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Moyen Orient et Monde

Khamenei menace de renoncer à l’accord sur le nucléaire

Iran

Les menaces du guide suprême, une sorte de pression sur l’Union européenne.


31/08/2018

« Il n’y a aucun problème à négocier et à garder le contact avec les Européens mais vous (le gouvernement) devriez abandonner les espoirs que vous avez placés en eux à propos des questions économiques et de l’accord nucléaire. » Tels ont été les propos prononcés mercredi par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une réunion avec le président Hassan Rohani et les membres du gouvernement. « Nous devons évaluer leurs promesses sous l’angle du scepticisme », a-t-il souligné.

Depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire de 2015 (ou JCPOA, Joint Comprehensive Plan of Action) le 8 mai dernier, et la réimposition des sanctions économiques contre la République islamique, les pays européens signataires luttent tant bien que mal pour continuer à faire vivre cet accord. Celui-ci représente en effet pour l’Union européenne, mais aussi pour les autres parties prenantes du deal, une garantie de premier plan qui empêche l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Plusieurs réunions entre les différents représentants des pays signataires ont ainsi eu lieu ces dernières semaines en vue de tenter de trouver une solution pour que l’accord puisse continuer à être honoré par l’Iran. La dernière remonte au 7 juillet.

À l’issue de ces rencontres multipartites, une série de mesures ont été convenues pour tenter de diminuer l’impact des sanctions américaines. L’une des plus importantes concerne l’exportation de pétrole iranien, que les Américains ont récemment affirmé vouloir ramener au plus près de zéro. Par ailleurs, le 7 août dernier, Bruxelles a décrété l’entrée en vigueur de la loi de « blocage » des sanctions américaines. Elle doit permettre de protéger les entreprises européennes présentes en Iran, ou voulant investir sur place, des sanctions. Ce dispositif empêche également toute entreprise basée au sein de l’UE de se conformer à des sanctions venues de l’étranger. Autrement dit, cette loi cherche à faire obtenir à l’Iran des garanties économiques et représente l’un des plus sérieux défis lancés par les Européens à l’administration Trump. Mais elle se heurte à un problème de taille : le départ de nombreuses entreprises européennes du territoire iranien. Ainsi, malgré toute la bonne volonté de l’UE, les résultats se font hélas toujours attendre du côté de Téhéran. La République islamique, constatant l’absence de progrès, et ayant jugé à maintes reprises « insuffisants » les efforts mis en œuvre par Bruxelles, n’a pas hésité à jouer plusieurs fois la carte de la pression envers les Européens.


(Lire aussi : L'Iran déplore les instructions données par Paris à ses diplomates)


« Renoncer à l’accord »
La pression a redoublé d’intensité début juin lors de l’annonce, de la part du régime des mollahs, de la mise en route d’un plan visant à augmenter ses capacités d’enrichissement d’uranium, en passant notamment par une manipulation de plusieurs centrifugeuses installées sur le site de Natanz, dans le centre du pays. La mise en place de ce plan résulte d’une déclaration du guide suprême iranien qui, dans un discours public le 4 juin, avait affirmé que l’OIEA (Organisation iranienne de l’énergie atomique) devait se « préparer rapidement à augmenter sa capacité de production d’uranium enrichi ». Une annonce qui aura sans doute contribué à la tenue de la rencontre du 7 juillet et les mesures adoptées par les Européens. Mais hier, M. Khamenei, plus haute autorité politique et religieuse du pays, a décidé de revenir sur la question en haussant d’un cran le niveau de l’avertissement, évoquant une possible sortie de Téhéran du JCPOA.

Ainsi, à l’heure où l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) réaffirme, dans un rapport publié hier, que l’Iran respecte bien les principes de l’accord sur le nucléaire, Ali Khamenei a agité la carte de la menace d’un retrait du deal si celui-ci « ne préserve plus (ses) intérêts nationaux ». « Naturellement, si nous arrivons à la conclusion qu’il (l’accord) ne préserve plus nos intérêts nationaux, nous y renoncerons », a dit M. Khamenei lors d’une réunion avec le gouvernement et publiés sur son site internet. Véritable menace ou élément de pression supplémentaire pour obtenir des garanties économiques de la part des autres signataires du JCPOA ?


(Lire aussi : La confiance entre Paris et Téhéran mise à mal)


Pour certains observateurs, ces propos viennent s’ajouter aux menaces déjà prononcées, tant par le président Hassan Rohani que par le guide lui-même, pour tenter de créer un moyen de pression. « Je ne pense pas que l’Iran ira jusqu’à une sortie de l’accord sur le nucléaire, même si Khamenei l’a laissé entendre. Cela fait partie des tentatives des autorités iraniennes de recréer un effet de levier le plus possible. De toute évidence, ils veulent faire pression sur les Européens », dit à L’Orient-Le Jour Alex Vatanka, chercheur au Middle East Institute. « Ces avertissements ne sont pas nouveaux. Aujourd’hui, cela vise à faire pression sur l’UE pour qu’elle fasse tout son possible pour fournir à l’Iran des avantages liés au JCPOA et ne pas succomber aux insistances américaines », dit à L’OLJ Ali Fathollah-Nejad, spécialiste de l’Iran au Brooking Doha Center. « Cependant, l’Iran restera dans le JCPOA si l’Europe peut l’aider à satisfaire ses principales demandes, à savoir : assurer les exportations de pétrole iranien et veiller à ce que les revenus pétroliers iraniens puissent être rapatriés par les canaux bancaires à l’abri de ceux des Américains », conclut l’expert. Les promesses européennes d’assurance pour l’exportation du pétrole risquent cependant d’être mises à mal par la seconde salve de sanctions américaines qui prendra effet le 4 novembre prochain, et qui portera essentiellement sur les énergies. En d’autres termes, le chapitre des négociations irano-européennes pour tenter de sauvegarder la présence et Téhéran au sein du JCPOA n’est pas encore achevé.


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