Liban

Pour la formation du gouvernement, Baabda n’est pas la bonne adresse...

Décryptage
06/07/2018

Le palais de Baabda a été le théâtre cette semaine de trois rencontres politiques qualifiées d’importantes, dans leur timing et dans leur contenu. Le président de la République a ainsi reçu successivement le chef des Forces libanaises Samir Geagea, le président des Kataëb Samy Gemayel et le leader druze Walid Joumblatt, trois têtes de file qui avaient été ces derniers temps très critiques à l’égard du « mandat » (une manière polie d’éviter de citer le chef de l’État). Ces rencontres ont aussi eu lieu au moment où la formation du prochain gouvernement semble se compliquer. Si le parti Kataëb ne peut pas vraiment être accusé d’entraver la formation du gouvernement, puisqu’il n’est même pas sûr qu’un portefeuille lui sera proposé, les deux autres chefs de file sont au cœur de ce qu’on appelle « les nœuds » gouvernementaux, notamment celui qui porte sur la distribution des portefeuilles chrétiens et celui qui porte sur les portefeuilles druzes. Par conséquent, les milieux politiques (et médiatiques) en ont immédiatement conclu que les entretiens de Baabda devaient forcément aboutir au règlement des problèmes qui empêchent jusqu’à présent la naissance du gouvernement. La déception a donc été grande lorsque, après les trois entretiens, rien n’a bougé sur le plan du dossier gouvernemental.


(Lire aussi : Rupture de la trêve CPL-FL, les sunnites pro-Damas montent au créneau)


En fait, cette approche n’est pas conforme à la réalité. Selon des sources proches de Baabda, croire que ces entretiens pouvaient avoir une incidence directe sur la formation du gouvernement montre une méconnaissance de la personnalité du chef de l’État. Ce dernier étant un homme d’institutions, il ne pouvait en aucun cas passer outre les prérogatives du Premier ministre désigné, qui lui seul doit mener les consultations pour aboutir à une formule gouvernementale qu’il devra ensuite lui soumettre. Le président qui est sourcilleux au sujet de ses prérogatives, ayant même mené des batailles pour les faire respecter, qu’il s’agisse de l’article 59 de la Constitution, qui lui a permis de suspendre les réunions plénières du Parlement pendant un mois (pour permettre l’adoption d’une nouvelle loi électorale), du décret des promotions militaires (qui ne devait pas être signé par le ministre des Finances) ou encore celui des naturalisations (qui fait partie des prérogatives présidentielles et ne doit pas être nécessairement publié dans le Journal officiel), ne peut donc en aucun cas empiéter sur celles des autres responsables. Par conséquent, ceux qui croyaient pouvoir conclure un accord avec le président au sujet des parts gouvernementales et des portefeuilles pour mettre ensuite le Premier ministre devant le fait accompli se sont trompés. Tout comme d’ailleurs ceux qui croyaient pouvoir conclure un accord avec lui au détriment du CPL et de son chef le ministre Gebran Bassil, en cherchant à provoquer des divergences entre eux.


(Lire aussi : Procédure et sinécure, le billet de Gaby NASR)


Selon les mêmes sources, au cours des trois entretiens, le chef de l’État s’est donc contenté d’écouter ses interlocuteurs, montrant surtout que la présidence est au-dessus des conflits politiques et qu’elle ne prend pas position et refuse d’intervenir dans le dossier gouvernemental. À ceux qui se plaignaient de la volonté du CPL de prendre une part considérée plus importante que son poids politique réel, le chef de l’État a précisé que le problème doit être réglé avec ce parti et son chef. En d’autres termes, l’audience accordée par le président de la République ne peut pas être exploitée à des fins politiques, ou utilisée dans le cadre des négociations pour la formation du gouvernement. Le chef des Forces libanaises a d’ailleurs bien compris le message, puisqu’il a, le soir même, contacté le ministre Bassil en vue d’une rencontre entre eux dans un avenir proche. De son côté, le chef du PSP a lui-même déclaré à l’issue de son entretien avec le président Aoun qu’il a attendu que celui-ci aborde le dossier du gouvernement en vain. Le sujet a été évoqué, selon lui, de façon rapide et il a répété qu’il estime avoir droit aux trois portefeuilles druzes dans un cabinet de 30 membres. Le chef de l’État s’est donc contenté de l’écouter et de lui conseiller d’en discuter avec les responsables concernés. Le parti Kataëb, lui, n’a pas évoqué la question du gouvernement et, selon ses sources, ce n’est pas pour cette raison qu’il a demandé une audience au président, mais plutôt dans une volonté d’ouvrir une nouvelle page avec « le mandat ».


(Lire aussi : Le cabinet attend un geste de Bassil en direction de Geagea et Joumblatt, l'éclairage de Philippe Abi Akl)


En fixant lui-même les grandes lignes de l’entretien et en se contentant d’écouter lorsque ses visiteurs ont évoqué leurs doléances au sujet de la formation du gouvernement, le président Michel Aoun a voulu recadrer les négociations. Il a montré qu’il refuse d’être impliqué dans le processus en tant que partie. Il se considère comme un garant de la Constitution sur laquelle il a d’ailleurs prêté serment et, par conséquent, il estime que ce n’est pas à lui que les réclamations doivent être transmises, car il ne détient pas la prérogative de la formation, ni les clés des solutions. Son seul souci dans ce dossier est de préserver la part présidentielle et de donner son accord final pour une équipe capable de traiter les nombreux dossiers en suspens. Toutefois, si les rencontres politiques de la semaine peuvent contribuer à faciliter le processus de formation du gouvernement, c’est tant mieux, en tout cas, elles permettent de faire baisser les tensions politiques et d’assainir le climat général du pays, tout en poussant notamment les parties concernées à chercher entre elles des solutions.
Les sources proches de Baabda ne considèrent pas, pour l’instant, que la formation du gouvernement est dans le rouge, même si elles ne cachent pas leur étonnement face au retard. D’autant que toutes les parties concernées sont en train d’affirmer qu’il n’y a pas de raison externe qui entrave la naissance du gouvernement. En tout cas, il n’est pas question de laisser le pays dans une vacance du pouvoir, dans une période aussi délicate, et si les parties concernées n’assument pas leurs responsabilités dans la formation du cabinet, la présidence fera de son mieux pour combler le vide... Mais il est peu probable d’en arriver là.


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stambouli robert

si les parties concernées n’assument pas leurs responsabilités dans la formation du cabinet, la présidence fera de son mieux pour combler le vide... Mais il est peu probable d’en arriver là.

PEU PROBABLE???

aujourdh'ui 6 juillet cela fera 2 mois que les elections onr eu lieu.
C'est peu,attendons encore 2 ans puisque pour avoir un president il aura fallu attendre encore plus

un gouvernement pourrait avoir ete forme en quelques jours si la volonte de tous etait presente


Mais les depenses pour se faire elire etaient tellement enorme qu'il faut bien quelques porte feuille de plus pour se faire rembourser

Irene Said

Effectivement, Baabda est la bonne adresse uniquement pour son locataire actuel, le Chef de l'Etat libanais...qui en a rêvé depuis des années !
Irène Saïd

Bery tus

Vous y allez fort la non ?!? Surtout que l’entente signé par les 2 partie stipule une part égale ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES ENCENSEMENTS ET DES PANEGYRIQUES DE PARTI PRIS A PROFUSION DANS VOTRE ARTICLE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ! DOMMAGE CAR VOTRE CAPABLE PLUME POUVAIT N,ETRE QU,INFORMATIQUE ET IMPARTIALE !

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