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Moyen Orient et Monde

Israël-Émirats : des flirts sans vrai passage à l’acte

Focus

Les relations entre Abou Dhabi et Tel-Aviv, qui datent d’une vingtaine d’années, restent bloquées sur le processus de paix israélo-palestinien.

15/06/2018

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. On le sait déjà depuis un certain temps, les relations entre Israël et les monarchies du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, se sont considérablement réchauffées grâce surtout à la menace iranienne qui pèse de plus en plus sur le Moyen-Orient.

Les contacts – officieux – entre Abou Dhabi et Tel-Aviv semblent avoir débuté dans les années quatre-vingt-dix, après la signature des accords d’Oslo entre l’État hébreu et l’OLP. Selon la revue The New Yorker, Israël entretient depuis plus de deux décennies des relations secrètes mais très étroites avec les Émirats arabes unis, essentiellement dans le domaine du partage de renseignements et de la coopération en matière de sécurité, surtout contre l’Iran. Dans son édition du 12 juin, le magazine détaille méticuleusement les relations entre les deux pays, notamment à travers l’« Emirates Center for Strategic Studies and Research ». Le centre a été créé « pour la recherche scientifique et les études sur les questions sociales, économiques et politiques », mais il est devenu un canal pour les contacts avec Israël. 

Actuellement, l’ambassadeur des Émirats à Washington, Yousef al-Otaiba, joue un rôle-clé dans les contacts entre les deux pays, et ce sous le parrainage de l’homme d’affaires américano-libanais Thomas Barrack, très proche des princes héritiers saoudien (MBS) et d’Abou Dhabi (MBZ), mais aussi du président américain Donald Trump. The New Yorker révèle même qu’en 2009, peu après l’investiture de Barack Obama, les gouvernements israélien et émirati se sont réunis pour faire pression sur la nouvelle administration américaine afin qu’elle prenne au sérieux la menace iranienne. L’ambassadeur Otaiba et Sallai Meridor, qui était l’ambassadeur d’Israël à Washington, ont demandé à Dennis Ross, responsable du Moyen-Orient au sein du département d’État à l’époque, de les rencontrer dans un hôtel de Georgetown (Washington), où ils ont tenté ensemble d’envoyer un message fort aux Américains exprimant leurs préoccupations face à l’Iran.  Les relations entre les deux pays se sont également renforcées sur le plan militaire. Des pilotes israéliens et émiratis ont participé ensemble en Grèce (2017) et aux États-Unis (2016) à des exercices communs, selon des sources concordantes. 

D’autre part, la présence du siège de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) à Abou Dhabi a permis des visites de ministres israéliens aux EAU, et l’ouverture d’une mission diplomatique dans le cadre de cette agence onusienne.  Ainsi, les signes de rapprochement diplomatique et militaire se multiplient et deviennent publics. Toutefois, ce qui unit aujourd’hui les Émiratis et les Israéliens, c’est la menace de l’Iran. Et bien que la perspective d’une normalisation avec l’État hébreu ne soit plus taboue, elle est toujours bloquée par la paralysie du processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis des années.


(Lire aussi : Un an après, la crise du Golfe plus enlisée que jamais)



L’appel de Habtoor
Dans ce contexte, l’homme d’affaires émirati Khalaf al-Habtoor a publié la semaine dernière dans le quotidien israélien Haaretz un éditorial appelant Israéliens et Palestiniens à faire la paix, et ce pour l’intérêt des deux peuples.

« Israël n’ira nulle part et nous, dans le monde arabe, devons en prendre conscience. Cela signifie offrir la prospérité, la sécurité et l’amitié aux Israéliens ; tout ce qu’Israël doit faire, c’est vaincre ses préjugés et donner aux Palestiniens leurs droits », affirme-t-il. Pour convaincre le peuple israélien de faire la paix, Habtoor énumère une longue liste de bénéfices sécuritaires, économiques, touristiques et sociaux venant des Arabes et des monarchies du Golfe et dont pourraient profiter les jeunes générations, à condition que l’État hébreu donne aux Palestiniens leurs droits. Aux Palestiniens, il dit : « Pensez à vos enfants et petits-enfants. Ne les endoctrinez pas avec vos peurs et vos haines. (…) Changer les attitudes est une condition préalable essentielle pour que les Israéliens et les Arabes vivent ensemble dans un respect mutuel sur le même sol. »

Cet appel d’un homme d’affaires émirati dans un journal israélien n’est pas anodin dans le contexte actuel. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une position officielle, il est certain que l’homme d’affaires a eu le feu vert des autorités émiraties pour publier son appel, notamment de l’homme fort d’Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed (MBZ).

Il est devenu de plus en plus évident que les dirigeants émiratis et saoudiens ont hâte de pouvoir tourner la page du conflit israélo-palestinien. « Il est temps que les Palestiniens acceptent les offres et qu’ils viennent à la table des négociations, sinon qu’ils se taisent et qu’ils cessent de se plaindre », aurait ainsi affirmé le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS) lors de sa dernière visite aux États-Unis en mars.

D’où le soutien appuyé à l’initiative de paix de Donald Trump, proposée par son gendre Jared Kushner, même si elle a été rejetée par le président palestinien Mahmoud Abbas. MBZ et MBS seraient impatients de voir un accord de paix signé entre les Palestiniens et les Israéliens, ce qui permettrait enfin un rapprochement concret et officiel entre Israël et les pays arabes, pour mieux affronter l’Iran.

Il reste que les Arabes n’ont jusqu’à présent pas proposé d’alternative à l’initiative de paix du roi Abdallah, adoptée lors du sommet arabe de Beyrouth en 2002. Ce texte, toujours de mise, prévoit la reconnaissance de l’État hébreu par les Arabes en échange du retour aux frontières de 1967. Depuis lors, l’eau a coulé sous les ponts et le processus de paix israélo-palestinien se trouve dans un coma profond. Mais aucun État arabe n’est parvenu à sortir du cadre diplomatique fixé par le plan Abdallah. Les tentatives actuelles de Riyad et d’Abou Dhabi réussiront-elles à changer la donne ?


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Le Faucon Pèlerin

Depuis la création de l'Etat d'Israél le 14 mai 1948, les pays dits arabes pratiquent la politique de l'autruche. Au début, ils l'appelaient "Israél la prétendue" (Isra'il al-mazooumat), puis "l'entité sioniste" (al-kayan es-sahyouni), puis "la Palestine occupée" (Falastine al-mohtallat) etc. Aujourd'hui ils l'a reconnaissent l'un derrière l'autre. Les guerres, les morts, les déplacés, les réfugiés, les malheurs, les pleurs, les souffrances, les terres perdues... ont abouti à la perte des droits du peuple palestinien à un Etat reconnu par l'ONU depuis 70 ans.

Sarkis Serge Tateossian

La première fois... Exige de l'audace...
Nos tourtereaux souffrent d'une timidité comprehensible...
Ils verront bien, ça va être bon

Il faut rire un peu.

LA TABLE RONDE

C'est la pratique du safe sex.

Tant qu'il n'y a pas pénétration il n'y a pas acte , inventé par Bill Clinton et repris par ces amants timides .

En grammaire française on dira que les amours coupables sont CELLES qui procurent le plus d'excitation, parce que se sont des AMOURS ANCIENNES. ANCIENNES .

gaby sioufi

il avait fallu presque 30 ans avant que les USA et la Chine ne fassent la paix.....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ANCIENS AMOURS !

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