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Liban

Le CPL et le Hezbollah concrétisent leurs plans extra-étatiques de rapatriements

Réfugiés syriens

Des formulaires ont été établis par les deux formations pour les soumettre aux déplacés.

01/08/2018

Alors que l’initiative russe pour le rapatriement de près de 890 000 réfugiés à partir du Liban avait laissé croire à un retour de ce dossier dans le giron de l’État, c’est l’impression contraire qu’a donnée hier l’annonce du modus operandi des comités conjoints du CPL et du Hezbollah chargés d’organiser le retour des réfugiés se trouvant dans les régions où les deux formations politiques ont une présence prépondérante.

Au lendemain d’une réunion de coordination entre le Hezbollah représenté par l’ancien député Nawwar Saheli, chargé du suivi de ce dossier, et les membres du « Comité central pour le retour des réfugiés » mis en place par le CPL et présidé par Nicolas Chedraoui, M. Saheli a révélé les détails de cette rencontre, ainsi que l’objectif visé par les deux formations politiques, à savoir la mise sur rails d’un processus parallèle de rapatriement, en attendant que se concrétise le projet parrainé par Moscou.

Lors du sommet d’Helsinki qui a réuni, le 16 juillet, les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Donald Trump, la Russie a proposé un plan de retour de réfugiés installés au Liban et en Jordanie, suggérant notamment la création d’une commission conjointe libano-russe chargée de plancher sur le retour de 890 000 Syriens installés dans le pays.

« Le Hezbollah ne cherche pas à se substituer à l’État. Une fois que le gouvernement prendra en charge le dossier, que le plan russe se concrétisera et qu’un contact sera établi avec le régime syrien, notre rôle prendra fin et nous nous mettrons à la disposition de l’État », a déclaré hier M. Saheli à l’agence al-Markaziya, avant d’ajouter que le parti chiite a décidé entre-temps de « remplir le vide laissé par l’État ».

L’ancien député a expliqué le mécanisme convenu entre le CPL et le parti chiite, qui ont déjà établi des formulaires à soumettre aux réfugiés se trouvant notamment dans les régions « communes » en vue de commencer à organiser le retour. « Chacune des deux parties a adopté le style qui lui convient », a-t-il dit, en expliquant que le CPL a choisi d’aller à la rencontre des réfugiés en se rendant sur place dans les camps, alors que le Hezbollah a décidé de les faire venir dans « ses centres ». M. Saheli a également expliqué que le CPL a choisi un formulaire calqué sur celui qu’emploie la Sûreté générale qui supervise depuis plusieurs mois un retour par vagues successives de réfugiés syriens. Le parti chiite a « toutefois choisi d’ajouter à ce formulaire quelques points supplémentaires », a indiqué l’ancien député sans donner de plus amples précisions sur ces modifications. Dans les prochains jours, un premier lot de formulaires concernant près de 2 000 réfugiés « sera envoyé au gouvernement syrien pour approbation », devait encore préciser M. Saheli.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : en attendant l’ambitieux plan russe, des rapatriements au compte-gouttes)


Le point de vue de Merhebi
Commentant cette double initiative du CPL et du Hezbollah pour L’Orient-Le Jour, le ministre d’État sortant chargé des Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, estime qu’il s’agit clairement d’un « empiètement sur les prérogatives de l’État qui s’est clairement engagé et de manière officielle à souscrire à l’initiative russe ».

M. Merhebi, qui était présent à la réunion de jeudi dernier à Baabda, au cours de laquelle une délégation russe a présenté aux plus hauts dirigeants libanais le plan de Moscou pour le retour des réfugiés, a souligné la volonté russe de traiter exclusivement avec les gouvernements et les autorités des pays concernés pour coordonner le processus du retour. Le ministre affirme toutefois ne pas se faire d’illusions sur le temps que prendra le projet russe pour se mettre en place, les conditions pour sa réussite – les fonds nécessaires, la logistique à mettre en place à l’accueil et la couverture onusienne – n’étant pas encore réunies.

Du côté de la Sûreté générale, on assure que le processus de rapatriements par (petites) vagues successives va se poursuivre en attendant que se décante le projet russe. Dans un entretien express accordé à L’OLJ, un responsable de la SG affirme qu’aussi bien la Sûreté que les autorités syriennes sont en train de « régulariser la situation de ceux qui souhaitent rentrer ». Parmi les facilités consenties par la SG, l’exemption d’amendes à payer à cette institution sécuritaire pour ceux qui s’en étaient dérobés, faute de moyens. À la question de savoir si l’initiative prise conjointement par le CPL et le Hezbollah n’est pas susceptible de saper le rôle et le prestige de la Sûreté dont le directeur, Abbas Ibrahim, a officiellement été chargé par le président de superviser les rapatriements, le responsable répond : « Non, puisque que nous œuvrons pour le même objectif.

De toute manière, le processus final ne peut que transiter par la Sûreté qui est le seul organe habilité à contrôler les départs à partir du Liban. » Il ajoute, à ceux qui affirment que l’intervention du CPL et du Hezbollah dans ce dossier nuit à l’État, que « c’étaient également des partis et associations qui ont fait venir les réfugiés au Liban », comprendre le courant du Futur et les associations proches de lui. Pour Ziad el-Sayegh, expert en matière de politiques publiques et de réfugiés, la solution à ces interventions extra-étatiques dans le dossier des rapatriements se trouve entre les mains du Premier ministre, Saad Hariri, « qui devrait convoquer le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et les ministres du Hezbollah pour les rappeler à l’ordre en leur faisant valoir qu’une initiative internationale, sous parrainage russe, est déjà en place ». Le dossier du rapatriement a fait l’objet hier d’une réunion qui s’est tenue entre M. Ibrahim et le secrétaire général du Conseil supérieur syro-libanais, Nasri Khoury. Aucune information n’a été divulguée à l’issue de cette rencontre.



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IMB a SPO

Nettoyage ethnique en cours. Est-ce qu'il ya dans ces formulaire une mention de la religion des refugies? Sunnites - NON, Chiite / Alaouite OK> Et pourquoi le Hezb veut il que les refugies se presentent chez lui pour remplir le questionnaire sinon pour pouvoir faire le tri lui meme? Mascarade!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS L,ENGAGEMENT ET LES GARANTIES DE L,ONU AUX REFUGIES TOUS CES PLANS ANNONCES VONT ECHOUER CAR UNE INFIME PARTIE DES REFUGIES CONSENTIRAIT A UN RETOUR RISQUE !

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