Le village préféré des Libanais - 2018

#10 Qartaba, béni de Dieu et des hommes

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

La nature l’a gâté. Les hommes ont fait le reste. Qartaba, ou « le froid tempéré » en syriaque dit-on, est de ces villages de moyenne montagne à flanc de colline où il fait bon vivre. Non seulement pour son climat doux et clément, pour ses senteurs fruitées qui titillent les narines, pour ses collines et ses vallées vertes qui plongent dans les eaux de Nahr Ibrahim, mais aussi pour sa profonde sérénité et son authenticité préservée. Une authenticité attachante, qui suscite la curiosité du visiteur et l’invite le temps d’une journée ou d’un week-end à retrouver le lien avec la nature, la religion et les habitants. Des habitants tellement attachés à leur village qu’ils ne peuvent envisager de s’endormir ou de se réveiller ailleurs. Même si les raisons économiques les poussent à émigrer vers le littoral ou la capitale, ils y reviennent vite, pour rester plus proches de leurs racines.
Dès l’entrée du village, le ton est donné. Un cadran solaire en pierre est là pour rappeler l’heure. Non pas celle d’été ou d’hiver, mais l’heure authentique indiquée par l’ombre. Celle qui guide les agriculteurs et les producteurs de pommes, mais aussi les randonneurs dans leurs périples à la découverte des réserves de chênes, de pins et de genévriers. Celle qui mène aussi les pèlerins, venus se recueillir dans ces montagnes paisibles, propices à la spiritualité.



Une église, une histoire
La découverte de la bourgade peut alors commencer. Avec sa dizaine d’églises maronites et ses nombreuses chapelles et niches destinées à la Vierge ou aux saints, elle s’impose comme une destination incontournable du tourisme religieux libanais. Elle abrite le couvent Mar-Sarkis-et-Bakhos (saints Serge et Bacchus) qui est considéré comme le premier couvent officiel de l’Ordre libanais maronite (OLM) dans le caza de Jbeil, avec son église en pierre de taille construite en 1536 et son école. Dans une chapelle annexe reposent deux moines, le père Daniel el-Hadathé et le père Youssef Abi Ghosn Jbeili que la congrégation entreprend de faire canoniser.
À Qartaba, chaque église raconte son histoire. À commencer par les trois églises paroissiales, construites en pierre de taille et agrandies au fil des siècles, où se pressent les fidèles le dimanche et les jours de fête. Cette histoire, on peut la lire sur la pierre, sur une porte, sur un clocher, ou l’entendre de la bouche d’un ancien du village. Mar Élias Assaha, baptisée aussi la cathédrale, car s’y déroulent les cérémonies officielles, a été inaugurée en 1904 par le patriarche Arida, après des travaux d’agrandissement. Le curé de la paroisse, le père Charbel Challita, raconte que le prêtre qui officiait à l’époque, voyant que les travaux n’avançaient pas, avait menacé de ne pas dire la messe si les habitants ne se mobilisaient pas. Ces derniers ont aussitôt formé une chaîne humaine, pour transporter le sable depuis la colline d’en face. Notre-Dame Herzmaniyé, qui porte son nom du sable rouge foncé de la région, a elle aussi sa petite histoire d’antan. Sa porte cochère a été condamnée, pour empêcher le seigneur chiite du village voisin de s’inviter à dos de cheval dans ce lieu de culte dédié à la Vierge. Enfin, Mar Teddy, la plus petite des trois, mais aussi l’église la plus ancienne de la localité, était initialement baptisée Mar Yahouza. Mais pour les raisons que l’on connaît, son nom a été modifié.
Les habitants de Qartaba sont pieux et pratiquants. Ils l’ont toujours été. Même les sommets des collines sont témoins de cette foi profonde et arborent une croix ou une statue de la Vierge, qui veille sur la région. C’est donc par milliers qu’en été, les fidèles escaladent les pentes, en processions religieuses, pour célébrer telle ou telle fête religieuse. Balisé et planté par le conseil municipal, un chemin de croix entend bien mener les habitants jusqu’au sommet de la montagne, le 14 septembre prochain, à l’occasion de la fête de la Croix qui marquera la fin de la saison estivale.

Le vin bleu

D’autres chemins naturels, plus ou moins ardus, font aussi la joie des randonneurs de tous âges. Chaque week-end, l’ancien député de la localité, Farès Souhaid, emprunte les routes du jurd avec de jeunes marcheurs, à la découverte d’une nature encore vierge. Parallèlement, des circuits professionnels de randonnée et d’escalade se mettent en place. Il faut dire que la localité s’y prête, avec ses pentes boisées et rocailleuses qui surplombent des maisons de pierre aux toits rouges bâties à l’ombre de pommiers, de cerisiers ou de citronniers. Réussira-t-elle à préserver ce patrimoine et à protéger ses larges terres cultivées, aussitôt terminés les travaux de construction de la nouvelle route, qui devrait permettre d’ici peu un accès plus aisé à Qartaba ?
Le village étant bien entouré, la curiosité peut pousser le visiteur à dépasser ses frontières et à faire un tour du côté du temple romain de Yanouh, de la grotte d’Afqa, de Aqoura et de Laqlouq. Et parce que sa réputation l’a précédé, le Château Wadih est un must, dans le village voisin de Mghayré lié à Qartaba, où un médecin urologue, le Dr Boutros Bou Younès, produit du vin bleu. Il est d’ailleurs le seul producteur de vin au Moyen-Orient à en fabriquer. À tel point qu’il produit et vend plus de 10 000 bouteilles par an, qu’il est désormais sollicité par le Canada et l’Italie, intéressés par son breuvage. D’abord un hobby, le vin est vite devenu une passion pour le viticulteur qui produit également du vin traditionnel, mais aussi du cidre à base de fruits de la région. Le vin bleu mérite le détour et la dégustation, servi avec du pain et un assortiment de fromages. Produit à base de vin blanc, tirant sa couleur bleue de la peau du raisin noir par électrophorèse, ce breuvage né en Espagne et au Portugal est très prisé des jeunes.
Difficile de s’extraire de Qartaba sans une pointe de regret. L’authenticité de ce village, ses paysages naturels, l’accueil chaleureux de ses habitants et leur amour pour leur région sont tellement attachants. Mais le vide laissé par la disparition de la vallée paradisiaque de Janné est palpable. À tel point que les questions fusent. Le barrage en construction alimentera-t-il la localité en eau ? Les rives du barrage seront-elles la proie d’investisseurs immobiliers sans scrupules, aussitôt le barrage terminé ?

Comment y accéder

Qartaba est à 58 km au nord de Beyrouth, dans le caza de Jbeil, à une heure et dix minutes de voiture de la capitale. Le village est aussi accessible par Laqlouq.
Pour y accéder, prendre l’autoroute du Nord et emprunter la bifurcation de Nahr Ibrahim. Passer par Aalita, Fatré, Souwané et jusqu’à Qartaba.

À ne pas rater

– Ses églises, en commençant par Mar Teddy, Notre-Dame Herzmaniyé, Mar Élias Assaha, situées toutes trois autour du siège de la municipalité et de la place du village. Visiter aussi l’église Mar Challita dans la vallée.
– Le vieux couvent Mar Sarkis et Bakhos.
– Ne pas hésiter à se promener dans le village. Pousser vers la vallée ou le jurd pour une randonnée, se rendre au village voisin de Mghayré au Château Wadih pour une dégustation de vin bleu.
– Le festival et le carnaval de Qartaba, en août. La fête de la Vierge et la fête de la Croix.
– Acheter des produits du terroir mis en vente au centre de Qartaba de production agricole.

Fiche technique

– Superficie : non identifiée.
– Altitude : le village culmine à 1 250 mètres d’altitude.
– Nombre d’habitants : 500 environ en hiver et plus de 5 000 en été, lors des festivals.
-  Célébrités issues du village : Antoun Souhaid et Farès Souhaid, anciens députés. Emile Rouhana Sakr, ancien ministre.
– Président du conseil municipal : Fady Martinos.
– Chalets à louer, Francity (Marc Francis : 70-880644). Hôtel Rivoli (Majed Karam : 03-731032, 09-405002). Hôtel Alberto (Charbel Albert Cherfane : 03-503550).
– Restaurants : Sofret Cherfane, restaurant et piscine (Tony Jamil Cherfane : 03-247297). Francity (70-880644). Bacho Café (Béchara Salem : 71-822037). Sur la place du village, plusieurs snacks et boulangeries, comme le café-trottoir Fornetti (09-407001), vendent des manakich ou des galettes à la viande (lahm bi ajine).

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Stes David

Intéressant, la nature semble très belle à Qartaba, on peut éspèrer que le barrage de la vallée de Janné ne change pas cela. Apparement le village mérite aussi une visite comme ses églises et ses restaurants et snacks pour prendre un café. "Mar Teddy" c'est un nom d'église qui peut-être fait réference au Théodore de Mopsueste dit également Théodore d'Antioche (une figure d'après wikipedia condamné posthume par l'Eglise romano-byzantine) mais je ne suis pas certain de cela, et il faudrait aller visiter et promèner à ce beau village pour en apprendre plus.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN TRES BEAU VILLAGE PANORAMIQUE COMME IL Y EN A TANT DANS NOTRE LIBAN !

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UN TRES BEAU VILLAGE PANORAMIQUE COMME IL Y EN A TANT DANS NOTRE LIBAN !