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Liban

Le tandem chiite se fissure-t-il déjà ?

Amal-Hezbollah

Hassan Nasrallah a dû intervenir personnellement pour faire cesser la guerre virtuelle entre les deux formations après l’épisode de la barge turque à Zahrani.

08/08/2018

Les controverses en chaîne générées depuis l’arrivée sur la côte libanaise du troisième navire-centrale turc, Esra Sultan, ont pris une tournure ubuesque, en embrasant simultanément plusieurs fronts, mettant cette fois-ci face à face le mouvement Amal et le Hezbollah, les alliés chiites inconditionnels.

Après plusieurs jours de confrontation virtuelle entre les partisans des deux formations, sur fond d’une querelle autour de l’« éjection » par Amal de cette troisième barge de Zahrani où celle-ci était censée fournir au Liban-Sud notamment quatre à cinq heures de courant supplémentaires, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est intervenu pour rappeler les sympathisants des deux formations chiites à l’ordre, craignant un débordement aux effets pervers.
L’intervention du numéro un du Hezb est survenue après la guerre verbale qui s’est déroulée au cours du week-end dernier entre des internautes des deux camps et qui a fini par dégénérer en insultes et accusations de corruption dirigées contre le président du Parlement, Nabih Berry. Ce dernier a été qualifié par des sympathisants du Hezbollah actifs sur les médias sociaux de « symbole suprême de la corruption », qu’ils ont également accusé d’« entraver le développement du pays ». La réponse des sympathisants de M. Berry n’a pas tardé. Dans un hachtag intitulé « #Nous avons l’honneur de vous affronter », ils ont traité les internautes du Hezbollah de « singes électroniques » et d’« instigateurs de discorde interchiite ».

Cet échange virulent a fait suite à la campagne menée, samedi dernier, par les députés du bloc Amal en vue d’interdire au navire-centrale Esra Sultan de larguer ses amarres près de la centrale de Zahrani, alors même que le Hezbollah était très favorable à la venue de cette barge au Sud. Ce dernier espérait ainsi obtenir un supplément de courant électrique et calmer sa base au Liban-Sud, une région particulièrement visée par les rationnements du courant.
Les partisans d’Amal avaient motivé leur refus, d’abord par des raisons écologiques, pour soutenir sitôt après la thèse du refus d’une solution temporaire qui saperait tout projet de réhabilitation des centrales de la région, comme l’a fait valoir le ministre sortant des Finances, Ali Hassan Khalil, lors d’une manifestation de protestation.

Dans une tentative de calmer le jeu, les deux formations ont fini par convenir lundi d’une réunion urgente qui a rassemblé, dans la banlieue sud, les chefs de file des deux partis, à savoir Ali Hassan Khalil et Ahmad Baalbacki du mouvement Amal, Hussein Khalil, le bras droit de Hassan Nasrallah, et le responsable de la sécurité, Wafic Safa, du Hezbollah. Dans un communiqué, les deux parties ont évoqué la bataille médiatique « autour de points de vue divergents sur la question de l’électricité ». Cette bataille, précise le communiqué, a été suivie « d’analyses de presse qui ont clairement cherché à exacerber la tension entre les deux parties ». Les responsables des deux formations ont toutefois réaffirmé « la solidité » des relations au sein du tandem chiite.

La veille, le chef du bloc du Hezbollah, Mohammad Raad, avait reconnu, dans une vidéo inédite sur les médias sociaux, l’existence de « divergences » avec Amal, précisant clairement que le Hezbollah « n’est pas d’accord avec l’interdiction de l’amarrage du navire-centrale à Zahrani ».
Dans une tentative de couper court aux manœuvres d’Amal, qui cherchait vraisemblablement à gagner en popularité locale en s’opposant à l’accueil du navire à Zahrani, M. Raad s’est adressé à son tour aux sympathisants de son parti en démentant « les accusations selon lesquelles le Hezbollah fermait l’œil sur les privations dont pâtit la région du Sud ». 

Ce bras de fer, que le Hezbollah espère avoir réussi à étrangler dans l’œuf, s’est produit alors que la base populaire des deux formations chiites ignorait de toute évidence les motifs réels qui ont empêché Esra Sultan d’accoster près de la centrale de Zahrani. C’est ce que confirme un responsable du Hezbollah en soulignant à L’OLJ que les internautes en guerre « n’étaient même pas au courant des failles techniques au niveau de la centrale, non habilitée à accueillir le navire ». Le responsable s’est toutefois abstenu de répondre à la question de savoir si le parti chiite – qui avait plaidé il y a deux semaines pour l’accueil de la barge à Zahrani – était au courant des failles techniques au niveau de cette centrale.
Interrogé, un expert a confié à L’OLJ que Zahrani n’était pas équipé pour ce type d’opérations « que ce soit pour ce qui est de la sous-station chargée de l’évacuation du courant que pour la logistique d’amarrage nécessaire ».
Des failles que le ministre sortant de l’Énergie, César Abi Khalil, avait lui-même admis il y a quelques jours, en affirmant, dans un entretien à la LBCI, que « les travaux de préparation pour l’accueil d’Esra Sultan à Zahrani n’avaient pas pu être achevés à temps », le navire ayant été conduit, dans un premier temps, à Jiyé.

Dans les milieux hostiles au président de la Chambre au Liban-Sud, on évoque d’autres raisons, concomitantes au contexte de confrontation politique avec le CPL, dont relève le ministre de l’Énergie, qui auraient également poussé le mouvement Amal à interdire l’accès de la troisième barge à Zahrani. Selon ces milieux, les propriétaires des générateurs privés, dont le président de la municipalité de Ghaziyé, Mohammad Samih Ghaddar, s’étaient rendus auprès de M. Berry, il y a deux semaines, pour protester contre l’accueil de la barge susceptible de porter atteinte à leurs intérêts. M. Berry aurait « obtempéré », dit-on dans ces milieux.


Pour mémoire
Esra Sultan perd le cap... Les Libanais aussi    

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CES BARGES FERRAILLES TURQUES AMARREES EN RADE D,ELEFSIS EN GRECE... IL Y EN A ENCORE 3/4... N,ONT DE CLIENTS PARAIT-IL QUE LE LIBAN OU LA LATTA PROSPERE !

Gebran Eid

QUAND L'ARGENT N'ARRIVE PLUS DE L'IRAN , IL FAUT S'ATTENDRE À TOUT ENTRE LES DEUX FORMATIONS CHIITE.

Pierre Hadjigeorgiou

Le Hezbollah comme le CPL, en voie de popularité constamment en baisse, savait que la barge ne peut accoster ni a Jiyeh ni au Sud. D'un commun accord il l'ont envoie a Jiyeh sachant que le PSP la rejetterai et donc se trouvera plus tard confronté a une grogne que les deux larrons, bien entendu rejetteront sur Joumblatt. Ils l'ont alors envoyé au Sud. L’opération apparemment ne pouvant être effectuée, ils pourraient alors jeter la faute sur les employés de l’électricité pour mauvaise gérance, et qui, comme tout le monde sait, sont en majorité des supporters d'Amal puisque c'est Berry qui leur a trouvé de juteux boulots! Mal leur en a pris puisque le conflit s'est rependu comme de la poudre en feu, mettant a jour les potentiels conflits entre les deux larrons Chiites. En fait isl sont tout autant corrompu l'un que l'autre, mais le Hezbollah laisse la part du Lion a Amal pour s'assurer de son soutient. Sauf qu'a présent les enjeux sembles changer car les Chiites en ont tout autant marre de leur actions que le restant des Libanais preuve et est les dernières élections municipales et parlementaires... et ce n'est pas fini car lorsque le bateau coule, les rats cherchent a sauver leur peau... Les sanctions américaines sont en train de faire des ravages et personnes n'y peut plus rien... Attendez et regardez venir ce qui se pointe a l'horizon... Nous verrons qui aura le dernier mot! Assad, Hezbollah et leur sbires ou les souverainistes?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

N,Y COMPTEZ PAS TROP LA DESSUS !

George Khoury

qu'ils commencent par payer les factures d'electricite avant de donner plus de courant

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