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Moyen Orient et Monde

Trump et Kim signent une déclaration commune sans percée majeure

Sommet de Singapour

La journée, en tout point extraordinaire, a néanmoins laissé la question du nucléaire nord-coréen en suspens.

OLJ
13/06/2018

Le président des États-Unis et le dirigeant de la Corée du Nord, Donald Trump et Kim Jong-un, ont eu hier un tête-à-tête historique qui a abouti à la signature d’une déclaration commune, mais sans percée majeure sur la question cruciale de l’arsenal nucléaire nord-coréen. Cette journée, en tout point extraordinaire, a vu le président de la première puissance mondiale afficher une forme de complicité avec l’héritier de la dynastie des Kim, qui règne d’une main de fer sur la Corée du Nord depuis plus de 60 ans.
Le locataire de la Maison-Blanche, qui revendique haut et fort son approche iconoclaste de la diplomatie, a assuré que le processus de dénucléarisation pourrait commencer « très rapidement », après des décennies de tensions autour des ambitions atomiques de Pyongyang. Mais la formulation de la déclaration commune reste très vague, en particulier en termes de calendrier, et s’en remet à des négociations ultérieures pour sa mise en œuvre. Le texte reprend de précédents engagements du régime nord-coréen, jamais mis en œuvre, sans préciser que la dénucléarisation doit être « vérifiable et irréversible », comme le réclamaient avec force les États-Unis avant le sommet de Singapour. « Kim Jong-un a réaffirmé son engagement ferme et inébranlable en faveur d’une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », est-il simplement écrit dans la déclaration.
Au cours d’une longue conférence de presse particulièrement décousue, M. Trump, qui a expliqué ne pas avoir fermé l’œil « pendant 25 heures », a en particulier évoqué le potentiel touristique et immobilier de la Corée du Nord qui dispose, a-t-il tenu à souligner, de « très belles plages ». Il a martelé que les sanctions contre la Corée du Nord resteraient en vigueur tant que la « menace » des armes atomiques ne serait pas levée et a réaffirmé qu’un départ des troupes américaines basées en Corée du Sud n’était pas, pour l’heure, à l’ordre du jour. Mais le président américain a aussi fait une concession de taille. Il a en effet déclaré qu’il mettrait fin aux manœuvres militaires communes avec la Corée du Sud, qu’il a lui-même qualifiées de « très provocatrices » à l’égard du Nord, qui exigeait d’ailleurs de longue date le gel de ces manœuvres, source de tensions récurrentes.
La rencontre, la première entre un président américain en exercice et un leader nord-coréen, a été marquée par plusieurs poignées de main appuyées, des images inimaginables il y a encore quelques mois lorsque les deux hommes échangeaient menaces et invectives. M. Kim a estimé avoir « tourné la page du passé » après avoir surmonté de « nombreux obstacles » pour arriver à cette rencontre, « bon prélude à la paix ». M. Trump, quant à lui, a salué la « relation très spéciale » établie avec celui qui règne sans partage sur la Corée du Nord et est, en particulier, soupçonné d’avoir ordonné l’assassinat de son frère l’an dernier dans un aéroport en Malaisie. Tout sourire, M. Trump s’est montré particulièrement élogieux à l’égard de M. Kim, « très talentueux » et « très bon négociateur », lui prodiguant des superlatifs d’ordinaire réservés à ses alliés. « Nous nous rencontrerons de nouveau », a lancé le président américain, qui s’est dit prêt à se rendre, « le moment venu », à Pyongyang et à inviter l’héritier de la dynastie des Kim à la Maison-Blanche.

Une vidéo étrange
Quelques heures plus tôt, c’est dans un décorum solennel qu’avait lieu la poignée de main. Les limousines des dirigeants américain et nord-coréen, Donald Trump et Kim Jong-un, ont d’abord emprunté le pont reliant Singapour à l’île de Sentosa, plus connue pour ses parcs d’attractions, des studios Universal aux baignades avec les dauphins. Direction l’hôtel de luxe Capella, développé sur le site d’une ancienne base britannique, bouclé pour l’occasion. Les deux hommes sont alors sortis sans un sourire de leurs véhicules, arrivant ensuite de façon totalement symétrique sur la terrasse choisie comme décor sobre de cette rencontre. Là, ils ont marché l’un vers l’autre, face aux caméras qui retransmettaient le moment en direct dans le monde entier.
Figée, la poignée de main, moment tant redouté des hommes politiques rencontrant M. Trump, a duré un peu plus de dix secondes. M.
Trump a touché l’épaule de M. Kim, plus petit que lui, mais sans autre signe ostensible de domination virile comme ceux que le président américain aime souvent à distiller. La différence de taille importante entre les deux hommes avait suscité toutes les spéculations quant au fait que la partie nord-coréenne insisterait pour que la poignée de main se fasse assis. En arrière-fond, une dizaine de drapeaux de la Corée du Nord et des États-Unis.
À Séoul, le président sud-coréen Moon Jae-in a regardé la scène à la télévision, comme de nombreux téléspectateurs à travers le monde, avant d’entrer en Conseil des ministres. Fin avril, c’était lui qui participait à une poignée de main historique avec Kim Jong-un, lors d’un sommet dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, toujours techniquement en guerre.
Après leur poignée de main, MM. Trump et Kim se sont entretenus pendant près de cinq heures. D’abord, pendant une quarantaine de minutes en tête à tête, lors duquel M. Trump a sorti une vidéo à visée didactique aussi surprenante sur la forme que le fond avec les deux dirigeants dans les rôles-titres. Il a expliqué qu’il avait demandé à M. Kim et à ceux qui l’accompagnaient de regarder cette vidéo de quatre minutes produite spécialement pour le sommet de Singapour. Toujours selon le récit du président américain, M. Kim et les membres de la délégation nord-coréenne se sont regroupés autour d’un iPad pour regarder la vidéo, qui ressemblait plus à un film publicitaire sorti de Hollywood qu’à un document au langage châtié qu’affectionnent habituellement les diplomates. « Je pense qu’il l’a adorée », a déclaré M. Trump à propos de Kim Jong-un et de la vidéo. Il a précisé que les Nord-Coréens étaient repartis avec une copie du document. Les deux hommes ont ensuite tenu une réunion de travail, elle-même suivie d’un déjeuner. Au menu, un savant mélange de mets occidentaux et asiatiques : cocktail de crevettes, porc croustillant sauce aigre-douce et tarte tropézienne. Donald Trump a quitté Singagour en fin d’après-midi, avant Kim Jong-un qui a pour sa part quitté ce pays dans la soirée.

Vive satisfaction mondiale
Dans le monde, ce sommet a suscité diverses réactions. Le président sud-coréen Moon Jae-in s’est enthousiasmé : « L’accord de Sentosa du 12 juin restera dans l’histoire mondiale comme un événement ayant mis fin à la guerre froide. » Il a également rendu hommage à MM. Kim et Trump pour leur « courage et leur résolution ». À Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a déclaré : « Le fait que les plus hauts dirigeants des deux pays soient assis côte à côte pour des pourparlers d’égal à égal a un sens important et constitue le début d’une nouvelle histoire. La Chine s’en félicite et apporte son soutien. » Pour la principale alliée de la Corée du Nord, il faut une « dénucléarisation totale », ainsi que le réclament les États-Unis, mais « en même temps, il faut qu’il y ait un processus de paix pour la péninsule (coréenne) afin de résoudre les préoccupations raisonnables de la Corée du Nord en matière de sécurité ».
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a, lui, déclaré que « le seul fait que cette rencontre ait eu lieu est, bien sûr, positif ». Pour Tokyo, l’intention de Kim Jong-un « de voir une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne a été confirmée par écrit ». « Je soutiens ce premier pas vers une résolution d’ensemble des questions concernant la Corée du Nord », a déclaré le Premier ministre japonais Shinzo Abe. L’ONU y a vu « une étape importante », son secrétaire général Antonio Guterres appelant toutes les parties « à saisir cette opportunité historique ».
À Paris, la ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a salué un « pas significatif ». Elle a toutefois regretté le double standard appliqué par Washington, qui a récemment rejeté l’accord sur le nucléaire iranien. Et à Londres, le secrétaire au Foreign Office a également salué la tenue d’un « sommet constructif », tout en estimant qu’il y a « encore beaucoup de travail à faire ».
Quant à l’Union européenne, elle a estimé que le sommet de Singapour est « une étape capitale et nécessaire vers une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne », objectif qui « peut être atteint ». Enfin, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a félicité Donald Trump et estimé que la politique des États-Unis portait aussi ses fruits sur le nucléaire iranien.

Sources : agences

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