Liban

L’étrange flou officiel autour du poste de SG adjoint de l’UPM

Décryptage
07/07/2018

À l’heure où les responsables des tractations pour la formation du gouvernement prennent une pause, le Liban risque de laisser passer la chance d’obtenir le poste de secrétaire général adjoint pour le transport et le développement urbain au sein de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Cette organisation intergouvernementale qui avait été créée en 2008, sur l’impulsion du président français Nicolas Sarkozy, se voulait une structure destinée à favoriser le dialogue autour du bassin méditerranéen, entre les pays du Nord et du Sud en particulier, et elle a établi son siège à Barcelone. 

M. Sarkozy parti, l’organisation a été quelque peu négligée avant d’être « récupérée » par l’Union européenne, qui, aujourd’hui, la copréside avec un autre pays membre, en général du sud du bassin méditerranéen. L’organisation regroupe actuellement 43 membres, les 28 de l’UE et 15 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Depuis 2011, la Syrie a suspendu sa participation à cause des sanctions économiques qui ont été imposées au régime, et, actuellement, c’est la Jordanie qui la copréside aux côtés de l’UE.

Dans cette organisation, il existe plusieurs postes importants partagés entre les pays du nord du bassin méditerranéen et ceux du Sud. Ces postes sont distribués en tenant compte du contexte politique et notamment du conflit israélo-palestinien et de la position de la plupart des pays arabes ayant un accès sur le bassin méditerranéen à l’égard d’Israël. 

Depuis l’élection du nouveau secrétaire général, l’Égyptien Nasser Kamel, trois postes sont à pourvoir, le SG adjoint pour le développement des entreprises et des emplois, le SG adjoint pour l’éducation supérieure et la recherche, et le SG adjoint pour le transport et le développement urbain. Ce dernier poste était occupé par un Égyptien et il devrait en principe être remplacé par un autre représentant des pays arabes. C’est dans ce contexte que le Liban a une chance réelle de l’obtenir, grâce à la candidate Rima Tarabay, vice-présidente de l’ONG Bahr Loubnan (présidée par Nazek Hariri) et qui se bat sur tous les fronts pour tenter de donner au Liban son premier poste décisionnel au sein de l’UPM. En effet, depuis la création de cette instance, le Liban en est membre et assiste à toutes les réunions. Mais il n’a jamais postulé pour une fonction importante en raison de la présence active d’Israël dès qu’il y avait un poste vacant. Cette fois, de l’avis de plusieurs diplomates, le poste libéré par le représentant de l’Égypte (qui occupe désormais celui de secrétaire général) pourra revenir au Liban, s’il présente une candidature officielle dans les délais. 

Rima Tarabay était donc toute désignée pour avoir ce titre, mais sa candidature s’est heurtée à une opposition ferme et quelque peu diffuse. En principe, étant proche du Premier ministre Saad Hariri (elle était aussi une proche conseillère de Rafic Hariri), c’est lui qui a proposé son nom au ministère des Affaires étrangères qui doit faire les formalités officielles pour la présenter à l’UPM. La lettre officielle aurait donc été préparée, mais son envoi a été suspendu. La raison officielle invoquée pour justifier le gel, c’est qu’il y aurait eu un rapport des SR de l’armée émettant des doutes sur la personne de la candidate libanaise. Rima Tarabay a mené une enquête auprès des autorités concernées et elle a abouti à la conclusion suivante : le Hezbollah serait derrière l’opposition à sa candidature. Cette opposition se serait d’ailleurs concrétisée à travers un article publié dans le quotidien al-Akhbar (en date du 29 mai) et dans les commentaires sur les réseaux sociaux de Omar Najah Wakim (candidat aux législatives pour la circonscription de Beyrouth 2 et proche du Hezbollah). Considérant qu’il y avait de la diffamation dans ses commentaires, Rima Tarabay a porté plainte contre lui, et la justice suit son cours. 

Mme Tarabay a bien essayé de comprendre ce qu’on lui reproche au juste, en vain, sachant que l’ONG Bahr Loubnan mène la plupart de ses activités écologiques au Liban-Sud et en particulier à Naqoura, c’est-à-dire dans ce que l’on considère comme le fief du Hezbollah. Selon elle, si elle est considérée comme une personne suspecte, pourquoi ne l’interroge-t-on pas selon les règles, et si ce n’est pas le cas, pourquoi ne pas pousser vers la présentation de cette candidature qui serait utile pour le Liban ? Rima Tarabay précise que, si d’ici au 19 juillet le Liban n’a pas présenté la demande officielle de candidature, le poste ira à un autre candidat, surtout que la Turquie cherche à l’obtenir. 

Selon des milieux diplomatiques, en fait, ce ne serait pas tant la personne de Tarabay qui pose problème que le fait qu’à l’UPM, les pays qui ont des postes de responsabilité sont supposés avoir des relations diplomatiques avec tous les pays membres, dont Israël. Preuve en est que les pays arabes qui obtiennent en général les postes internationaux sont la Jordanie et l’Égypte... À cet argument, Rima Tarabay répond qu’il y a en réalité des normes internes à l’UPM qui permettent à ceux dont le pays a un problème avec Israël de ne pas s’y rendre, et si le Liban obtient le poste, les Israéliens ne seront pas concernés par les projets qu’il aura à traiter. D’ailleurs, autour du bassin méditerranéen, il n’y a pas que le conflit israélo-palestinien, il y a aussi par exemple le conflit turco-gréco-chypriote... La situation est donc la même que celle qui conditionne les rapports entre les membres des instances internationales relevant de l’ONU. Malgré cela, le Liban n’avait-il pas une candidate officielle pour le poste de secrétaire générale de l’Unesco ? 

Le manque d’empressement libanais à régler ce dossier et présenter la candidature de Rima Tarabay est donc étrange, mais somme toute peu étonnant, quand on pense à la légèreté avec laquelle d’autres dossiers sont abordés. Mais le problème, c’est que jusqu’à présent il n’y a aucune réponse claire aux questions posées par cette candidature.

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Saliba Nouhad

Bravo, pour une fois, analyse objective qui écorche le Hezbollah au passage!
Mais où sont vos sources sûres, vos contacts éclairés côté CPL-Hezbollah pour vous donner la version réelle du pourquoi de ce blocage?
Complot du silence?
Peut-être, mais l’explication est trop simple: elle est une Sunnite pro-Hariri, proche de l’Arabie, et qui met son nez dans le littoral du Sud, chasse gardée... Donc devient de facto dangereuse, ennemie du Chiite pro-Iranien et à bloquer à tout prix!
Voilà, aussi simple. Il y a une telle haine communautaire Sunnite -Chiite dans la région qui se manifeste par des massacres mutuels, sauf qu’au Liban, jeu plus subtil de blocage des institutions et des individus...
Cette histoire résume bien le degré de décrépitude morale atteint par nos dirigeants et rien ne sera réglé de sitôt, hélas!

Wlek Sanferlou

Il semble sous entendu que le hizbollah, en sabotant la candidature de Rima Tarabay essai autant que possible de déconnecter le Liban de toute instance non iranienne pour l'isoler et le gober une fois pour toute dans la lignée persanne.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOTRE PLUME TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD EST SUPERBE LORSQU,ELLE EST IMPARTIALE ET LORSQU,ELLE CRITIQUE TOUS !

Marionet

Je note que Mme Tarabey a réussi à décrocher 3 articles dans l'OLJ en moins d'une semaine.une pro de la com, no doubt !

Cadige William

Une premiere ... le Contenu de cet article !
Que doit on y conclure ?
En tous cas Bravo.

Salim Dahdah

Comme quoi, quand vos articles présentent un sujet national de façon objective, vous réussissez à nous mobiliser avec vous et pousser peut-être les responsables à en prendre conscience et à s'impliquer pour aboutir à un résultat en faveur du Liban...
Bravo chère Madame pour votre initiative...!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BIZARRE ! POUR LA PREMIERE FOIS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD VOUS SPECIFIEZ LE BOYCOTTAGE DU HEZBOLLAH DANS UNE DES CENTAINES D,AFFAIRES. C,EST UNE PREMIERE !

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