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Le régime syrien hisse le drapeau national à Deraa, berceau de la révolte

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"Probablement dans les jours à venir, les combattants refusant la réconciliation seront évacués (...). Puis le régime entrera officiellement et procédera à des vérifications", confie le militant Omar al-Hariri. "A ce moment là, on pourra dire que la ville est totalement sous son contrôle", ajoute-t-il.

OLJ/Agences
12/07/2018

L'armée syrienne a hissé jeudi le drapeau national dans le secteur rebelle de la ville de Deraa, berceau de la révolte contre Bachar el-Assad en 2011, un geste symbolique qui illustre la nouvelle victoire engrangée par le régime et son allié russe.
Un correspondant de l'AFP à Deraa a pu voir un convoi de policiers militaires russes et d'officiers du régime syrien, accompagnés de journalistes, entrer dans le centre de Deraa, chef-lieu de la province du même nom, pour la cérémonie.

Une nouvelle fois, le président syrien a eu recours à une stratégie alliant bombardements meurtriers et négociations parrainées par Moscou, pour faire plier les rebelles dans cette province méridionale, un secteur sensible bordant la Jordanie et la ligne de démarcation avec Israël sur le plateau du Golan, en partie annexé par l'Etat hébreu.

Près de trois semaines après l'offensive lancée par le régime dans cette province, les factions insurgées ont été contraintes d'accepter le 6 juillet un accord dit de "réconciliation" négocié par la Russie, qui s'apparente en fait à une capitulation.
Cet accord impose aux rebelles l'abandon de leur artillerie lourde et moyenne. Il prévoit aussi le retour des institutions étatiques dans les secteurs insurgés et le départ des combattants refusant de rester sous contrôle du régime vers la province d'Idleb (nord-ouest) qui échappe encore en grande partie aux forces d'Assad.

"Des unités de l'armée syrienne (sont) entrées à Deraa al-Balad (centre-ville) et ont hissé le drapeau national sur la place publique", a indiqué jeudi l'agence de presse officielle Sana.
Mais le geste est pour l'instant "symbolique" a estimé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), en précisant que les procédures prévues par l'accord n'ont pas encore été entamées. "Les factions rebelles sont encore dans la ville de Deraa, celles qui veulent la réconciliation doivent encore abandonner leur artillerie, les procédures n'ont pas encore commencé", a déclaré le directeur de l'ONG, Rami Abdel Rahmane.


Démoraliser les rebelles
"Probablement dans les jours à venir, les combattants refusant la réconciliation seront évacués (...). Puis le régime entrera officiellement et procédera à des vérifications", confie à l'AFP le militant Omar al-Hariri, dans la cité de Deraa. "A ce moment là, on pourra dire que la ville est totalement sous son contrôle", ajoute-t-il.

L'accord de Deraa constitue un nouveau revers pour la rébellion anti-Assad.
Grâce au soutien militaire de ses alliés russe et iranien, Damas contrôle désormais plus de 60% du pays, ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts et des millions d'exilés.

Située à une centaine de kilomètres de la capitale, la perte de Deraa est d'autant plus symbolique que la ville est considérée comme le "berceau" des manifestations anti-Assad de 2011. C'est ici qu'avait jailli l'étincelle du soulèvement pacifique qui s'est mué en guerre après la répression sanglante du régime. Le 6 mars 2011, une quinzaine d'adolescents séduits par les révolutions tunisienne et égyptienne, avaient ainsi gribouillé sur les murs de leur école des slogans hostiles au président Assad. Mais après plus de sept ans de guerre, le pouvoir syrien a repris plus de 80% de la province de Deraa. Des localités rebelles dans l'ouest attendent toujours une application de l'accord.

Pour l'analyste Nick Heras, en hissant le drapeau dans la ville de Deraa, le pouvoir cherche à démoraliser les rebelles qui s'opposent encore à une reprise de leurs secteurs dans la province.
"Deraa devait être un bastion de la révolution, résistant à Assad jusqu'au bout", mais maintenant le régime "peut diffuser des images pour montrer au monde que la ville ne peut plus combattre", a dit cet expert au Center for a New American Strategy.

Dans le sud-ouest de la province de Deraa, le régime mène des raids aériens contre un secteur tenu par l'Armée Khaled ben al-Walid, un groupuscule jihadiste ayant prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI). Ces jihadistes sont emparés jeudi de la localité de Heet, au terme de combats avec des rebelles ayant fait près de 30 morts, selon l'OSDH.
Les rebelles qui tenaient cette localité avaient récemment accepté, dans le cadre de l'accord dit de "réconciliation" avec le régime, qu'elle passe sous son contrôle, mais les forces gouvernementales ne s'y étaient pas déployées.

(Lire aussi : L’après-Deraa : régler, désormais, la question de l’influence iranienne en Syrie)



Missiles israéliens 
Après Deraa, l'offensive gouvernementale devrait se tourner vers les positions rebelles de la province de Qouneitra, près du plateau du Golan. La tension est d'ailleurs montée dans les territoires rebelles de ce secteur du sud de la Syrie et qui borde directement la ligne de démarcation avec Israël. Dans la nuit de mercredi, des missiles israéliens ont touché des positions de l'armée syrienne dans cette province. L'armée israélienne a confirmé avoir frappé "trois positions militaires en Syrie" après avoir "intercepté" un "drone syrien".
Trois ennemis d'Israël sont impliqués dans le conflit syrien: le régime, l'Iran et le Hezbollah.

En raison de l'offensive du régime dans le Sud, 325.000 personnes avaient dû fuir leurs foyers selon l'ONU. Quelque 200.000 déplacés sont toujours installés près de la ligne de démarcation avec Israël, a précisé l'organisation. D'autres dizaines de milliers ont eux profité de l'accalmie après l'accord dit de réconciliation pour rentrer chez eux.

Malgré la progression du régime, la Syrie reste morcelée. Les insurgés contrôlent encore des territoires dans le Nord, où ils sont protégés par la Turquie. Les combattants kurdes appuyés par Washington tiennent eux des zones dans le Nord-Est, tandis que la province d'Idleb est dominée par des jihadistes de l'ex-branche d'el-Qaëda.


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