vintage, font merveille.


Les fastes de l’Empire de Russie

En une poignée d’années, Azzi & Osta devient un label tapis-rouge, et le binôme habille entre autres Beyoncé, la reine de la pop, adaptant le concept de la robe à l’identité de la chanteuse. Cette saison, l’enseigne a creusé une inspiration aussi fastueuse que délicatement colorée, croisant le romantisme échevelé de l’âme slave sous le règne de Nicolas II avec des silhouettes à l’architecture quasi futuriste. Le personnage de Nicolas II, dit également Nicolaï, empereur de toutes les Russies, au destin tragique, roi, saint et martyr, donne, par la munificence de la vie de cour sous son règne et par sa passion pour la culture et les arts, la note vibrante de la collection Azzi & Osta couture, automne-hiver 2018-2019. Le dernier des Romanov et dernier tsar était beau, charismatique, sportif. Il aimait l’apparat militaire, était immensément intelligent, avait beaucoup voyagé. Cependant, grand timide, il préférait à tout son intimité et la vie en famille, entouré d’amis proches. Régnant sur l’un des plus vastes et plus riches empires qu’ait connus le monde, à l’une des périodes les plus critiques et dangereuses de l’histoire, il n’en a pas moins favorisé le développement de tous les arts et ne s’est jamais départi de son élégance.

En hommage à ce personnage aussi tragique que romanesque, les couturiers libanais ont déployé une palette inspirée des façades des plus beaux palais et monuments de Russie sous la neige, déclinant des nuances de blanc givre, de bleu ciel, de rose perle, magenta, menthe, argent et or sur des textures précieuses, lourdes soies, satins, tulles, relevés de broderies empruntées aux opulents lambris et autres ornements architecturaux. À cela s’ajoute, y conférant encore plus de prestance, un travail de patron aussi invisible que complexe, avec un rendu en silhouettes contournées et volumes en spirale qui transportent la vieille âme slave au cœur du présent.


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