Liban

Comme une balle que l’on se tire dans le pied...

Pause verte
10/10/2017

Depuis que la saison de chasse a été ouverte en septembre conformément à la nouvelle loi, un incident a récemment fait réagir le ministre de l'Environnement Tarek el-Khatib. Celui-ci a demandé à la justice de se saisir du dossier d'un chasseur ayant publié sa photo sur les réseaux sociaux avec un capot recouvert d'oiseaux morts, d'une espèce qu'il est interdit de chasser, de surcroît. La première réaction est celle de la satisfaction de constater qu'une plainte a été déposée contre ledit braconnier – l'appeler chasseur serait une insulte pour les vrais amateurs du sport –, que son nom a été divulgué et que, si tout se passe comme prévu, il devrait être pénalisé.
Mais au-delà de cet exemple, et d'autres révélés par la société civile, les abus sont-ils répertoriés de manière efficace ? Il semble, selon des militants, que des progrès aient été réalisés aux abords des villes, mais que le chaos continue de régner dans les régions éloignées. Dans tous les cas, les plaintes restent nombreuses.
Toutefois, au-delà de l'aspect légal de la réglementation de la chasse, de l'octroi des permis, de l'application de la loi, de la pénalisation... la question toute simple qu'il faudrait se poser, c'est de savoir pourquoi tire-t-on sur n'importe quel oiseau, sans réfléchir auparavant à la cible et au sens même de son acte ? On pourra me taxer de naïve autant que l'on voudra, je ne comprendrai jamais cette extermination indiscriminée d'espèces dont on laisse les cadavres joncher la terre, puisque ces oiseaux ne sont pas comestibles et que leur mort est inutile sauf pour celui dont leur trépas a satisfait l'ego.
Le pire, c'est que de pareils actes, autant que le laxisme qui n'a que trop duré (même si la réglementation se met enfin en place), participent d'une vision très courte. Une chouette tuée, dont la photo circule actuellement sur les réseaux sociaux, aurait à elle seule consommé nombre de souris, de rats et d'insectes nuisibles à l'agriculture. Les buses chassées par milliers sous nos cieux, alors qu'elles ne font qu'y passer et qu'elles sont protégées internationalement – ce qui a récemment été dénoncé par des experts internationaux lors d'une tournée avec la Société de protection de la nature au Liban (SPNL)–, consomment elles aussi quantités de nuisibles. Et les exemples se multiplient. N'est-ce pas ce qui oblige nos agriculteurs, par un effet de ricochet, à utiliser d'autant plus de pesticides qui nous empoisonnent lentement et polluent l'environnement ?
Pour satisfaire quelques ego, le prix est cher payé...
La sensibilisation de ces chasseurs – ou braconniers – serait-elle l'arme la plus efficace pour mettre un terme au carnage ? Si ces magnifiques volatiles cessent de n'être que des cibles mouvantes, peut-on espérer que les tireurs réfléchiront dorénavant avant d'appuyer sur la gâchette ? S'ils apprennent à connaître les spécificités de ces espèces, qui, d'ailleurs, n'appartiennent à aucune population ni aucune terre précise, est-ce qu'ils décideront d'eux-mêmes de se conformer aux dispositions de la loi ? Peut-on simplement tuer ce que l'on a appris à connaître ?
Mesurer l'impact de son action sur son environnement de vie est sans nul doute le vrai sens de la sensibilisation et de l'éducation du public. C'est vrai pour la chasse, la pêche, l'exploitation de carrières, le traitement des déchets... Et il est vrai aussi que l'éducation civique manque cruellement dans tous ces domaines. Preuve en est, le nombre d'enfants qui accompagnent les adultes dans des sorties de chasse pas toujours bien organisées, et qui seront enclins à perpétuer de mauvaises pratiques s'ils en sont témoins.
Un chasseur me disait tantôt que les véritables amateurs de ce sport sont des amoureux de la nature et sont soucieux de son équilibre. Pourquoi ne pas restituer cet amour de la nature au sein même de cette activité, parallèlement à l'application de la loi ?
Car si on poursuit l'extermination des espèces tous azimuts, autant dire que cette cartouche que l'on tire sur un oiseau en ne lui laissant aucune chance d'en réchapper peut tout aussi bien renvoyer l'image d'une balle que l'on se tire dans le pied.

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L,EDUCATION AU RESPECT DE LA NATURE ET DE CE QUI LA FORME, COMME L,EDUCATION EN GENERAL, SE FAIT AU BAS AGE DANS LES ECOLES ET EN FAMILLE... COMMENCONS PAR LA POUR AVOIR UNE JEUNESSE FUTURE... DANS 20 ANS... QUI SE RESPECTERAIT ET RESPECTERAIT... QUAND A L,ACTUELLE LE PROVERBE DE LA QUEUE DU CHIEN QUE TOUS NOUS CONNAISSONS Y PREVAUDRAIT JUSQUE LA FIN DE L,ACTUELLE ET L,AVENUE DE LA NOUVELLE JEUNESSE... NOUS POUVONS ESPERER !

Yves Prevost

Tout à fait d'accord! Le problème est que personne ne songe à faire appliquer les lois. Quand je m'indigne de voir des braconniers tirer chaque jour sur tout ce qui vole, à 100m d'un post de gendarmerie, on me répond: "On est au Liban!"

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