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Moyen Orient et Monde

Sommet Kim-Trump : le leader nord-coréen gagne son pari

Diplomatie

La rencontre avec le président américain donne l’impression que la Corée du Nord est devenue, tel que le souhaitait son fondateur, un régime fréquentable.

13/06/2018

En rencontrant le président des États-Unis hier, Kim Jong-un a réalisé le rêve de son grand-père, Kim Il-sung (1912-1994), qui souhaitait voir son pays devenir un État respectable sur la scène internationale. En l’espace de quelques semaines, la Maison-Blanche, avec ce sommet, a accordé une sorte de légitimité à Kim Jong-un en donnant l’impression que la Corée du Nord est devenue un État avec qui il est possible de discuter. « La mise en scène de ce sommet, des poignées de main aux drapeaux jusqu’au décor, ressemble en tous points à celle d’une rencontre entre deux États souverains avec des relations diplomatiques normales », a tweeté hier Ankit Panda, rédacteur en chef de la revue The Diplomat.

Un détail particulièrement important pour Kim Jong-un lui-même mais aussi pour toute la dynastie Kim, qui dirige la Corée du Nord depuis 1948. Ce succès de l’actuel leader nord-coréen est le fruit d’années de travail depuis son accession au pouvoir en 2011. A la mort de son père, l’ancien dirigeant Kim Jong-il, et conformément à la tradition dynastique de succession en Corée du Nord, le jeune Kim Jong-un est porté au sommet du pouvoir à seulement 27 ans. « Il a été choisi comme chef potentiel après que Kim Jong-il a eu un accident vasculaire cérébral en 2008 », explique à L’Orient-Le Jour James Edward Hoare, ancien diplomate britannique et chercheur au centre Chatham House, spécialiste de la péninsule coréenne. « Son père a choisi son plus jeune fils pour lui succéder. C’est celui en qui il avait le plus confiance », poursuit-il. Kim Jong-un hérite ainsi d’un pays de 24 millions d’habitants et d’une armée de plus d’un million de soldats. Le sommet du pouvoir nord-coréen le pensait d’abord trop jeune pour régner tout de suite, mais il a rapidement changé de discours. Le jeune leader se montre finalement plus déterminé que prévu. Il opère une purge au sein de l’armée et écarte toute opposition qui pourrait lui nuire. Il met également en place un plan visant à développer l’économie et les capacités militaires et nucléaires du pays.

Mais si les ambitions internes de Kim Jong-un semblent très élevées, rien ne paraît vraiment changer, en tous cas du point de vue économique et de la situation de la population nord-coréenne. Celle-ci vit toujours dans une souffrance et une situation de famine dénoncées par la communauté internationale, alors que les programmes d’armements, eux, se portent à merveille. Tout cela rentre, en fait, dans la logique de la dynastie Kim de faire de la Corée du Nord une puissance nucléaire et militaire reconnue pour ainsi parvenir à un rééquilibrage du rapport de force avec les États-Unis.


(Voir ici le texte signé par Trump et Kim à l'issue de leur sommet)


Kim Jong-un le diplomate
Le travail de montée en puissance nord-coréen avait déjà été entamé sous les précédents règnes de Kim Jong-il et de Kim Il-sung. Ces derniers ont veillé à l’élaboration d’un programme nucléaire et militaire qui saurait, un jour ou l’autre, parvenir à faire pencher la balance de leur côté. Et c’est maintenant l’héritier de cette lignée qui est aux commandes. Il s’agissait surtout, pour le leader nord-coréen, de faire en sorte que son pays puisse passer du statut d’un État « voyou », isolé, non fréquentable, et critiqué dans le monde entier, à un pays avec qui des discussions et des relations diplomatiques et/ou commerciales sont possibles.

Mais cet objectif n’était pas atteignable sans un premier rapprochement avec le pays frère du Sud. Et cela, Kim Jong-un le sait. Même si ce dernier a dans un premier temps ignoré la proposition du président sud-coréen Moon Jae-in de rouvrir un dialogue, Pyongyang a annoncé vouloir faire machine arrière dans un message diffusé le jour du Nouvel An. L’occasion d’opérer un rapprochement s’est présentée avec les Jeux olympiques d’hiver organisés en Corée du Sud, à Pyeongchang, en février 2018. Un événement au cours duquel de nombreuses délégations nord et sud-coréennes ont pu se rencontrer. Les discussions résultant de ces rencontres ont conduit, quelques semaines plus tard, à l’organisation d’un sommet entre les deux pays le 27 avril du côté sud de la zone démilitarisée séparant les deux pays. Les dirigeants des deux Corées sont convenus ensemble de la cessation des hostilités et de l’établissement d’une paix dans l’ensemble de la péninsule coréenne. Dans la foulée, Kim Jong-un s’est discrètement rendu en train blindé à Pékin pour tenter de se réconcilier avec son allié historique chinois et obtenir son soutien dans ses futurs projets diplomatiques.
C’est un succès. Il ne manquait alors plus qu’une discussion avec Washington pour que Kim Jong-un atteigne son objectif. Une occasion offerte par Donald Trump lui-même.


(Lire aussi : Avantage Kim, le commentaire d'Anthony Samrani)


Constatant l’apaisement de la situation dans la région et l’attitude nord-coréenne, le président américain a jugé que les conditions étaient favorables pour une discussion avec l’homme fort de Pyongyang. Une décision qui a amené à l’organisation du sommet de Singapour.
Ainsi, Kim Jong-un est parvenu à mener à bien la mission qui lui avait été confiée par ses prédécesseurs et a réussi là où ces derniers ont échoué en obtenant une forme de reconnaissance de la part des États-Unis. Mais si la rencontre avec Donald Trump a été saluée par beaucoup de pays, elle n’est néanmoins pas l’ultime chapitre de la relation entre Washington et Pyongyang. Malgré l’entente visible entre les deux dirigeants lors du sommet de Singapour, le président américain a précisé qu’il ne lèverait pas immédiatement les sanctions économiques contre le régime nord-coréen. Il a néanmoins tenu à convier Kim Jong-un à la Maison-Blanche sans toutefois préciser de date. Une invitation qui aurait sans doute pour objectif d’explorer et de négocier davantage la question de la dénucléarisation. Même si le leader nord-coréen a affirmé hier avoir « tourné la page du passé » après avoir surmonté de « nombreux obstacles », l’exercice diplomatique n’est pas encore terminé pour lui.


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