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Moyen Orient et Monde

La confiance entre Paris et Téhéran mise à mal

Diplomatie

Selon une note de service du Quai d’Orsay, les diplomates français ont reçu pour instruction de reporter leurs voyages en Iran en raison « de risques sécuritaires avérés ».

30/08/2018

Si Paris n’a pas hésité à se mettre en première ligne ces derniers mois pour tenter de maintenir l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien depuis le retrait de Washington en mai dernier, ses relations diplomatiques avec Téhéran semblent loin d’être au beau fixe en coulisses. Selon une note de service du secrétaire général du ministère français des Affaires étrangères en date du 20 août consultée par l’agence Reuters, les diplomates français ont reçu pour instruction de remettre à plus tard tout voyage prévu en Iran.

« Compte tenu de risques sécuritaires avérés ainsi que cela a déjà été le cas dans le passé, il est demandé à l’ensemble des agents du ministère, qu’ils soient issus de l’administration centrale ou des postes, de différer jusqu’à nouvel ordre et sauf impératif de service tout projet de voyage en Iran, notamment pour des raisons touristiques ou linguistiques », est-il écrit dans le document, a rapporté l’agence mardi. « Dans un contexte bilatéral marqué par les suites de l’affaire de Villepinte, les autorités iraniennes laissent supposer par leurs comportements un durcissement de leurs positions à l’égard de notre pays, ainsi que de certains partenaires », est-il précisé.

Aucun détail supplémentaire n’a filtré quant aux raisons de ces instructions qui ont également été transmises à d’autres services de l’État français. L’information a été révélée au lendemain de la prise de fonctions de François Sénémaud en tant que représentant personnel du président français pour la Syrie, quittant ainsi son poste d’ambassadeur de France à Téhéran. Selon Reuters, le Quai d’Orsay n’a pas souhaité faire de commentaire sur cette note et n’a pas dit si des mesures de rapatriement des familles du personnel diplomatique en Iran avaient été décidées.

La République islamique s’est empressée de balayer la recommandation de la note de service française d’un revers de main hier. « Les relations entre l’Iran et l’Europe, et en particulier entre l’Iran et la France, ont des détracteurs et nous devrions être vigilants face à leurs actions », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qasemi. Selon l’agence officielle iranienne IRNA, ce dernier a souligné que « la restriction imposée aux voyages (en Iran) des diplomates français n’est pas correcte ».

Pour justifier la mesure, la note du Quai d’Orsay se réfère directement à l’attentat déjoué en juin dernier visant un rassemblement de l’Organisation des moujahidine du peuple iranien (MEK), mouvement de résistance armée à la République islamique. L’événement, qui s’est tenu au parc des expositions de Villepinte en Seine-Saint-Denis, a rassemblé de nombreuses personnalités telles que l’ancien ministre français Bernard Kouchner et l’ancien maire de New York Rudy Giuliani.

Sans complaisance

Suite à une information transmise par le renseignement américain, un couple de Belges d’origine iranienne ont été interpellés le jour du rassemblement par les autorités belges avec une bombe artisanale à bord de leur voiture avant d’être inculpés de « tentative d’attentat terroriste et de préparation d’une infraction terroriste ». Un diplomate iranien travaillant pour l’ambassade d’Iran en Autriche a également été arrêté en Allemagne et trois hommes ont été interpellés à Villepinte puis placés en garde à vue dans le cadre de la même affaire.

Les soupçons des autorités françaises se sont rapidement tournés vers les services secrets iraniens, tandis que Téhéran s’est défendu de toute implication dans l’organisation de l’attentat déjoué face aux accusations du MEK. « Comme il est pratique : au moment où nous entreprenons une visite présidentielle en Europe, une opération présumée iranienne et ses “comploteurs” sont arrêtés », avait alors tweeté le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, avant de « condamner la violence et la terreur où qu’elles soient ».

Une version qui ne semble pas avoir convaincu les autorités françaises et qui pourrait faire monter les tensions sur d’autres dossiers liant Paris et Téhéran, avec les négociations sur l’accord nucléaire de 2015 en tête de liste. Pas plus tard qu’hier, le guide suprême de la révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que « l’accord nucléaire est un moyen, pas un but, et si nous constatons qu’il ne sert pas nos intérêts nationaux, nous pouvons l’abandonner ». Cette menace à l’égard des pays européens intervient deux jours après une conversation téléphonique entre le président iranien, Hassan Rohani, et le président français, Emmanuel Macron, à ce sujet. « La France déploie tous ses efforts pour sauver le plan d’action global commun (PAGC) et s’y est engagée », a déclaré le dirigeant français, selon IRNA. La note met toutefois en évidence l’érosion de la confiance de Paris envers Téhéran, à l’heure même où M. Macron a prévenu que « la France saura(it) prendre ses responsabilités sur le sujet iranien sans complaisance, mais en maintenant un dialogue étroit avec nos partenaires ».


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