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Liban

C’est le littoral libanais que l’on assassine... La mémoire aussi

Pause verte
22/05/2018

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi va-t-on le saler ? »
La Bible

Que restera-t-il du littoral libanais? Cette question que l’on se pose depuis une bonne vingtaine d’années est malheureusement de plus en plus d’actualité. Après les projets illégaux des années 80 qui ont défiguré de larges portions de la côte en pleine guerre, place aux mégastructures qui grignotent ce qui reste du littoral, avec la permission du gouvernement ! L’actuel cabinet de « rétablissement de la confiance », qui entre dans sa phase d’expédition des affaires courantes, a multiplié récemment de pareilles autorisations, au grand dam des institutions de la société civile, et sans aucune considération pour l’avis défavorable du Conseil supérieur de l’urbanisme, comme l’a noté sur les réseaux sociaux le président de l’ordre des ingénieurs, Jad Tabet. 

C’est au cours des toutes dernières réunions qu’il a tenues, la semaine dernière et hier, que le gouvernement en partance a décidé d’approuver une série de projets à grande échelle sur le littoral : on parle notamment de Damour (Chouf) et de Zouk Mikaël (Kesrouan), lors de la réunion du 16 mai dernier, sans compter les risques de voir autorisé un projet à Enfé (Liban-Nord) hier. 

À quoi riment ces décisions en série qui font fi des avis de spécialistes ? Et que dire du timing, juste après des élections qui ont grosso modo ramené les mêmes forces au pouvoir, à une époque où les esprits sont occupés par des échéances politiques comme l’élection du président et du vice-président de la Chambre, ainsi que la formation du nouveau cabinet ? 

Les intérêts privés ne chôment pas. Déjà en pleine campagne électorale, le très controversé projet « Eden Bay » sur la plage publique de Ramlet el-Baïda à Beyrouth était une nouvelle fois mis en cause par des militants. Dans un communiqué publié alors, l’association Nahnoo avait mis en garde contre le fait que les responsables de ce projet ont entamé la procédure pour obtenir un permis d’exploitation (différent du permis de construire) malgré un rapport du département d’ingénierie de la municipalité de Beyrouth qui relevait de nombreuses irrégularités susceptibles d’empêcher qu’un tel permis soit délivré (Nahnoo a publié une copie dudit rapport de la municipalité).

La nouvelle de la possible autorisation qui serait donnée à un grand projet balnéaire à Enfé, dont on parle depuis au moins cinq ans mais qui était gelé, a particulièrement ému l’opinion publique et enflammé les réseaux sociaux – on retiendra un tweet outré du président du Parti socialiste progressiste, le leader druze Walid Joumblatt. Ce projet ferait en effet disparaître une partie du patrimoine libanais et de l’histoire du pays, à savoir les salines séculaires qui ont fait la renommée de cette contrée. Dans un communiqué publié hier, le Mouvement écologique libanais appelle le gouvernement à tenir compte « des études qui montrent que le littoral de Ras el-Natour reste intouché au niveau de l’écologie et de la biodiversité, ayant l’eau la plus propre de la côte libanaise et pourvoyant le meilleur sel marin du monde dans ses salines traditionnelles ». Le regroupement d’ONG demande au Conseil des ministres de rejeter ce projet « qui aurait les pires conséquences environnementales » et de classer cette région réserve naturelle. 

Partout, c’est le littoral que l’on assassine, le rendant artificiel et en remplaçant son milieu naturel par du béton et des sources de pollution, sans pour autant privilégier le tourisme, bien au contraire. Si les salines disparaissent, c’est la mémoire que l’on aura effacée. Et quoi de plus facile à diriger qu’un peuple sans mémoire, privé de ses attaches culturelles et naturelles ?


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Stes David

Il faut une bonne loi de la protection de la littoral mais il faut aussi une conscience attitude "éducation" chez les touristes. Si je lis que des fonctionnaires européens récemment ont observé les élections au Liban dans le hôtel Moevenpick qui est juste à coté de la mer à Beyrouth si je ne me trompes pas, je me demande s'il n'auraient pas pu choisir un hôtel qui un peu moins proche de la "plage" ou de la mer. Mais les touristes malheureusement arrivent et veulent apparement rester à quelques mètres de la plage ou la mer.

Le Faucon Pèlerin

Je suis natif de Jounieh, né sous le Mandat français. Mes pieds nus ont foulé le littoral de Nahr-el-Kalb jusqu'à Ras-Tabarja, sur les rochers, les galets et le sable. Depuis 1975, les voleurs du domaine public maritime se sont emparés gratuitement de 95% du littoral. Il reste des "trous" entre Nahr-el-Kalb et l'ATCL qui disparaîtront sous peu. Le gouvernement vient de l'autoriser. Il reste 200m de galets en face du Pont romain à Maameltein + les rochers avant Tabarja qui sont déjà dans les collimateurs des ogres des projets balnéaires.
Dans les années 20, des courses de chevaux amateurs se déroulaient le sable et les galets du Pont romain à Maameltein jusqu'à Sarba sans rencontrer d'obstacles. Dans les annnées 30 à 70 une dizaine de filets de pêche étaient tendus sur le littoral jouniotes, où sont-ils ?

gaby sioufi

il restera toujours la memoire vive des criminels a l'origine de cet etat des choses.
comme quoi les touristes y trouveront leur bonheur, qq chose d'aussi horrible ils ne trouveraient nul part ailleurs .
NB. demander a l'ONU de sauver leur memoire avec tous les autres sites dignes de l'etre

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A DEYR AL NATOUR IL N,Y A PAS DE RIVAGES OU PLAGES IL N,Y A QUE DES ROCHERS AU BORD DE LA MER. QUAND AUX SALINES LA PLUPART SONT ABANDONNEES.
JE NE DIS PAS CA POUR APPROUVER L,ACCAPAREMENT DES RARES PLAGES UN PEU PARTOUT DANS LE PAYS. MAIS C,EST PAS PARTOUT LA MEME CHOSE. CONCENTREZ-VOUS SUR LA PERTE DES RARES PLAGES OU LES CITOYENS POURRAIENT ALLER SE BAIGNER. ET LA, CRIEZ, EXIGEZ, ARRETEZ ET N,ACCEPTEZ PAS LES COMPROMIS !

C. F.


Et le chef druze est vraiment outré par le projet à Enfé ? Non !!! Il a l’humour du businessman…

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