Liban

Pour ne pas se « consommer » en même temps que les déchets

Pause verte
31/10/2017

Les autorités libanaises présentent au moins l'avantage d'être prévisibles ! Cela fait des années qu'on s'attend à une décision concernant l'appel d'offres pour l'achat d'incinérateurs de déchets ménagers, et le gouvernement vient d'approuver, sans surprises, le cahier des charges à cette fin. Que des ministres aient exprimé des inquiétudes sur des points fondamentaux – sans compter la société civile – n'y change rien : une nette insuffisance dans les études, un manque de clarté flagrant sur des questions telles que le traitement des résidus toxiques...

Autre réaction prévisible : le gouvernement affiche sa volonté (par le biais d'une requête au Conseil du développement et de la reconstruction, CDR, comme d'habitude) de prolonger la vie des décharges côtières, déjà si controversées, jusqu'à ce que « la solution définitive », en l'occurrence les incinérateurs, soit mise en place. Que les sacs poubelles s'empilent à deux pas de l'aéroport (un problème d'oiseaux a déjà été rencontré en janvier dernier, menant à un massacre de ces animaux attirés en masse par la bêtise des hommes), que les déchets continuent de se déverser sans précaution à Bourj Hammoud (le brise-lames n'ayant toujours pas été construit)... Rien n'y fait. « L'alternative, ce serait les ordures dans les rues », nous dit-on, brandissant cette même menace qui n'est qu'un reflet de l'incompétence de ceux qui la prononcent.

Il ne fallait pas une boule de cristal pour comprendre les intentions des autorités en matière de gestion des déchets. Le schéma est le même depuis tellement d'années que plus personne ne songe à maquiller les procédures : garder la population dans un état d'urgence, se mettre en situation de retard, de manière à ne plus accorder de « temps » pour un réel débat, opter pour des solutions centralisées, faisant fi des initiatives décentralisées et civiles, etc.

Mais le plus grave, c'est de présenter la solution à la crise des déchets ménagers comme relevant de la simple adoption d'une technologie : c'est comme si l'on avait fini par inculquer, dans l'inconscient populaire, que l'incinération sert à « brûler » les déchets, donc à nous en débarrasser complètement. Et si on lui donne un nom glamour tel que « Waste-to-Energy », avec la génération d'électricité en prime, une telle décision pourrait passer comme une lettre à la poste.
Ou pas.
À tous ceux qui rétorquent que l'incinération est devenue une nécessité dans les villes, plus particulièrement celles qui manquent d'espace comme Beyrouth – et c'est vrai ! –, ils devraient se souvenir de ce qui suit : la méfiance exprimée à travers les critiques des politiques gouvernementales ne se tourne pas vers l'incinération ou toute autre technologie, mais vers une approche faussée.

Accepter ou rejeter l'option de la décomposition thermique doit tenir compte des facteurs suivants, si souvent répétés par des experts de divers bords : brûler les déchets ne signifie pas leur disparition totale, puisqu'un volume non négligeable de résidus hautement toxiques est ainsi généré, nécessitant des traitements spécifiques afin de ne pas causer un problème plus important que celui qu'on est censé régler. Brûler des déchets produit également des émissions potentiellement dangereuses, surtout si le processus n'est pas respecté rigoureusement (notre expérience avec l'entretien des infrastructures officielles est-elle donc si encourageante ?). Enfin, brûler des déchets rend impératif (et non facultatif) le tri à la source et en usine, surtout si l'on veut espérer obtenir une combinaison qui ait une valeur énergétique assez considérable pour générer de l'électricité au lieu d'en requérir.

Toute application non rigoureuse des critères pose problème, et plus encore s'il s'agit d'incinération, la technologie la plus onéreuse, la plus compliquée, et potentiellement la plus polluante, si elle n'est pas appliquée dans le respect des critères internationaux. On aura beau nous seriner à longueur de journée que l'incinérateur à Vienne se trouve en plein centre-ville, et qu'on ne le distingue pas d'autres bâtiments, cela ne signifie rien tant que l'autorité en charge de l'usine au Liban n'aura pas la rigueur des autorités autrichiennes. Et pour s'en rendre compte, il ne faut pas aller loin : le fiasco n'est-il pas évident dans la gestion de simples décharges ? Pourquoi en serait-il autrement pour les incinérateurs ?

Quelle que soit l'issue de ce nouveau plan gouvernemental de gestion des déchets, il faut que nous soyons tous conscients que se taire, ou plutôt ne pas exprimer ses exigences en matière de santé et d'environnement, reviendrait à se « consommer » à l'avenir, en même temps que les déchets.

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DEMAIN, AUX ELECTIONS, LES MOUTONS ELIRONT LEURS MEMES PANURGES... LA VENTE DES VOIX ET L,ACHAT DES CONSCIENCES BATTRONT LEUR PLEIN COMME D,HABITUDE !

Massabki Alice

Vous le dites
Nous avons essayé
En vain

3 mille personnes qui protestent n est pas suffisant.
Toute la population doit se soulever.notre santé est en jeu.
Notre vie aussi.

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Rencontres

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.