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Culture

À la table de Jonathan Blezard, c’est tout le Liban qui s’invite

Exposition

Chaque semaine, il rehausse La Dernière de « L’Orient-Le Jour » de ses saynètes beyrouthines. Aujourd’hui, c’est dans le cadre du restaurant Tawlet que ses caractères se dévoilent.

23/06/2018

« Quand je vois des touristes qui viennent d’arriver au Liban, je me retrouve dans ce regard un peu perdu et ces premiers gestes maladroits qu’on a tous quand on arrive ici », raconte Jonathan Blezard.

Celui qui se présente comme un « ajnabeh », un étranger, s’est installé à Beyrouth depuis quatre ans maintenant : illustrateur, designer (il sera à la Beirut Design Week avec Nada Debs) et professeur à l’ALBA, il agrémente tous les vendredis la dernière page de L’Orient-Le Jour d’un dessin qui prend place dans la série « Le(s) Beyrouth(s) de Jonathan Blezard ». On y retrouve les dekkénés, les taxis, les vendeurs de kaak ou de man’ouché, l’embrouillamini déraisonnable des câbles électriques et autres curiosités caractéristiques de la capitale : une accumulation de petites vignettes qui finissent par former une grande fresque de Beyrouth l’hétéroclite. Ses dessins, Blezard les tire de scènes du quotidien, de détails anodins que l’œil de l’étranger qui échappe encore à la patine de l’habitude remarque peut-être plus facilement, lui permettant d’en relever toute la saveur – la cocasserie, souvent.

Et de saveur, c’est bien ce dont il sera question aujourd’hui samedi : au restaurant Tawlet, à Mar Mikhaël, l’illustrateur présentera la série À table, composée d’aquarelles sur le thème de la cuisine, cet autre pilier sacré du Liban. Variations culinaires, ses illustrations s’inscrivent dans la continuité des saynètes beyrouthines : « On mange comme on marche », explique l’artiste, « cela fait partie des activités basiques, des choses que l’on voit constamment » : nul doute qu’il fallait donc faire un sort à cette cuisine qui marque l’identité autant que la fierté du pays.

Il y a dans les clichés de Blezard comme une ironie souriante, qui enveloppe les lieux et les personnages qu’il représente. Les plans, souvent d’ensemble, de perspective, permettent d’installer un contexte, et de saisir en un coup d’œil un comique de situation, reposant avant tout sur la justesse des scènes représentées. S’il s’autorise à forcer un peu le trait et les effets de coïncidences, Blezard joue sur la reconnaissance, celle qui nous pousse à nous exclamer : « C’est exactement ça ! » – le propre du cliché.

Quand on lui demande de décrire ce que signifie pour lui son travail d’illustrateur, il répond que c’est d’abord « un amour des gens, de l’observation, et de ce qui [l’]entoure », avant d’ajouter, le regard cherchant au loin : « J’observe les choses de manière scénographique, presque théâtrale, en faisant attention aux détails, aux choses qui n’ont pas lieu d’être, aux anomalies et aux absurdités du quotidien. »

L’œuvre de Blezard est aussi fouillée que variée : il vient de la gravure, qu’il a beaucoup pratiquée à Bruxelles et qui a inspiré son travail sur le trait noir, notamment à travers des projets d’illustration de science-fiction, mais il manie aussi bien la gouache, dans un travail plus naïf, orienté jeunesse, pour sa collaboration avec la maison d’édition Samir. Avec l’aquarelle de la série À table, il entend renouer avec un style plus impulsif, donner « l’envie d’être gai par le trait », comme il dit. On y décèle les influences de Sempé bien sûr, mais aussi de Saul Steinberg, rendu célèbre par ses unes du New Yorker. Blezard ajoute Alex Sanders, pour son côté enfantin, mais aussi Pieter Brueghel, plus sombre, comme s’il s’agissait toujours de préserver une source d’ambiguïté, pour mieux faire éclore la surprise.

Jonathan Blezard, À table
Restaurant Tawlet, Mar Mikhaël, Beyrouth, vernissage le 23 juin 2018 de 10 à 13h.

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Irene Said

Tout simplement adorables ces aquarelles !

En les regardant, on respire tout de suite les parfums de notre beau pays.

Merci, Monsieur Jonathan Blazard, pour aimer et comprendre notre pays de cette façon ravissante,
Irène Saïd

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