Le village préféré des Libanais - 2018

#8 Kfour, l’amphithéâtre du Ftouh-Kesrouan

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

Au Liban, trois villages portent le nom de Kfour : un premier Kfour est perché à Nabatiyé, au Liban-Sud, un Kfour Arabah est situé en opposition, au Liban-Nord, et notre petit Kfour, perle du Ftouh- Kesrouan, orne particulièrement bien le Mont-Liban.

À 40 minutes seulement de Beyrouth, l’air embaume une multitude de parfums envoûtants, au fur et à mesure qu’on s’approche de ce village paradisiaque niché au flanc de la montagne, sur les hauteurs qui surplombent la baie de Jounieh. On y accède par un chemin jalonné de pins colossaux qui sent bon l’air frais de la montagne.
Kfour est le pluriel de Kafr. L’origine du mot est syriaque et veut dire village. Sur le plus haut sommet de Kfour, une croix gigantesque est perchée. Dénommé « Ras el-Knissé » (le sommet de l’église), ce site surplombe un paysage divin, qui s’offre aux visiteurs après quelques minutes de marche le long d’une piste abandonnée. Cet espace est convoité par les touristes et autres amoureux de nature qui y viennent pour contempler un phénomène assez impressionnant : un brouillard intense en plein été qui camoufle la vue plongeante que l’on a normalement sur des collines verdoyantes et sur le littoral et la baie de Jounieh, mais qui donne à la vallée un charme presque magique.
« Notre village est souvent qualifié d’amphithéâtre parce qu’il offre une vue de presque 180 degrés sur le littoral du Kesrouan », souligne fièrement le président de la municipalité, Antoine Abi Saab.
L’ambiance conviviale à Kfour est palpable dans tous les coins du village, où chaque fête est l’occasion d’une célébration. Les villageois mentionnent avec euphorie l’Assomption durant laquelle ils se regroupent dans le stade sportif, pour une fête organisée dans une ambiance libanaise authentique. Ils appellent leur festival Kfouriyat, et invitent, à cette occasion, de célèbres chanteurs et acteurs pour animer leurs soirées.



« Le meilleur taouk »
À Kfour, deux paysages se confondent avec harmonie : un paysage typique libanais fait de maisons en pierre aux toits de tuiles rouges, et un autre plus grandiose, plus récent, mais tout aussi époustouflant. Plusieurs Kfouriotes, autrefois immigrés, sont revenus au village et y ont construit de luxueuses villas qui côtoient les bâtisses anciennes dans une harmonie qui accentue le charme de cette bourgade, dont l’histoire est racontée par Me Charles Abi Saab, fils du père Youssef Abi Saab, l’auteur d’un ouvrage sur Kfour. D’après lui, une partie du village a été bâtie sur des ruines croisées. Mais l’histoire reste malheureusement gravée dans les livres et les mémoires. Il n’en reste rien de tangible.
Quoi qu’il en soit, ce contraste entre tradition et modernité est également flagrant dans l’architecture des églises. L’église Saint-Charbel est la plus ancienne du village, fondée sur les ruines d’un temple païen. Elle se caractérise, tout comme l’église Sainte-Marie de l’Enchif, par ses pierres blanches, sa pureté et sa modestie. Dans le centre de Kfour s’élève l’église Saint-Georges, en cours de restauration, mais qui aura, d’après les villageois, un air grandiose et moderne, une fois les travaux achevés.
Kfour tente de renouveler son paysage, tout en gardant les empreintes du passé. Presque tous les immeubles, vestiges et églises changent avec le temps, mais le restaurant d’Abou Tony embrasse son identité depuis une trentaine d’années et accueille les touristes des quatre coins du monde. « Le meilleur sandwich de taouk au monde se trouve chez Abou Tony », a répondu une femme pourtant interrogée sur les vestiges de Kfour. Et elle n’avait absolument pas tort !

Le sentier des sources
C’est donc au terme d’un repas bien copieux chez Abou Tony que s’impose la visite du sentier des sources, joyau caché de Kfour. Il est accessible – de préférence en baskets et habits de sport – par quatre chemins différents, mais l’entrée principale du côté de la source Breich est accessible par la rue de l’église Sainte-Marie de l’Enchif dans la vallée du village. « Les ruelles qui facilitaient le déplacement de nos ancêtres sont riches en vestiges et nous avons pris l’initiative de les mettre en relief », affirme Patrick Abdel Hay, membre de la municipalité de Kfour.
Le sentier doit son nom aux cinq sources d’eau potable dans la vallée de Kfour : la source Breich, la source Mikaël, la source el-Kroum, la source al-Sefsafi et la source Henbles. Elles alimentent une flore riche en pins, chênes, cèdres, oliviers et arbres fruitiers. Le cours d’eau limpide jaillissant généreusement des roches contribue à la fraîcheur ambiante. Pour les habitants du village, l’eau provenant de ces sources a un effet curatif sur un grand nombre de maladies.


Sur le sentier menant aux sources, les randonneurs admirent un vieux four à chaux et une magnanerie. Le four à chaux ou « chaufour » permettait de transformer le calcaire en chaux par calcination. La magnanerie, elle, servait à l’élevage du ver à soie qui constituait une des ressources les plus importantes pour les habitants de Ftouh-Kesrouan.
Le premier aménagement du sentier a été effectué au cours de l’été 2013 par un groupe de sept jeunes Français des Yvelines, et de six scouts libanais de Kfour, qui ont débroussaillé et balisé sommairement le chemin, posé des bancs et des tables de pique-nique et mis en place les panneaux indicateurs. En août 2015, c’est un autre groupe qui a accompli la dernière étape préparatoire. Le sentier de 4,5 km accueille désormais les randonneurs, dans un cadre paisible qui respecte le patrimoine riche environnant et la palette de couleurs chatoyantes qui font de Kfour et de son sentier une merveille du Kesrouan.
Des activités sportives ont souvent lieu dans différents espaces du sentier aménagé, comme notamment le yoga. Des excursionnistes de tous les coins du monde se rendent à Kfour, village que le gouvernement libanais, par son décret numéro 1820, a considéré parmi les destinations touristiques du pays. M. Abdel Hay note à ce propos que « le sentier des sources fait aujourd’hui partie des meilleurs endroits pour randonnée au Liban ».


Comment y accéder

En venant de Beyrouth sur l’autoroute du Nord, bifurquer au niveau de Maameltein vers Kfarhbab et emprunter la route Ghazir - Jdeidet Ghazir - Kfour.


À ne pas rater

– Une randonnée dans le sentier des sources.
– Les 3 églises : Saint-Charbel, Saint-Georges et Sainte-Marie de l’Enchif.
– L’espace Ras el-Knissé pour contempler les villages voisins et le coucher du soleil.
– Un déjeuner chez Abou Tony : 09-780545.

Fiche technique

– Superficie : 5 km2.
– Altitude : 400 m à 1 000 m.
– Distance de Beyrouth : 35 km.
– Nombre d’habitants : 3 000.
– Président du conseil municipal : Antoine Abi Saab.
– Hôtels et restaurants : Beit Trad : 70-414242.
– Climat : modéré en hiver, brumeux en été.
– Écoles : deux, une privée et une publique.
– Habité été comme hiver.


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Stes David

Article intéressant et j'éspère un jour promener à Kfour en suivant le sentier des sources et de voir l'histoire du 'ver de soi' (magnan) et la magnanerie à Kfour.

Le Faucon Pèlerin

A la fin de votre visite à Kfour, en retournant, vous arrivez à Jdeidet-Ghazir, arrêtez-vous aux petits dekkan de fruits et légumes pour acheter les célèbres tomates de cette localité, en espérant que les pesticides n'ont pas encore envahi l'agriculture locale. Elles sont les meilleures du Liban, sans exagération.